‹ G.B. Faribault [microforme]Chapitre 2 sur 6 · V. Manie-CLaiRe, née en 1802 ; —PAULINE, née en · texte numérisé non relu

V. Manie-CLaiRe, née en 1802 ; —PAULINE, née en

suivit la profession de son père, qu’il exerça pendant cinquante-cinq ans. Il mourut en 1828, à l’âge patriarcal de quatre-vingt-quatorze ans. Le plus jeune, Jean-Baptiste, est le père du célèbre fondateur de Faribaultville, dans le Minnésota.

C’est ce hardi défricheur auquel nous avons fait allusion au commencement de cette biographie, et dont nous avons promis de raconter les aventures, parce qu’elles nous offrent la réalisation de l’un de ces types, taillés si largement dans la nature, que nous avons mis en présence.

Après avoir fréquenté l’école de

son village jusqu’à l’âge de dix-sept ans, le jeune Jean-Baptiste s’engagca à Québec dans une maison de commerce, et y servit pendant cinq ans. Il y fit preuve de talent et d’un génie inventif fort remarquable.

Un incident de sa vie, qui fit sensation à Québec, en offre un curieux exemple.

En 1791, pendant qu'il était au service de la maison MeNider et Cie, le prince Edouard, qui plus tard est devenu l’aïeul du prince de Galles actuel, vint à Québec accompagné de son superbe régiment, le Te fusiliers.

Le jeune Faribault, frappé de

l'air martial du Prince et de la tenue militaire de son régiment, se init à l'ouvrage et en fit unesi belle représentation en carton découpé que son œuvre fut l’objet de l'admiration générale.

Le prince Edouard fut si satisfait de cette idée originale, qu'il résolut de récompenser son auteur en lui offrant une commission dans son régiment; notre canadien refusa respectueusement cette faveur à la prière de ses parents.

Le Prince lui ayant donné la permision de nommer à sa place celui de ses amis qu'il voudrait choisir, il présenta un jeune homme qui n'était autre que M. de Sala-

berry, devenu plus tard Colonel d'armée, Chevalier du Bain, et le héros de Châteauguay.

Très-souvent, pendant sa vieillesse, lorsqu'on lui rappelait cet épisode de son jeune âge, Jean- Baptiste faisait remarquer que son tendre respect seul pour ses parents l'avait empêché d'entrer dans l’arnée.

A l’époque de cet incident, il Ctait dans sa vingt-deuxième année. ‘De taille au-dessous de la moyenne, d’un extérieur agréable, il jouissait d’une constitution saine et d’un tempérament robuste.

Fatigué de la monotonie de sa situation, il sentait, chaque jour, un

besoin irrésistible de s'ouvrir une carrière plus'en rapport avec sa nature ardente et intrépide.

Ils’engagea comme agent de la Compagnie du Nord-Ouest qui fut transformée plus tard en Compagnie Américaine.

John-Jacob Astor en était alors président.

Au printemps de 1796, il partit de Montréal pour le détroit de Mackinaw, en canot, accompagné de treize hommes, neuf pour le rendre à sa destination, et quatre pour l'aider à faire la traite.

Ils se rendirent en quinze jours à la Grande-Rivière; ce trajet fut

alors considéré comme très-court, à

raison de l’état affreux de la route qu’ils eurent à parcourir, obligés souvent de faire de longs portages au milieu de forêts désolées et d'impraticables marais, portant sur leurs épaules leur canot, leur équipage ct leurs provisions.

Après Ôôtre demeuré quelques jours à Mackinaw, il engagea pour guide un Potowatomis, etse dirigea vers la résidence du général Harrison, gouverneur du territoire de l’Indiana, alors fixé au Port Vincent sur le Wabash, afin d'obtenir une licence que tout sujet anglais était obligé de se procurer pour avoir le droit de faire la traite sur le territoire des Etats-Unis.

Il faillit périr pendant ce voyage par la perfidie de son guide qui voulut l’égarer dans ces déserts inhabités.

Le gouverneur Harrison l’accueillit avec bienveillance et l’engagea à demeurer avec lui pendant quatre jours, afin de se rétablir des fatigues qu'il avait endurées.

Il retourna à l'embouchure du Kankakee, où il séjourna le reste de l’année.

