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LA PROFESSION DE FOI PATERNELLE

consignée pour le prêtre qui est toujours accueilli, 1 1 joyeusement. On appelle le moins souvent possible tes enl'ants à saluer un visiteur, mais on ne manque pas de les réunir autour du vénérable pasteur, auquel ils demandent à genoux sa bénédiction : spectacle touchant que procurent de nos jours trop peu de l'amilles chrétiennes !

Une telle attitude envers le prêtre créera nécessairement dans la famille un vif courant de sympathie pour tout ce qui concerne la religion et ses ministres. Evidemment, entre ces sentiments de respect, de dévouement, même d'amour pour le prêtre, et la vocation, il y a une distance très grande, que beaucoup d'enfants ne franchiront pas : les uns rêvent de succéder à leur père dans ses affaires, les autres de devenir marins, soldats, médecins ; les uns et les autres de se marier. L'appel au sacerdoce et à la chasteté n'est le fait, en règle générale, que de quelques ptivilégiés.

A ces privilégiés il faut donner une aide efficace en favorisant leur correspondance à l'attrait, qui va peut-être, d'un jour à l'autre, se révéler. Les parents accompliront cette œuvre d'encouragement, aussi délicate qu'importante, en promulguant devant toute la famille quel est leur état d'esprit actuel par rapport à la vocation ecclésiastique ou religieuse, et quelle serait leur attitude vis-à-vis de celui de leurs fils qui leur exprimerait le désir de se consacrer à Dieu.

L'occasion de faire cette profession de foi ne manquera pas. Elle se présentera le plus naturellement

du monde : la question de l'avenir est en effet celle qui se pose le plus souvent dans le cercle de famille. Les enfants eux-mêmes s'attribuent entre eux des professions : celui-ci est le médecin, cet autre le soldat, ce troisième le prêtre... à table ils parlent de ce qu'ils feront plus tard, et déjà ils discutent les avantages des différentes situations. (Les parents, qui suivent les ébats grandissants de ces jeunes esprits, et qui voient se dessiner des tendances, ont le devoir de ne pas les contrarier. Aussi le père ne manquerat-il pas d'affirmer qu'aucun de ses enfants ne trouvera d'opposition de sa part dans la recherche d'une situation, pourvu qu'elle soit honorable. Mais cette déclaration de principe est insuffisante ; avant lui, d'autres l'ont faite qui, plus tard, se sont mis en travers de vocations ecclésiastiques. C'est pourquoi il doit ajouter qu'il laissera à ceux de ses enfants qui choisiraient d'être prêtres, religieux ou missionnaires, la même liberté qu'à ceux qui désirent se faire agriculteurs, commerçants ou notaires.

Et, pour que personne ne doute de la sincérité de ses sentiments, ce n'est pas une, mais dix ou cent fois, au fil des occasions fournies par les causeries intimes, que le père doit répéter ces affirmations. Les enfants et les jeunes gens ne saisissent pas du premier coup la valeur d'une idée ; les leçons importantes ont toujours besoin d'être « rabâchées » pour pénétrer dans la mémoire, et, de la mémoire, descendre dians la conviction. La promulgation de cette « grande liberté du choix » mérite ces soins et ces précautions.

Mais encore, sous cette forme, est-elle incomplète. Les facilités, que les parents donnent à leurs enfants

LE SACERDOCE PLACÉ « lions PAIR » 55

dans la poursuite de leur idéal, pourraient être interprétées comme la manifestation d'une estime égale des divers états de vie. Le père ne peut laisser s'accréditer cette impression. Qu'il mette sur le même pied toutes les carrières séculières, compatibles avec la situation familiale, c'est son devoir ; mais il y a une conditions sociale qu'il doit placer « hors pair », c'est celle du prêtre.

C'est pourquoi le père de famille complétera sa déclaration sur la liberté du choix en ajoutant que, si jamais l'un de ses enfants aspirait au sacerdoce, il en serait grandement honoré ; que, s'il a tout lieu de se féliciter de voir ses fils ambitionner de brillantes situations dans le monde, il se réjouirait encore davantage de voir l'un d'eux revêtir une humble soutane, et préférer à la richesse la pauvreté de Jésus- Christ ; que, s'il souhaite à ses fils d'heureux mariages, qui perpétueront son nom et sa lignée, il estimera par dessus tous les autres celui qui aura accepté l'isolement du cœur pour enfanter des âmes à Dieu.

Ces déclarations ne seront évidemment pas émises en une seule fois, ni toutes au même moment. Elles seront d'autant mieux reçues et comprises qu'elles seront dosées plus opportunément, selon les exigences du besoin présent. Elles créeront peu à peu, au foyer familial, une atmosphère dans laquelle les vocations, s'il en couve sous la cendre, trouveront l'aliment qui va leur permettre de s'enflammer.

