NÉCESSITÉ ET DIFFICULTÉS OF. CBTTB INITIATION
convictions arrêtées sur l'un de ces trois sujets, serait évidemment inapte à faire un prêtre. Mais sans être dénué, sur ces points essentiels, de certains sentiments, un séminariste peut les posséder à des degrés très différents qui vont de la glace fondante à l'ébullition... C'est un dommage considérable qu'une âme de « futur prêtre » vive dans les basses températures : pour l'instant, durant l'existence écolière, elles lui suffisent peut-être. Mais comme il faut s'attendre, au moment de la plongée dans le monde, aux lendemains de l'ordination, à un danger presque inévitable de refroidissement, il est permis de prévoir une descente des convictions aux environs de zéro !... malheur qu'il est nécessaire d'éviter à tout prix !
(Les éducateurs ont donc, le devoir de maintenir les cœurs qui se destinent au sacerdoce dans unc~ « ferveur » qui ne se déjmente pas. Comment y parviendront-ils ? Comme il ne s'agit pas de créer une flamme passagère qui s'éteigne comme un feu de paille, mais un état d'esprit qui dure toute la vie, les maîtres fourniront à l'intelligence des éléments abondants de vérité, qui apporteront à la volonté un aliment 'perpétuel et toujours renouvelé.
Il faudra donc commencer par faire comprendre aux enfants l'indispensable utilité dans leur vie de la piété, du zèle et de la chasteté. Jamais ils ne « verront » trop le pourquoi de ces grandes vertus ; (jamais les maîtres n'auront aichevé de (les expliquer. Quand leur éloge sera épuisé, il reviendra encore. L'intelligence de l'enfant est comparable à un récipient de cristal, très vaste souvent, mais dont le goulot est fort étroit ; à chaque
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que cette intelligence .est 'baignée de savoir, une goutte de science y pénètre... On voit que pour la remplir, l'œuvre est longue... .Mais aussi (quand cette âme déborde de claires et limpides convictions, avec quel éclat elle reilète la lumière de la vérité !
Que les éducateurs ne se désolent donc pas s'ils aperçoivent que les idées qu'ils développent avec tant de chaleur devant les jeunes intelligences s'y introduisent fort lentement. Leur patience connaîtra l'heure du succès, si elle n'a pas connu celle du découragement. Qu'ils prennent modèle sur l'inlassable ténacité des gens qui courent après des buts mondains et intéressés. Ils n'ont pas peur de répéter les mêmes choses, par exemple pour placer leurs marchandises, jusqu'à en devenir importuns. Que l'apostolat sacerdotal s'accomplisse, comme dit saint Paul, « à temps et à contre-temps, en toute patience et doctrine » (1). Selon le mot d'un maître d'une sagesse consommée, il faut sur ces vérités essentielles « hypnotiser » les jeunes gens. De même que le magnétiseur parvient par une longue tension de son vouloir à introduire dans l'esprit du sujet des images qui le feront mouvoir, de même les éducateurs de la jeunesse cléricale doivent s'étudier à agglomérer tant d'images motrices, tant de sentiments puissants autour des idées fondamentales, que les « futurs prêtres », une fois lancés dans la vie, n'auront plus qu'à laisser leur action se dérouler sur le thème ancré dars leur âme.
(1) II. Tim. IV.
l'introduction a la piété 283
La première conviction constitutive de l'esprit sacerdotal peut s'exprimer par cette formule : « Prêtre sans pieté, ministère sans fécondité ». La valeur d'un ministre de Dieu, si grande qu'elle soit du point de vue intellectuel, est diminuée dans la mesure où il aurait le malheur de manquer de vie intérieure.
Cette vérité est trop évidente et trop connue des éducateurs pour qu'il soit besoin de la démontrer ici. Les supérieurs, les professeurs, les directeurs de conscience, comme il a été dit plus haut, au chapitre du Collège, ont inscrit comme premier point à leur programme de formation de la jeunesse : « Piété d'abord. » Et tous d'un commun accord essayent de le réaliser.