Sa seconde étape fut le poste des Moines, où il demeura plusieurs années, faisant un commerce trèslucratif avec les Sakis, les Renards, les Iowas, et les Yanktons. De là il se dirigea sur le Saint-Pierre, où

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il traita avec d’autres tribus de Sioux, et entreprit de leur enseigner l’agriculture.

Il épousa en cet endroit une Métis, fille de M. Ainse, alors Surintendant des Sauvages. De ce mariage, il eut huit enfanis, dont quatre seulement vivent encore, trois fils et une fille, qu'il fit instraire à grands frais, malgré le pen de cas que l’on faisait de l’éducation dans le désert sauvage où il s’étais fixé ; mais il voyait dans l’aveni:

le nrogrès de la civilisation et il voulait l’anticiper.

Après avoir servi comme agent de la Compagnie du Nord-Ouest pendant dix ans, il entreprit un

commerce à son propre compte et réalisa une belle fortune, qu’il perd't pendani la guerre de 1812.

À cette époque, l’Angleterre achetait au prix de l'or tous les traitantis anglais qui étaient établis sur les frontières, pour gagner, par ce moyen, les tribus sauvages à ses intérêts. M. Faribauli ne voulnt pas se laisser corrompre, et tranir la cause américuine quil avait embrassée.

Un jour que ses affaires l’appelaient à Mackinaw, peu après le siège du fort que les Américains y avaient élevé, il rat fait prisonnier par les Anglais, comme traitre aux iuiérêts britanniques,

De là, il fnt ramené, comme prisonnier de guerre, à la Prairie du Chien, sa résidence, par plusieurs centaines de sauvages accompagnés de troupes régulières qui étaient venues pour s'emparer de ce poste.

À l’approche de l’ennemi, Madame Faribault, ignorant complètement ce qui était advenu à son mari, et ne sachant pas qu’il était lâchement détenu prisonnier si près d’elle, prit la fuite avec toute la population du village, n’emmenant avec elle que ses enfants.

A la reddition du fort, M. Faribault fut mis en liberté, mais il ne lui restait plus de domicile. Pen-

dant l’engagement, les Winabagcæs, alors hostiles à la cause américaine, avaient démoli sa maison, tué ses animaux, et lui avaient volé pour la valeur de $15.000 de marchandises.

Quelques jours après, il reçut des nouvelles de sa famille qui s'était réfugiée dans une place appelée maintenant Winnona, mot sauvage qui signifie la fille aînée, et qui, par une allusion qu’on ignore, fut ainsi nommée en mémoire de cet événement.

À plusieurs reprises, M. Faribault éprouva d’autres pertes considérables.

Il faillit souvent perdre la vie

dans 6es voyages au milieu des Prairies, qu’il sillonna en tout sens, pendant de longues années. Il fut fait prisonnier plusieurs fois par les Sauvages, fut laissé deux ou trois fois pour mort, couvert de blessures; mais échappa toujours par quelque heureux hasard.

Dans un combat acharné contre les Sioux, un Dacotah lui plongea son couteau dans le dos, ua pen au-dessous de l’cs de l’épaule, et lui fit une blessure dont il se resseniit toute sa vie.

M. Faribault fat le premier qu:

cultiva le sol de l'ouest du Miss:s.

sippi, du côté nord des Moines.

Il y a un demi siècle, il acheta

des instraments d'agriculture dans le but d’enseigner la culture aux Peaux Rouges, et réussit parfaitement dans cette entreprise.

Son influence était immense sur les Sauvages qui avaient en lui une confiance entière ; il était universellement connu parmi toutes les tribus indiennes de ce vaste territoire qui s'étend du Mississippi au Missouri, et de là, vers le nord, jusqu’à la Rivière Rouge.

Missionnaire autant que défricheur, il jeta les semences de l'évaugile parmi les Blancs aussi bien que parmi les Sauvages.

Quoiqu'il fat plus de quarante ans sur les frontières sans pouvoir r'en-

contrer de prêtre catholique, il ne faiblit jamais dans ses croyances religieuses.

Ce ne fut qu’en 1817 qu'il put faire bénir son mariage et baptiser ses enfants selon les rites de l'Eglise.

Le premier prêtre qu’il vit ensuite fut le Père Salky, envoyé, en 1840, comme missionnaire de Saint- Pierre par l’évêque Loras, de Dubuque.

