CHEZ L'ENFANT
L'Eclosion de la Vocation
Que de soins il faut pour préserver des causes de \ destruction une petite graine confiée au sol ! La chaleur ou la gelée, les insectes, les oiseaux, la sécheresse intense ou l'humidité débordante, sont autant d'ennemis contre lesquels il faudra lutter, toujours avec persévérance et quelquefois sans succès.
On ne pense peut-être pas assez que l'appel de Dieu, déposé dans une âme, est un germe qui demande pour éclorc des précautions plus grandes encore que la semence livrée à la terre. Les gens du monde se figurent facilement qu'un enfant, qu'on s'en occupe ou qu'on le néglige, deviendra prêtre « si c'est sa destinée ». Ils oublient que la destinée est en grande partie la conséquence d'antécédents volontairement posés. Suivant ce principe fataliste, on dédaigne de cultiver l'attrait jeté par Dieu dans une âme enfantine. On ne le défend pas contre les assaillants, on ne l'arrose pas des eaux qui coulent « des fontaines lu Suiveur » (1), on ne le réchauffe pas aux heures OÙ il fait froid dans le cœur. J
(1) Isaïe. XII, 3.
4 l'éclosion de la vocation
Cette négligence du début est peut-être la plus grave que l'on puisse commettre dans l'art de la culture des vocations. Elle témoigne d'abord d'une méconnaissance complète des conditions dans lesquelles naît l'attrait au sacerdoce ; ensuite elle a le tort immense de supprimer d'une façon souvent radicale et définitive un germe à une époque où, trop faible encore pour résister, il est anéanti par la moindre intempérie. Evidemment le Divin Seme«r, renouvelant son geste, peut réparer ce malheur initial en lançant, à une époque plus tardive, un germe nouveau de vocation pour remplacer celui que l'hiver a tué. Mais Dieu, d'abord, n'est pas obligé à cette extrême complaisance ; ensuite, l'expérience montre que ces secondes semailles ont des chances de tomber sur un sol désormais inapte à leur prêter sa fécondité.
Ces quelques considérations auront, il faut l'espérer, fait saisir au lecteur l'importance des pages qui vont suivre et au cours desquelles sera traitée cette capitale question de « l'éclosion de la Vocation ».
D'abord, avant tout autre considération, on étudiera la Notion de la Vocation. Pourquoi tel enfant est-il appelé au sacerdoce ? quel concours de circonstances naturelles et surnaturelles ont évoqué chez lui cette vision ?
Les conclusions psychologiques et théologiques de cette étude de la Vocation serviront de « directives » à ceux qui ont à s'occuper des enfants pour discerner parmi eux les « futurs prêtres ». C'est pourquoi il faudra étudier le Rôle de la Famille dans la préparation éloignée de ces âmes aux fonctions sublimes de l'état clérical ; puis les Influences paroissiales si profondes souvent sur le débutant. Les prêtres et
les parents décideront un jour de faire commencer les études latines, en vue du grand but à atteindre. Alors l'enfant entrera dans cette agglomération de jeunes gens, quelquefois excellente, quelquefois dangereuse, qui est le Collège.
(Test au milieu de ces courants si variés que l'enfant devra diriger sa fragile nacelle. Elle arrivera au port si les remous ne sont pas trop brusques, et surtout si, portée par le flot qui la fait monter, elle ne rencontre pas de jusant qui la presse de redescendre. Car il ne faut pas à cette époque de formation et de tendresse, attendre de gros efforts du petit rameur qui la dirige : il n'a pas encore les muscles faits, ni l'endurance, ni l'opiniâtreté. En règle générale il vaincra les faibles résistances, peut-être même quelques durs à-coups, à condition qu'ils soient passagers. Mais ce serait présumer de ses forces et tenter la Providence que de croire pour lui à la possibilité du triomphe contre des oppositions acharnées.
Que ceux donc qui sont les maîtres des « influences » se mettent à l'œuvre pour les organiser dans le sens voulu par Dieu.