CHAPITRE PREMIER
L'AMRIANCE SOCIALE
Sauf des exceptions, que l'on rencontre dans des familles d'un esprit chrétien éprouvé, le jeune homme qui se décide à suivre l'appel de Dieu rencontrera trop souvent au foyer paternel, une opposition à ses pieux désirs.
Selon les circonstances, cette résistance prendra toutes les formes et se revêtira des nuances les plus variées, depuis le « veto » absolu, sèchement donné par l'autorité paternelle se mettant énergiquemen! en travers du projet, jusqu'à l'obstruction cachée, mais nettement insinuante et persuasive, qui transformera les moindres prétextes en obstacles et les sentiments les plus nobles en plaideurs de la mauvaise cause.
Si le jeune « élu » possède l'appui d'un bon directeur dans lequel il met toute sa confiance et auquel il obéit avec fidélité, ces objections ne l'impressionneront guère ; il fera face aux refus opiniâtres comme aux sollicitations sournoises, avec la même bonne volonté ; il s'attachera à la prière, à l'exer-
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cive du zèle, à la pratique de l'oraison : les épr.eu- ?es, loin d'ébranler sa vocation, raffermiront. On a souvent l'occasion d'admirer la vertu que certains jeunes gens acquièrent dans des luttes de cette nature. Dieu les prépare visiblement aux combats bien plus terribles, qu'ils auront à soutenir pour la foi, au cours de leur ministère.
Un des arguments les plus fréquemment évoqués par les parents est celui du doute. Le père et la mère sont respectueux du sacerdoce, peut-être même très sincèrement pratiquants ; ils déclarent que ce serait pour eux un grand honneur d'avoir un fils prêtre ; mais, se hàtent-ils d'ajouter, connaissant leur enfant à fond, ils ne peuvent croire à la possibilité pour lui d'un pareil honneur.
Convaincus de cette proposition : « Le sacerdoce est une chose admirable, mais bonne pour les autres », ils l'érigent en axiome, indémontrable, mais non moins « indiscutable ». Dès lors leur énergie va se dépenser à prouver à leur fils, par les procédés les plus variés, « qu'il n'est pas fait pour le sacerdoce ». Les moindres incartades reprochées au jeune homme par ses professeurs, sa légèreté, inévitable apanage de cet âge sans souci, ses caprices, ses vivacités de caractère, et même jusqu'à ses amusements joyeux en compagnie des camarades, lui seront apportés comme des marques qu'un enfant de sa trempe et de sa composition n'a aucune des qualités qui désignent un candidat à la prêtrise. Il lui faudrait un autre sérieux !... un
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autre jugement !... une autre patience !... Evidemment !... Mais n'a-t-il pas, ]e cher enfant, dix ans et plus pour les acquérir ?
Toute fausse qu'elle soit, cette démonstration perpétuelle d'incapacité risque d'impressionner à la longue le pauvre petit. Ses parents n'ont-ils pas raison ? Ce qui porterait à le croire, c'est l'évidente bonne foi avec laquelle ils parlent, car, presque toujours, ils portent réellement au fond du cœur le doute qu'expriment leurs lèvres sur la vocation d* eur fils. Aussi ne se gênent-ils pas pour approuver la conduite de tel des amis de leur fils, qui pourtant ne présente aucune qualité extraordinaire • « Si celui-là, déclarent-ils, avait la vocation, nous y croirions aussitôt... mais à celle die notre fils nous ne nous rangerons jamais ! »
On calcule aisément l'influence néfaste qu'exerce sur un jeune cœur cette attitude méprisante. Elle est de nature à le démoraliser, et, à moins de circonstances très spéciales, à le détourner de ses Pieux projets. Il faut donc supplier les parents, bien intentionnés par ailleurs, et désireux de procurer à leurs enfants le meilleur avenir possible de prendre vis-à-vis des vocations naissantes une tactique toute différente. S'ils doutent des qualités de leur fils, qu'ils aient au moins confiance dans la grâce de Dieu. Il leur est permis d'exprimer des réserves légitimes sur. les chances du succès, mais ils doivent quand même ne pas s'exposer à contrarier appel divin. Us se garderont donc de comprimer les élans du petit vers le sacerdoce ; et lais sant a d'autres plus compétents le jugement sur les aptitudes, ils s'efforceront de ne pas ménager 1 s encouragements.