M. Faribault trouva ce missionnaire mourant au milieu des soldats du fort Snelling, d’une maladie contractée pendant le trajet qu'il avait fait dans un canot découvert de Dubuque à cette mission.

Il le fit transporter à sa maison,

où il lui donna l'hospitalité pendant quatre ans. Durant cet intervalle, il lui fit bâtir, à ses propres frais, une église convenable, la première qui fut construite au Minnésota.

En 1843, le Père Ravoux arriva de France pour évangéliser les Sioux. Lui aussi reçut l'hospitalité chez M. Faribault jusqu’à ce qu’il eut appris la langue de ces sauvages.

Le brave pionnier évangélisateur passa les dernières années de sa vie chez sa fille, mariée au major S. IH. Fowler, vétéran de la guerre du Mexique, l’un des plus honorables citoyens de Faribaultville.

Alexandre, l’ainé des fils de notre

vieux forestier, est le fondateur et le principal propriétaire de cette ville.

M. Foribault mourut en 1860, après avoir légué son nom à l'an des comtés du Minnésota.

Qu'on cherche en dchoïs de l'histoire chrétienne un plus beau caractère, une carrière mieux remplie, une existence plus digne de Dieu et des hommes, plus utile à l'humanité.

C'est le vrai type du pionnier canadien dans toute sa mâle beauté, tel qu'il nous apparaic à toutes les époques de notre histoire.

Cependant le poème épique de cette vie, qui n’est lui-même qu'un

chant dans cette grande épopée qu'ont écrire en actioos, de siècle en eiècle, ses devanciers,—défricheurs, civilisateurs comme lui.—resierait sans écho Gans l’aveuir, si à lear saite n'apparaissait ce autre type que nous avons signalé, et dont la vie de celui qui fait le snjet de cette biographie offre un be! exemple.

Ceorge-Barthélemi Farivauls est né à Québec le 3 décembre 1789.

‘omme la plupart des jeunes gens de son temps, il ne fit pas Ge cours d'études régulier, Il fréquenta, pendant quelques années, l'école

d’un professeur écossais de Québec, M. John Fraser, ancien vétéran de l’armée du Général Wolfe. * Après avoir suivi les leçons du vieux professeur, M. Faribault compléta ses études par lui-même, à

* M. John Fraser tenait son école dans la rue Desjardins, en arrière du Couvent des Récollets. Des fenêtres mêmes de cette école, M. Faribault fut témoin, en 1796, del’incendie du monastère de ces religieux. Il se plaisait à raconter toutes les circonstances de cet événement, qui était toujours resté présent à sa mémoire, parce qu’il avait valu un demi jour de congé à toute sx classe.

A la bataille &°s plaines d'Abraham, ce même John Fraser, alors soldat daus le régiment des Fraser's Iighlanders, avait fait prisonnier le Dr. Badelart, d’une manière assez singulière. Au moment de la déroute, le chirurgien, occupé au soin des blessés, g'aperçut qu'il était cerné par l'ennemi.

Avisant alors un soldat écossais blessé, étendu à terre, le dos appuyé contre une clôture, il se constitua son prisonnier, en lui remettant la seule arme qu'il possédât: un pistolet

force d'énergie et de persévérance.

Il ge livra ensuite à l’étude du droit chez l’Honorable J. A. Panet, et fut admis au barreau de Québec en 1811.

Pendant la guerre de 1812, il

à double coup. Le soldat avait reçu un coup de sabre d’où le sang s’échappait en abondance ; Badelart se mit sur le champ en devoir de le pangser.

Les deux ennemis étaient loin de penser, en ce moment, que cette rencontre au milieu des boulets et de la fumée, était la première poignée de main d’une amitié inaltérable, et qu’ils allaient vivre pendant quarante ans porte à porte dans les murs de cette même ville de Québec, que leurs deux nations se disputaient avec tant d'acharnement.

Le pistolet du Dr. Badelart fut remis par notre vénérable concitoyen, M. James Thompson, entre les mains de la famille Badelart- Panet, au centième anniversaire de la bataille d'Abraham.

servit dans les rangs des milices canadiennes. *

Quoiqu'il se soit peu livré à la pratique de sa profession, néanmoins il en avait acquis une connaissance approïondie, ainsi que l’aitestent plusieurs causes difficiles qui lui ont ét6 référées comme praticien, par les tribunaux, et qu’il sut démêler avec une rare habileté.

