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LA DOCTRINE PAR LA LITURGIE

idée par toutes les manifestations extérieures qu'elle peut trouver : elle place la croix au milieu de l'autel, au-dessus du tabernacle ; l'autel lui-même, centre du temple, signifie le Christ « pierre angulaire » (1). Les oraisons aboutissent toutes au refrain dont l'Eglise ne se lasse jamais : « Par Jésus-Christ-Notre-Seigneur. » Le « futur prêtre » apprendra ainsi par l'expérience, que le Christ est le « Chef » du corps mystique de l'Eglise, dont lui, jeune aspirant au sacerdoce, est l'un des membres privilégiés. Il découvrira peu à peu la nécessité de son union avec « sa » Tête, les intimités de cette jonction de son âme à celle du Christ, qui a dit : « Je suis le cep, vous êtes les branches » (2). De cette considération, approfondie et sentie perpétuellement dans la célébration du culte, il en arrivera à comprendre le sens, l'utilité, les conséquences de la sainte Communion... acte autrement élevé, mystérieux et fécond que ne se l'imagine trop souvent la piété superficielle : trop de fidèles ne viennent, en effet, recevoir l'Eucharistie qu'en vue de buts secondaires, santé, fortune, grâces utilitaires, oubliant la fin supérieure et première de cet adorable rapprochement de la créature et de son Créateur, qui est l'unification dans un même corps mystique du petit membre et de son adorable Chef.

Ces vérités, éclatantes dans la Liturgie comme le soleil dans la nature, ne peuvent manquer d'illuminer l'âme du « futur prêtre ». S'il a vu ces réalités dans l'expression rituelle quotidienne, qu'on lui

(1) Eph. II, 20.

(2) Jean, XV, 5.

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a dûment et patiemment expliquée, de quelle piété intelligente et convaincue ne se sent-il pas pénétré pour le Sacrement de l'Autel ! Pourtant l'adolescent n'a pas tout exploré... Il va comprendre, s'il reste attentif aux cérémonies de l'Eglise, des mystères plus profonds et plus sublimes encore.

Le grand corps mystique de l'Eglise, dont Jésus- Chrirst est la tête et chaque chrétien le membre, a une fonction à remplir dans le monde : il a été constitué pour louer d'une manière parfaite la Très Sainte Trinité. L'humanité chrétienne entière, ne formant avec le Christ qu'une seule personnalité morale, proclame par la bouche de son Chef, chaque jour et à chaque instant du jour, que Dieu est « seul Saint et seul Grand », et elle « lui rend grâces pour sa gloire infinie » (1). En cette adoration du corps mystique de l'Eglise, réside l'hommage parfait à la Divinité : créatures iinies et bornées que nous sommes, nous dont la voix, si elle était seule se perdrait sans écho dans l'immensité, nous atteignons ainsi, par notre union au Christ, jusqu'aux profondeurs de la substance divine, pour l'adorer, la remercier, réparer nos crimes et lui adresser nos demandes.

Voilà ce que dit la Liturgie catholique quand, par l'offrande du Christ immolé à la sainte Messe, elle rend « tout honneur et toute gloire » aux trois divines Personnes auxquelles elle ne se fatigue pas de répéter à tout instant son hommage : « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. »

Il faudrait que l'enfant auquel un maître zélé

(1) Gloria in Excelsis.

LE RITE in LA MESSE, REVELATION DU SACF.Rl>n<:i: 2'.)'.'>

découvre le sens caché des gestes sacrés et des formules qui les accompagnent fût vraiment dénué de sentiment surnaturel — c'est-à-dire incapable de faire un prêtre — pour ne pas comprendre les merveilles théglogiques que traduit le culte, et pour ne pas en éprouver jusqu'au fond de l'âme le plus délicieux ravissement. Dès lors ne priera-t-il pas naturellement, mettant dans son adoration « par » le Christ, toute son intelligence, son amour brûlant et sa complète bonne volonté ? Sans même peutêtre en connaître le nom, ni la définition, il saura déjà pratiquer la plus féconde des oraisons.

Cette intelligence des saints mystères amènera bientôt l'élève du sanctuaire à une compréhension plus nette du sacerdoce auquel il aspire. .En suivant dans ses détails le rite de la Messe, il y découvrira les « pourquoi » et les « comment » de l'immolation mystique du Christ, renouvelant et prolongeant le Sacrifice de la Croix. Il verra le pain et le vin représentant sous une forme concrète la séparation qui fut faite au Calvaire du Corps et du Sang ; à la fin du Canon, au moment où le prêtre élève l'hostie au-dessus du calice, l'enfant apercevra le Christ suspendu au-dessus du sang versé, comme au Golgotha ; quand, à la fin de l'extraordinaire formule : « En Lui, par Lui, avec Lui, vous est rendu à vous, Père Tout-Puissant, dans l'unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire », le prêtre élèvera le calice et l'hostie, le pieux assistant verra que se réalise cette parole du Christ : « Lorsque j'aurai

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été élevé de terre, j'attirerai tout à Moi » (1). Il est le Centre, le Chef, l'unique Voie par laquelle nous allons sûrement louer la Très Sainte Trinité jusque dans ses insondables profondeurs.