Mais on a plus vite adopté une résolution qu'on n'a trouvé les moyens de la faire passer dans la pratique. Que de fois les meilleures volontés sont arrêtées dans leur élan pour le bien par des difficultés d'adaptation. Il n'est peut-être aucune conviction plus délicate à communiquer à des débutants dans la carrière sacerdotale que celle du véritable service de Dieu. Tant d'écueils doivent être évités : l'ennui, la monotonie, les « dévotionnettes », le scrupule, le relâchement... qu'un éducateur aurait facilement tendance à se décourager dans cette tâche de l'initiation des jeunes recrues à la vraie et féconde piété sacerdotale. C'est pourquoi peut-être est-il arrivé parfois que, dans certaines maisons d'éducation, dans certaines familles pourtant profondément chrétiennes, cette formation s'est bornée à exiger que les « futurs prêtres » accomplissent ponctuellement les actes extérieurs de dévotion prescrite par des traditions vénérables, où par
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le règlement, sans grand souci de la correspondance intérieure qui pouvait être apportée à ces gestes pieux. Le résultat de cette négligence est facile à prévoir ; quand l'âme ne sera plus soutenue par l'appareil qui l'enserre, elle s'affaissera... ainsi s'expliquent certaines chutes, qui auraient paru moins surprenantes, si l'on avait su quelle superficielle éducation de la piété ces enfants avaient reçue.
Il faut donc pour préparer de vraies âmes de « futurs prêtres » les doter d'une solide piété intérieure, chaude, éclairée et convaincue.
Un seul moyen se présente pour atteindre ce but si désirable : amener les aspirants au sacerdoce, selon leur âge et leur capacité intellectuelle à la pratique de l'oraison.
Quand on veut construire une maison, il faut commencer par la base. A cette règle n'échappe pas l'édification d'une âme sacerdotale. La vraie piété n'est pas établie sur des mots, des pratiques, des « dévotions », elle est fondée sur des convictions saturant l'intelligence, et débordant sur la volonté pour la faire se mouvoir saintement (1).
(1) Le souci de la brièveté et le désir de ne pas répéter les mêmes démonstrations oblige à renvoyer à des passages qui seraient non moins utiles dans un livre qut s'occupe de la formation du vouloir cliez les aspirants au sacerdoce qu'ils ne l'étaient dans un ouvrage consacré à l'éducation des jeunes gens du inonde. Le lecteur suppléera en lisant dans les Futurs Epoux les chapitres concernant la noUion de la liberté (page 2 à 19), la formation à la piété (40 à 67), et le règlement de vie (158 à 191).
l'apprentissage de l'oraison 285
L'oraison est faite de deux choses : un apport de vérités sur lesquelles l'esprit réfléchit ; un travail de la volonté pour diriger tous ses efforts vers lis conclusions pratiques qui découlent de la vérité contemplée. Tant que l'enfant n'aura pas accompli ce travail de « vision » intellectuelle et de « mise en concordance » de son vouloir avec son savoir, il n'aura ni piété personnelle, ni solide amour de Dieu. Il agira dans sa vie chrétienne, entraîné par le mouvement de la masse, se confessant aux jours où l'on se confesse, communiant quand les autres communient, récitant ses prières avec les camarades, mais ne possédant pas d'élan propre, ni rien de ce qu'on peut appeler réellement la « ferveur ».
La preuve expérimentale des affirmations précédentes sera fournie, sans qu'on ait la peine de la provoquer, par les vacances. Que le bon curé, qui reçoit joyeusement son séminariste, l'examine du coin de l'oeil. Il jugera bientôt de quelle nature est sa piété. Si elle est intérieure, découlant de sentiments acquis par un exercice personnel, elle ne présentera guère d'éclipse. L'enfant sera régulier à la messe matinale, aux offices du dimanche ; ses communions ne s'espaceront pas à mesure que s'allongera le temps du repos ; sa tenue à l'église sera recueillie, ses visites au Saint-Sacrement fidèlement accomplies ; surtout dans l'intimité de ,1a confession, le prêtre se rendra compte des efforts consentis au service de Dieu, et des regrets éprouvés après chaque faiblesse, si légère qu'elle ait été.