Dès cette époque, il manifesta un goût prononcé pour les études archéologiques, qui devaient remplir une si large part dans son existence.

* En qualité de lieutenant dans la compagnie légère du 66 bataillon de la milice incorporée. (Mémoires inédits de M. le major Lafleur).

En 1822, il entra au service de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada, et passa successivement par les grades d'écrivain, de greflier de comité, et de traducteur français.

En 1832, il fut promu au poste d’Assistant-Greflier, en remplacement de M. Boutillier.

A l'époque de l'union des deux Canadas (1840), il devint Assistant- Greflier de l’Assemblée Législative, poste qu'il occupa jusqu'en 1855.

À part les devoirs de sa charge, il consacra, durant cette longue période, une partie considérable de son temps à la formation d’une collection d'ouvrages et de docu-

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ments importants relatifs à l’IHistoire du Canada.

Cette collection s'élevait à plus de 1600 volumes, lorsqu'il ent la douleur de la voir complètement détruite par l’incendie des édifices du Parlement à Montréal en 1849.

Sans perdre courage, l’infatigable archéologue se remit de nouveau à l’œuvre, et recommença une seconde collection.

Ce fut pour compléter ce long travail, que la Chambre d’Assemblée le députa en Europe en 1851.

Il partit de Québec le 3 octobre, accompagné de Madame Faribault et de sa fille.

Après un court séjour à New-

York, il s'embarqua pour Londres, où il séjourna peu de jours, et arriva à Paris le 10 novembre. Il y trouva nn ami dévoué des Canadiens dans la personne de M. de Puibusque qui lui fut d’un secours immense pour ses recherches. Tous deux s'étaient déjà connus en Cauada et s’y étaient liés d’une vive amitié, pendant le séjour que M. de Puibusque y avait fait de 1846 à 1850, Celui-ci l’aida continuellement de ses conseils, et lui ouvrit l’entrée des différents ministères.

Tout semblait présager le plus heureux succès, lorsque les événements du 2 décembre vinrent entraver toutes 828 démarches. Les

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réponses aux demandes qu’il avair faites aux divers ministres, furent surtout retardées pendant un temps considérable.

Mais d’autres circonstances bien autrement douloureuses interrompirent soudainement sa mission en le plongeant dans la plus profonde afiliction.

Madame Faribault, dont la santé avait été ébrarlée par la frayeur que lui avaient causée les graves incidents du Coup d'Etat, tomba dangereusement malade, et fut enlevée à la tendresse de son époux dans le cours du mois de mars 1852.

Anéanti par ce choc faneste, et malade lui-même depuis plusieurs

semaines, il fut longtemps incapable de reprendre ses occupations.

Un témoignage de sympathie qu'il reçut au milieu de ce deuil, le toucha d'autant plus vivement qu’il se trouvait alors complètement isolé, loin de ses amis, sur une terre étrangère. La famille Faribault du Mans, qu’il n'avait encore jamais vue, qu'il ne connaissait que par correspondances, accourut du fond de sa province à Paris, pour se jeter dans ses bras, et mêler des larmes aux siennes sur cette tombe fraichement ouverte.

Le gouvernement canadien, instruit de son malheur et de la

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situation précaire de sa santé, envoya de Londres son agent, M.

Wicksteed, pour lui prêter assistance.

Dès que sa santé lui permit de travailler, M. Faribault s’empressa de compléter sa collection d’ouvrages, dont une grande partie était déjà commandée. Partout, dans les différents ministères, et auprès des secrétaires des diverses Académies, il reçut le plus bienveillant accueil.

“ De généreux et magnifiques ‘ dons, dignes de la France, dit-il dans son rapport, me furent faits pour la bibliothèque, quoi- ‘ que plusieurs de ces ouvrages lui

“avaient été présentés en 1849.

“ Il m'est impossible en ce moment d’en développer toutes les riches- “es et leur importance, mais la ‘ valeur en peut être estimée à plus ‘ de £400 sterling.”

Dès que sa mission fut terminée, M. Faribault se hâta de reprendre la route du Canada. ‘ Mais, hélas! s'écriait-il en partant, la joie de revoir mon pays ne pouvait adoucir l’amertume de ma douleur.

