LE DOUTE DES PARENTS
D'ailleurs que ces parents réfléchissent un instant : leur fils est-il aussi incapable et indigne qu'ils paraissent le penser, d'arriver au sacerdoce? Il est probable qu'ayant beaucoup à souffrir de sa turbulence, ils s'exagèrent la portée de simples enfantillages. Les parents sont ici malheureusement juges et parties : autant ils sont exagérément fiers des qualités de leurs enfants, qui leur rapportent de l'honneur, autant ils sont sévères pour les défauts, qui exaspèrent leur patience et troublent leur tranquillité. Ils supputent le mérite de ces qualités et la malice de ces défauts, non à leur valeur réelle, mais aux répercussions intimes qu'ils en ressentent.
Aussi le directeur, pour empêcher que l'esprit de l'enfant ne se fausse sous la pression de si égoïstes raisonnements, s'efforcera-t-il d'amener son dirigé à se créer une juste appréciation de ses propres actes. Si l'enfant arrive à se rendre par lui-même un compte exact de la gravité de chacun de ses manquements, et de chacun de ses efforts, il saura, du même coup, calculer la portée des reproches qu'il reçoit, et estimer si le verdict paternel le déclarai, t d'une turbulence incompatible aivec le sacerdoce repose sur des motifs graves, ou ne s'appuie sur aucune raison digne d'être considérée. Dans le premier cas, le devoir de l'enfant sera de se corriger, dans le second, il poursuivra sans arrière-pensée sa marche en avant vers l'idéal.
A côté des familles qui « doutent », il y en a d'autres qui croient leurs enfants capables d'attein
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dre aux plus hautes destinées, et les autorisent à s'engager dans telle carrière qui leur plaît, sauf dans la carrière sacerdotale, parce qu'à leurs yeux, se faire prêtre, c'est renier sa famille, et l'abandonner !
Que de fois les prêties zélés pour le recrutement sacerdotal, se sont-ils buttés au désespoir des parents ! Ceux-ci déclarent qu'ils n'ont pas élevé cet enfant pour qu'il les quitte, que si on leur arrache ce fils ils en mourront ou en deviendront fous ! Et déjà, joignant les actes aux paroles, telle mère, pourtant de la meilleure éduca^on et du meilleur monde, se livrait devant le directeur de l'enfant à une ridicule crise de nerfs.
Pour apprécier la valeur que cet argument de 1' « abandon » prend dans le jugement de certains parents, il est nécessaire de se rendre compte de deux erreurs dont ils sont trop aisément victimes. La première consiste dans cette idée égoïste oc que les enfants sont exclusivement faits pour les parents » ; la seconde réside en ce préjugé « que le sacerdoce exige une rupture avec la famille ».
« Les enfants sont créés et mis au mondie pour moi ». Telle est la formule qui résume en quelques mots la politique familiale de certains parents. Ils ont voué à ces êtres si délicieux une affection jalouse, et souvent d'autant plus farouche que les sujets à aimer sont moins nombreux : « Tout pour lui, mais en retour, tout lui pour nous ». L'enfant a été l'occupation, le souci, le luxe de l'existence, et même, faut-il ajouter, le jouet... il doit rester la distraction, l'occupation, le plaisir des vieux jours. A cela rien de mal évidemment, pourvu que la