LE RECOURS A MARIE
Dour que le jeune homme soit instruit du monde et en conçoive un profond dégoût ?
Son appréciation sera d'ailleurs pleine de sagesse : car, de son asile recueilli, le séminariste jugera le monde d'une façon plus impartiale que ceux-là même qui l'expérimentent chaque jour. Le « futur prêtre » l'examine, en effet, à bonne distance, avec l'esprit calme d'un observateur. Voyant à la fois, à ses pieds, les vilenies terrestres, et audessus de sa tête les beautés célestes, il compare les premières aux secondes et constate qu'elles ne supportent pas le rapprochement. Aussi quand d'en bas montent des voix qui l'invitent à descendre partager leur bonheur, il prend ces appels en pitié, et loin de se plonger dans le sable mouvant où s'enlisent les mondains, il préfère leur offrir le secours de sa main pour les attirer à lui sur la terre ferme.
Qu'on ne reproche donc pas au « futur prêtre » de ne pas connaître le monde, mais qu'on l'en félicite. Il en a la science suffisante qui éclaire l'intelligence, mais il en refuse l'expérience qui lui ôterait, en lui ternissant le cœur, la vue des choses surnaturelles : car, désireux de contempler les merveilles de l'idéal sacerdotal, il se rappelle la parole du Christ : « Bienheureux les cœurs purs parce qu'ils verront Dieu » (1).
Au milieu de ces difficultés du dernier moment, que le « futur prêtre » élève son cœur et sa pensée vers la Très Sainte Vierge Marie. Depuis l'éveil de sa raison, il a l'habitude de recourir à Elle. Il lui
(1) Matt. V. 8.
doit sa vocation ; cette divine Mère l'a protégé tout spécialement au milieu des périls que courait son adolescence. Pourrait-elle l'abandonner aujourd'hui ?
De son côté, le jeune appelé a appris de plus en plus à connaître sa tendre Mère, et à l'aimer. Elle lui est apparue à chaque instant auprès de son Divin Fils dans les fêtes et les prières les plus solennelles de la Liturgie ; il lui a répété chaque jour ses louanges en méditant ses mystères, quand il récitait pieusement son Rosaire ou son Chapelet. C'est pourquoi à l'heure de la grave décision de l'entrée au Grand-Séminaire, il n'hésite pas, confiant qu'ayant vaincu les derniers obstacles, il pourra pénétrer dans l'asile après lequel il soupire depuis si longtemps !
Oui, qu'il avance, le cher enfant ! Qu'il marche appuyé sur le bras de sa Divine Mère du Ciel ! Il ne sera pas déçu, ni abandonné. La Très Sainte Vierge, Mère du Christ, et Mère du prêtre, mènera par la main jusqu'au saint autel de sa première Messe, ce jeune homme qui, tout ému, quitte en ce moment ses parents.
Un jour viendra, où, dans la joie intime de son âme, il offrira, entouré des siens, le Sacrifice de Xotre-Scigneur-Jésus-Christ ! Alors quels torrents de reconnaissance déborderont de son cœur pour Xotre-Seigneur qui l'a choisi, pour tous ceux qui l'ont guidé, et surtout pour cette « Reine du Clergé » à laquelle il confie l'avenir de son sacerdoce et qui se chargera bien de le protéger.