Qu'on ne vienne pas dire, comme certains le prétendent, que ces propos sont contraires à la liberté, et qu'ils poussent les âmes d'une façon déloyale à des décisions prématurées. Il ne s'agit pas ici, pour les parents, de solliciter tel de leurs enfants en vue

d'une entrée au séminaire. De telles démarches seraient déplacées, car le respect du libre arbitre doit être porté à l'extrême délicatesse ; elles seraient de plus maladroites, car toute pression brusque exercée sur un ressort a pour effet de produire une détente violente dans le sens opposé. Au lieu de presser la liberté, il importe au contraire de la débarrasser des entraves, qui pourraient la gêner dans ses mouvements : or, on sait quelle contrainte la peur de la désapprobation paternelle apporte dans les délibérations d'un enfant. En tenant le véritable langage chrétien, le chef de famille donne les coudées franches à celui des siens qui voudrait se faire prêtre. D'ailleurs si, dans la pratique, cette attitude du père est d'un grand secours pour le privilégié, elle ne nuit en rien à la décision de ceux qui préfèrent le monde : le respect, officiellement professé par leur père poulie sacerdoce, leur fait apparaître ce saint état comme une montagne inaccessible pour eux ; ils abandonnent de si rudes ascensions à celui de leurs frères qui se sent soutenu par la grâce.

Les parents qui auront travaillé, selon leurs forces, à cet apostolat sage et discret en faveur de la vocation, n'auront jamais à s'en repentir. Tout au contraire leur conduite profondément chrétienne leur assurera les plus précieux avantages.

Deux hypothèses peuvent en effet se réaliser. Ou bien, tous leurs efforts sembleront être demeures vains, car aucun de leurs enfants ne marchera vers le sacerdoee ; ou bien, ils auront obtenu de Dieu la

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grâce tant désirée, et l'un des leurs hâtera ses pas l'autel.

Dans le premier cas, le inoins favorable, les parents n'auront pas perdu leur peine et leur temps. Si l'influence familiale n'a pas façonné des prêtres, elle aura au moins procuré des chrétiens. Les parents verront s'édifier autour d'eux des foyers semblables au leur, où tout sera en ordre, Dieu étant à sa place, et le monde à la sienne. Les grands-parents, en voyant naître des petits-enfants, garderont l'espoir que chez l'un d'eux le Bon Dieu fera surgir l'attrait vers le sacerdoce ; ce sera la grâce et la consolation qu'ils demanderont au Tout-Puissant, quand, de leurs mains débiles, ils béniront ces chers petits êtres. Ils ne mourront pas sans saluer de loin les « futurs prêtres » qu'ils entrevoient sortant de leur race, honorant leur nom, et portant peut-être un jour à l'autel le souvenir des aïeux vénérés, à la foi desquels ils devront le bonheur de leur vocation.

Mais si la seconde hypothèse se réalise ! Si Dieu, exauçant les prières et récompensant les bonnes œuvres de ses serviteurs, inspire à l'un des enfants l'ardent désir de devenir prêtre !... Alors quelle joie pour les parents, quel triomphe pour leur influence familiale ! Un jour viendra où ce père et cette mère, transportés d'allégresse, assisteront à l'ordination de leur cher « abbé », puis recevront avec une émotion bien douce sa bénédiction ! Puis, ils auront l'immense joie de communier de sa propre main à sa première messe ! Peut-il y avoir sur la terre des bonheurs plus intenses et plus purs ? Au contraire des fêtes moi daines, qui ont toujours un relent d'amertume, ces solennités bénies, si remplies de grâces célestes,

ne laissent après elles que des délices : les parents garderont de ces jours triomphants un impérissable souvenir 1

Les lendemains de la consécration sacerdotale amèneront avec eux toute la série des joies et des consolations. Le nouveau prêtre prendra 'bientôt dans la famille un rôle de premier plan. Il devient naturellement le confident de ses parents, le conseiller de ses frères et sœurs, leur soutien dans les peines, leur fierté et leur gloire. Bientôt, quand son père et sa mère avanceront en âge, le prêtre sera leur « bâton de vieillesse ». Les autres enfants se sont mariés. En « essaimant », ils ont quitté le doux toit où ils avaient grandi, et qui s'est trouvé peu à peu désert. A ce moment les parents ressentent une cruelle impression de solitude du cœur : leurs fils et leurs filles ne leur appartiennent plus, ils sont à la nouvelle famille qu'ils ont fondée, aux affections qui y ont surgi. Mais voici qu'au milieu de ces heures de douleur intime, arrive le grand réconfort : le prêtre qui, kii, n'a pas établi de foyer, qui n'a pas de famille dans l'avenir, mais seulement dans le passé, garde à son père et à sa mère la totalité de son amour. Ses frères, eux, sont avant tout les pères de leurs enfants, lui, il reste le fils de ses parents.

Que de fois ces tendresses sacerdotales ont été le soleil qui illuminait les jours sombres du déclin de la vie 1 On sait le dévouement pour sa mère du Cardinal Pie ; combien de prélats, de curés sont aujourd'hui des modèles de piété filiale, recevant leurs parents chez eux, et rendant, dans leur évêché ou leur modeste presbytère, à ces êtres chéris qui leur avaient donné un toit pour naitre, l'asile béni et sanc-

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