Après de tels aperçus liturgiques sur les mystères de Poblation parfaite, quels ne seront pas les sentiments de l'élu du sanctuaire, quand, rentrant en lui-même, il pensera que par ses mains, par sa bouche, par sa volonté libre, ce grand acte d'adoration s'accomplira un jour !... que le Christ lui demandera la charité de sa coopération, à lui jeune prêtre, pour redescendre, victime pacificatrice sur nos autels !... alors sa voix percera les cieux pour en faire accourir vers nous le Rédempteur, et remontera avec celle de ce même Rédempteur, pour porter à la Majesté Infinie les louanges du peuple chrétien !... Est-il possible que le « futur prêtre » n'éprouve pas pour sa « future Messe », une extraordinaire piété ? Son estime du divin sacrifice se trouvera accrue dans de singulières proportions. Désormais il redoublera d'efforts pour se rendre moins indigne du Sacerdoce de Jésus-Christ.

Ainsi, en suivant la pente de son coeur, le jeune appelé aura orienté ses pensées vers l'acte liturgique qui deviendra le centre même de son existence sacerdotale. Vers sa messe tendront ses préoccupations constantes, ses prières ardentes ; rendre hommage à Dieu par le Christ, tel sera désormais l'emploi de toute sa vie ici-bas, en attendant que cette louange soit le bonheur de son éternité, quand, devenu membre triomphant du corps mystique de

(1) Joan. XII, 32.

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l'Eglise, il se joindra plus intimement encore au Christ dans la gloire qu'il rend à la Divinité.

Ces idées magnifiques, dont vivent les prêtres pieux chargés de la formation du futur clergé, pénétreront avec une facilité étonnante, à l'aide de leur « support liturgique » dans les jeunes intelligences.

Il est évident que les maîtres, soucieux d'obtenir un résultat fécond pour la piété de leurs élèves, ne brusqueront pas cette initiation. Toute concrète qu'elle soit, elle ne s'infiltrera, comme tout autre connaissance, que par gouttelettes, dans les esprits novices. Mais quelle lumière elle y répandra ! De cette formation sacerdotale à la piété dépend en grande partie la sainteté future et par là même la fécondité du ministère.

A mesure que grandiront les élèves du sanctuaire, les éducateurs, mus par leur tact surnaturel, intensifieront peu à peu l'usage des pieuses pratiques. Quand ils jugeront le moment opportun et les esprits assez rélléchis, ils appliqueront les adolescents à Vexercice de l'oraison. Un quart d'heure ou vingt minutes seront consacrés, chaque malin, à ce pieux recueillement, qui aura pour les âmes des résultats féconds, à condition que les maîtres l'aient entouré des précautions voulues.

La première sera de ne pas faire du quart d'heure de « méditation » une application « intellectuelle », indépendante du reste de la piété ; les considérations de la « méditation » doivent s'insérer dans la

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trame des pensées habituelles de la vie chrétienne. La conversation avec Dieu n'est pas coupée par cet exercice, elle continue. En arrivant à « l'oraison », l'enfant doit se retrouver là où il en était demeuré la veille de ses épanchements intimes avec Dieu et les poursuivre. Certains « futurs prêtres », s'imaginant à tort que « l'oraison » est un acte d'une nature spéciale, séparé de l'existence pieuse par des cloisons étanches, s'y perdent en efforts et y souffrent d'une sécheresse accablante, alors qu'ils goûtent une joie parfaite dès que, la fin en ayant sonné, ils donnent libre cours à leur prière.

Une seconde précaution sera de bien faire comprendre aux enfants que le « temps matinal » de l'oraison et « l'esprit d'oraison » sont deux choses totalement différentes. On peut être fidèle à la demiheure de garde, chaque jour, et n'avoir pas du tout le sens de la vie intérieure. Selon une distinction théologique connue, cet exercice n'a pas pour but de « limiter » la prière, mais de « presser » à la faire. Que l'enfant sache donc que, s'il a été involontairement froid et endormi pendant les minutes officielles, rien n'est perdu de son union avec le Christ, qu'il a tout le reste du jour pour entretenir et réchauffer. Ce sera probablement au moment où personne ne l'y invitera que son cœur partira de lui-même en de saints enthousiasmes, menant aux généreuses résolutions.

Toutefois les maîtres ne manqueront pas de convaincre leurs élèves de la nécessité d'un temps fixé pour le recueillement, et le plus tôt possible après le réveil. En effet, s'ils perdent l'occasion matinale de prier, ils ne la retrouveront plus dans

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