Mon existence était brisée, mon âme déchirée; j'avais perdu la meilleure part de moi-même; ma pensée ne vivait plus qu’au-delà du tombeau. J'étais inconsolable en songeant qu'il me fallait laisser,

loin de ma patrie, la dépouille chérie de celle qui, pendant tant d’années, avait partagé avec moi le fardeau de la vie. Sur cette tombe solitaire et inconnue qui s'élevait sous les ombrages du cimetière Montmartre

Nul ne viendrait verser des pleurs.”

Seuls quelques arbustes verts et le gazon soigneusement entretenu par une main étrangère, indiquaient qu’une pensée triste veillait toujours sur ce coin de terre.

Un jour seulement on vit errer dans le cimetière Montmartre deux voyageurs canadiens qui cherchaient cette tombe sans pouvoir la trouver.

J'ai rempli envers toi et ta mère, écrivait l’un d’eux à une nièce de M. Faribault, la promesse que je vous ai faite d’aller visiter le lieu de la sépulture de Madame Faribault. Je fus deux fois avec ta tante visiter le cimetière Montmartre, sans avoir pu trouver le moindre indice non-seulement de la date de son décès, mais mème du lieu où elle a été inhumée.

Enfin je m’y rendis hier avec ta tante, accompagnés par la femme de M. Chapelais ; et après une marche de plus d’un quart d'heure, nous trouvâmes cette tombe que je désirais tant voir. Tout est en parfait bon ordre, le terrain en est

petit, mais il est renfermé par une galerie en bois, haute de deux pieds; la terre paraît y être bien entretenue, en sorte qu’il n’y a pas une seule mauvaise herbe.

Dans l'enceinte du terrain se trouve, sur le corps même, une croix faite en bois, dont je t’emporte quelques boutures ; et aux quatre coins du sol se trouve un beau petit arbre bien vert et à peu près de ma hauteur, dont j'ai ôté deux rameaux, pour toi et sa chère fille Mlle. Faribault. Il y a une pierre à la tête de la tombe où se trouvent écrits le nom de ta chère tante et le jour de son décès, 17 mars 1852 ; il y a en outre une

croix en pierre bien polie et bien saillante aux yeux des visiteurs ; mais hélas ! on n’y voyait aucun souvenir d’amis ou de parents, aucune couronne d’immortelles placée aux bras de cette croix, tandis que tant d’autres en sont couvertes.

J'y déposai mon souvenir ainsi écrit: “ Souvenir d’un ami ?; ma femme acheta un joli pot d'héliotrope qu’elle fit placer sur la tombe, d’où nous ne pümes nous retirer sans verser bien des larmes.”

Madame Faribault devait y dormir quatre ans, avant que sa famille püût faire transporter ses cendres, et les déposer, parmi les siens, sur le sol natal.

L'Assemblée Législative vota à M. Faribault une gratification de £250 en reconnaissance de l’habileté et de l'intelligence qu’il avait déployées dans l’accomplissement de sa mission.

Un de nos poètes canadiens, M.

L. J. C. Fiset, rappelait en vers délicats les incidents de ce voyage aussi fertile pour le pays que navrant pour M. Faribault. Ces vers, adressés à sa fille, sont écrits au bas d’un portrait de Jacques-Cartier.

Lorsqu’à travers la plaine humide,

Cartier, l’intrépide marin,

N'ayant que son grand cœur pour guide,

Vers nos bords s’ouvrit un chemin;

Songeait-il, au fond de son âme, Aux faveurs exemptes de blâme

Qui se lieraient à ses travaux ;

Ou bien, pesait-il seul dans l'ombre L'or et les richesses sans nombre Dont il chargerait ses vaisseaux ?

Oh! non, la gloire plus réelle Enflamme l'esprit du héros :

Fils de la France, c’est pour elle Qu'il brave les vents et les flots ; Non, le seul rêve de sa vie

Se résume en ce mot, patrie!

Qu'il porte gravé dans son cœur,

Il ne veut d'autre récompense

Que l'honneur d'illustrer la Franco Par ses hants-faits et sa valeur !

Ainsi, dans sa modeste sphère, Pour être utile à son pays,

Depuis longtemps votre vieux père Consume les jours et les nuits.