Au contraire, l'aspirant au sacerdoce qui n'a pas appris à faire « sa » prière, c'est-à-dire à s'entretenir avec Dieu autrement que par des formules
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reçues du dehors, n'étant plus soutenu par l'élan commun, tombera bientôt dans les défaillances de son âge : un prétexte sera bon pour remettre au lendemain une communion, pour négliger un exercice de dévotion, pour préférer une promenade aux Vêpres du dimanche. Le curé constatera probablement que cet enfant est bon, bien disposé, désireux du sacerdoce, mais il se désolera en reconnaissant que l'idée de sa vocation « ne l'a pas saisi ».
Il faut donc autre chose sur les âmes des a futurs prêtres » qu'une emprise externe, si bien combinée qu'elle soit : il faut une motion intérieure, que la règle, ks pratiques de piété, les encouragements des maîtres, aideront fortement à naître et à se développer, mais que rien ne remplacera jamais... Ce mouvement qui pousse du dedans les actes de la piété véritable, n'est créé que par « l'oraison ».
Mais ici surgit la difficulté. Les éducateurs, tous d'accord sur le principe qui vient d'être démontré, reculent devant son application. Comment, en effet, inculquer à cet âge ingrat, rébarbatif aux conceptions abstraites, plus soucieux des faits que des idées, le culte et l'amour de la vie intérieure ? Certains maîtres ajouteront même qu'ils craindraient, par une tentative destinée à échouer, dégoûter pour toujours leurs séminaristes d'un exercice aussi salutaire, et que dès lors « il vaut peut-être mieux laisser aux directeurs du GranuVSéminairc, le soin d'enseigner l'oraison. »
(L'objection aurait une valeur, s'il était impossi-
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blc d'initier les débutants aux secrets de la vie d'union à Dieu autrement que d'une façon abstraite et inabordable pour des intelligences d'enfants. Pour avoir voulu leur inculquer « théoriquement » la pratique de l'oraison, certains maîtres ont reculé de dix ans dans l'âme de leurs petits élèves la compréhension de la vie intérieure, parce qu'ils avaient créé chez eux une répulsion invincible pour un exercice qui leur apparaissait ardu et monotone.
Tout autre est la méthode qui réussit : elle se base sur l'observation psychologique du jeune âge. Qu'on se rappelle donc que l'enfant n'apprend pas sa langue maternelle par la grammaire, mais par la pratique. Il balbutie avant de parler, il parle avant de lire, il accorde les noms et les verbes avant de savoir les règles et les conjugaisons. Pins tard, la connaissance de la morphologie et de la syntaxe le raviront d'autant plus qu'il en aura appliqué les lois sans s'en douter.
Tels doivent être chez l'élève du sanctuaire les débuts dans la piété sacerdotale. Qu'on lui donne de la théorie aussi peu que possible, mais de la vie intérieure, vécue, sentie, éprouvée, autant qu'on pourra lui en faire pratiquer. Qu'il balbutie « sa » prière, mais qu'elle soit bien « sienne », lui partant du cœur, toute naïve et incomplète qu'elle soit, semblable à ces mots d'enfants, si caractéristiques et si typiques dans leur brièveté imagée.
La Providence, qui proportionne toujours les moyens de sanctification aux besoins des âmes, fournit justement aux éducateurs les ressources qui
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leur sont nécessaires pour infuser aux « futurs prêtres » une pratique de la vie intérieure qui captive agréablement leur intelligence au moyen des sens et de l'imagination. Cet enseignement concret de la piété solide, se trouve dans la Liturgie.
La sainte Eglise, sûre maîtresse de la vérité et servante sans défaillance de la Majesté divine, rend à la Très Sainte Trinité, par Notre-Seigncur-Jésus- Christ, un culte parfait. Aucune expression meilleure de l'hommage dû à Dieu par l'humanité n'existe sur la terre et même ne saurait y exister, puisque c'est l'esprit de Notre-Seigneur lui-même qui a présidé à l'institution des rites sacrés. Ce doit donc être chez tout chrétien une conviction profonde, qu'en se mêlant, de toute son âme et aussi intimement que possible, aux louanges officielles que la sainte Eglise donne à Dieu, il offrira par là même, lui aussi, un culte parfait, infiniment agréable au Très-Haut.
