LA PROPAGANDE SACERDOTALE
Evidemment, les conseils contenus dans les pages qui précèdent, ne concernent pas également toutes les familles. Si le danger des conversations licencieuses est le même à la campagne et à la ville, les foyers ruraux sont heureusement préservés de la mondanité des visites, et se trouvent facilement à l'abri des mauvaises lectures, à condition que les parents qui, généralement se contentent d'une feuille hebdomadaire, aient soin de la bien choisir. En tous cas, si minimes que soient les aptitudes des enfants à la vie sacerdotale, et si improbables que paraissent leurs chances d'y être jamais conviés, les pères et les mères sont tenus partout et toujours à prendre les précautions salutaires dent il vient d'être parlé, parce qu'elles constituent la sauvegarde morale des jeunes âmes, aussi bien de futurs laïques que de futurs prêtres.
Mais les parents vraiment chrétiens, qui ont compris la nécessité du recrutement sacerdotal, s'efforceront de faire davantage : ils tâcheront, selon leurs forces et les moyens dont ils disposent, d'organiser une propagande, directe quoique discrète, en faveur de l'état ecclésiastique ou religieux.
Comment entreprendre cette œuvre délicate ? S'ils ont bien saisi la Motion de La Vocation (1), les parents verront que leur zèle devra se proposer deux buts : faire connaître le sacerdoce et le faire aimer. Quand, à leur foyer, on saura ce qu'est le prêtre,
(li Voir ci-dessus, Chap. 1er
quelle est sa dignité, son rôle, sa puissance ; quand les enfants, ayant approché le ministre de Jésus- Christ, et ayant apprécié sa vertu et ses bienfaits, auront conçu pour lui une respectueuse affection, tout le possible aura été fait, pour attirer sur l'un ou l'autre des membres de la famille la grâce de la vocation.
Les parents ont à leur disposition cent moyens pour créer autour d'eux cette connaissance et cet amour du sacerdoce.
Tout d'abord, il sera aisé de donner aux enfants le respect du prêtre. Dans les conversations familiales il sera souvent question du curé de la paroisse, de son vicaire, du prêtre instituteur, des professeurs du collège où le jeune latiniste poursuit ses études : les parents surveilleront les langues vives et irréfléchies, réprimant tout mot irrévérencieux ou léger. Un regard sévère, un reproche immédiat, une punition au besoin, donneront aux enfants l'impression très nette que ces personnages appartiennent à un ordre supérieur et divin, qu'ils sont « sacrés ».
Quand on pénètre dans une famille, on aperçoit rapidement si le respect du prêtre y règne. Par exemple, le jeune fils qui est venu ouvrir la porte appelle aussitôt sa mère. D'instinct il ne dit pas : « Monsieur un tel », encore moins : « L'abbé un tel », mais : « Monsieur l'abbé un tel vient nous faire visite ». Car jamais les parents ne tolèrent les formules familières qui semblent égaliser prêtres et laïques. Un professeur resté longtemps dans un collège, que fréquentaient les meilleures familles, ne manquait jamais de remarquer la façon dont les jeunes gens lui adressaient la parole. Il constatait avec plaisir que
LE BON ESPRIT CHRETIEN ôl
beaucoup d'entre eux étaient, sous ce rapport, parfaitement élevés.
Si l'on exige la « manière respectueuse », à plus forte raison on ne tolérera jamais qu'un enfant profère une critique sur un ecclésiastique, La médisance et la calomnie sont interdites de droit divin ; mais celles qui attaquent les ministres de Dieu ont cette malice spéciale de détruire un honneur nécessaire, non seulement à la personne du prêtre, mais aussi au salut des âmes. Qu'on laisse, en famille, les langues marcher sur Monsieur le Curé ou sur Monsieur le Vicaire, et l'on aura grand'chance de ne jamais voir fleurir de vocation parmi ces juges, aussi légers que sévères, du clergé. Les enfants auront perdu l'estime du prêtre : ils ne seront pas loin de perdre même celle de la piété.
Une aititude tout opposée sera de règle dans le milieu familial : on approuvera sans restriction tout ce qu'aura fait ou décidé le vénéré pasteur. Cette conduite sage s'appuie sur des raisons de premier ordre : d'abord on sait que le prêtre a grâce d'état pour exercer son ministère ; ensuite les laïques doivent se rendre compte qu'ils sont très mal placés pour juger la conduite de l'autorité ecclésiastique : ils n'ont point la science canonique ni théologique, ils ne connaissent pas les besoins intimes des âmes, ni les misères cachées, ni les ressources du diocèse ou du presbytère ; enfin, toute décision humaine ayant son bon ou son mauvais côté, il n'y aura qu'à regarder le bon côté des choses pour être prêt à les approuver.
Appuyé sur ces motifs, le père de famille saura diriger chez lui les appréciations. Le prêtre aura
toujours raison. Les enfants qui ne réfléchissent jusqu'à l'adolescence que par l'intelligence paternelle, prendront sans peine, vis-à-vis du clergé, une habitude de bienveillance perpétuelle et de soumission respectueuse.
Bientôt ces oentiments se transformeront en admiration profonde, quand les parents, usant de toutes les occasions favorables, auront exposé à leurs enfants la grandeur des pouvoirs sacerdotaux. En expliquant le catéchisme, que le futur petit communiant apprend avec zèle, à propos des premières confessions, en allant à la messe le dimanche matin, les mamans n'ont pas à craindre de dire sur le prêtre des choses trop merveilleuses : elles seront toujours en dessous de la réalité.
L'enfant écoute et retient. Ces premières notions, amoureusement reçues, seront peut-être la petite graine de vocation qui germera un jour sous la chaleur puissante de la grâce.
Des enfants ainsi formés sont tout disposés à approcher, même à fréquenter le prêtre, avec lequel la Providence saura bien ménager des rencontres. Pendant une promenade, par exemple, a lieu le premier contact. Le bon Curé, après avoir tracé sur le jeune front une petite croix, a si gentiment caressé la jolie tête blonde, et prononcé de si aimables paroles, accompagnées d'un bon sourire, que le souvenir de cette entrevue demeurera longtemps. Quand Monsieur le Curé daigne venir à la maison, les parents s'étudient à donner autour d'eux l'impression que le ministre de Dieu n'est pas un homme comme un autre : alors qu'on est ennuyé des réceptions mondaines, on est toujours réjoui de celle-là ; jamais la porte n'est