S'ils sont pénétrés de cette grande idée, les éducateurs ont en mains le secret pour introduire le futur clergé dans les plus sublimes mystères de la vie intérieure. En effet, le culte divin comprend deux parties : d'un côté, la vérité, mystérieuse, cachée par elle-même aux regards humains, et, de l'autre côté, le geste sensible qui la souligne, et la parole qui l'exprime et traduit les sentiments qu'elle inspire. Par cet appareil extérieur, que sont les rites de l'Eglise et son magnifique langage, sont traduits aux yeux et aux oreilles du peuple fidèle tous les enseignements de la théologie concernant les rapports de l'homme avec Dieu, les Sacrements, et surtout l'Infini Sacrifice du Rédempteur, renouvelé
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chaque jour à la Sainte Messe. Ainsi Dieu a su rendre les invisibles réalités abordables aux regards chrétiens. On peut donc affirmer que la Liturgie, bien comprise et amoureusement étudiée, est 1« « voie royale » qui mène, par la sûre connaissance des vérités révélées, à Notre-Seigneur s'immolant à la Sainte Messe, et par Lui jusqu'à la Très Sainte Trinité, à laquelle doivent être rendus « tout honneur et toute gloire. »
Que les maîtres prennent donc l'enfant par la main, dès son entrée au Petit-Séminaire ou au Collège, et l'introduisent dans cette « Voie Royale », qui mène si directement à Dieu. Ici rien d'abstrait ni d'ennuyeux. Le culte est un spectacle qui s'adresse aux sens : les yeux du nouvel arrivant suivent les gracieuses évolutions des ministres, les gestes du célébrant, ses oreilles écoutent les chants mélodieux, les paroles si pleines de vérités. Il n'y a pas à craindre pour lui de fadeur ni de dégoût. Au coniraire les cérémonies, dont l'intérêt est encore accru par l'attrait de la nouveauté, le passionnent ; il les suit dans les détails, les apprend avec ardeur et, quand son tour est venu, il les accomplit avec joie.
Cette première phase « d'amour de la Liturgie » manque rarement de se produire chez les aspirants au sacerdoce. Ce serait un grand malheur si, comme il arrive quelquefois, ces pauvres enfants en restaient aux ravissements de la porte : l'heure est venue de les faire pénétrer à l'intérieur. Que les éducateurs ne manquent pas de leur ouvrir ce tem-
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pie merveilleux, dont ils doivent posséder la clef, et qu'ils commencent aussitôt à en faire goûter, sans hâte et par degrés, toutes les beautés aux « futurs prêtres ».
Il est bien rare que l'enfant ne soit pas très avide des explications sur les choses du culte, qui l'intriguent fortement. Car il faut observer que, si l'esprit de l'adolescent a horreur de l'abstrait, qu'il atteint avec peine, il souffre au contraire quand il ne sait pas les pourquoi des choses concrètes qui passent à sa portée. Comme ici les actes sacrés, qu'il exécute, ou auxquels il prend part, ont des « raisons théologiques », on voit aussitôt que cette jeune intelligence, les cherchant avec avidité, percevra avec bonheur, par la voie facile de la Liturgie, les plus précieux enseignements sur les mystères de notre foi. Cette connaissance, se trouvant toujours attachée à une image, s'imposera avec force à l'entendement. Sous la dépendance de ce « signe sensible », ne tarderont pas à naître dans l'esprit des idées, qui échaufferont le cœur et lui feront produire des élans d'amour. Bientôt la volonté, s'éveillant à son tour, formulera des résolutions en vue de généreux sacrifices... N'est-ce pas en ces différents mouvements intérieurs que consiste l'oraison ?
Si les professeurs savent distribuer selon la dose raisonnable, mais aussi avec l'insistance voulue, les explications liturgiques, l'enfant s'apercevra bientôt que tout dans le culte catholique converge au centre, qui est Jésus-Christ. L'Eglise exprime cette