De l'oubli sauvant notre histoire, Rassemblant ses titres de gloire Pour en doter nos monuments, L'amour du pays l’encourage

A grossir ce noble héritage

Qu'il veut léguer à nos enfants |

Fidèle à sa tâche sublime, Nouveau Cartier, bravant la mort, Il part décoré de l’estime

Qui couronne son noble effort.

Ce n’est pas que de nouveaux mondes Découverts au loin sur les ondes,

Il veuille sonder les secrets ;

Mais il apportera de France,

Pour nous tous, les arts, la science, Pour lui, hélas 1 deuil et regrets.

Grâce aux soins continuels de M. Faribault, la nouvelle bibliothèque du Parlement avait atteint le chiffre de 20,000 volumes, lorsque dans la nuit fatale du 1er février 1854, l'incendie du magnifique palais du gouvernement, à Québec, en réduisit encore une partie en cendres. Près de 7000 volumes périrent dans les flammes, parmi lesquels se trouvait un nombre considérable de publications du seizième et du dix-septième siècles,

dont plusieurs ne pourront peutètre plus jamais être remplacées.

La douleur que M. Faribault en ressentit affecta sensiblement sa santé, toujours chancelante depuis la perte cruelle qui avait jeté un voile de tristesse sur son voyage en Europe.

L'année suivante, il offrit sa démission à la Chambre d'Assemblée qui lui alloua, en témoignage des services éminents qu'il avait rendus au pays, une pension de retraite de £400.

Il est étonnant que M. Faribault, avec l’érudition, qu’il avait acquise, et surtout la connaissance approfondie qu’il possedait de l'Histoire

du Canada, n'ait pas laissé d'autre écrit que son Catalogue raisonné d'ouvrages sur l’ Histoire de l’ Amérique.

Ecrivant avec assez de facilité, il eût pu prendre un rang distingué parmi les historiens du Canada ; mais humble et désintéreseé autant qu'érudit, il seréservait tout ce qu’il y avait de pénible et d'ingrat dans 8a tâche patriotique, et laissait à d’autres la gloire de profiter de ses recherches, de s’enrichir avec les trésors qu'il avait lentement accumulés.

Son Catalogue, qu'il publia en 1837, fut regardé à cette époque comme un des ouvrages les plus

complets en ce genre; et aujourd’hui encore, malgré sa date assez ancienne, il est un des guides indispeusables de l'historien de l’Amérique.

C’est le témoignage qu’en rendait en 1846 un juge compétent, M.

Adolphe de Puibusque, archéologue lui-même.

“J'ai lu d’un bout à l’autre votre Catalogue raisonné et annoté d'ouvrages sur l'histoire de lVAmérique et particulièrement du Canada. Ce beau travail d’un bibliophile consciencieux m'en a plus appris en quelques pages que certaines histoires en trois ou quatre gros volumes ; et sa place cst déjà

marquée dans ma bibliothèque à côté de mon ami Ternaux-Compans, le premier bibliographe américain de Paris.” *

Malgré ses infirmités, M. Faribault continua toujours, dans sa retraite, à s’occuper des antiquités canadiennes, à rechercher et à mettre en lumière tout ce qui pouvait ge rattacher à nos gloires nationales, auxquelles il avait voué une sorte de culte.

Depuis longtemps il nourrissait une touchante et patriotique pen-

*# Entre bien d’autres que nous pourrions citer, le même éloge est rendu à l’érudition de M. Faribault dans le Mémorial de l’Education de M.J. B. Meilleur, prédécesseur de

M. Chauveau au ministère de l’Instruction Publique.

sée, dont la réalisation était un des rêves de sa vieillesse. Il ne voulut pas mourir sans couronner par cette noble action ses longs travaux.

C’était de mettre à exécution le plan du monument funéraire que les troupes françaises avaient résolu d'élever, en 1761, à la mémoire de Montcalm, dans l’église des Ursulines de Québec, à l'endroit mème où le héros avait été inhumé dans une fosse creusée par une bombe.

Ce projet présentait plusieurs difficultés ; mais M. Faribault voulut les trancher d'un seul coup, en prenant sur lui toutes les responsabuüités, comptant sur le patriotisme de ses concitoyens de Québec pour

l'aider, quand le monument aurait été installé. Voici d’abord l’histoire de l'inscription qui devait y être gravée.

Lorsque les braves soldats de Montcalm, débris de sa petite, mais vaillante armée, eurent l’idée de rendre ce dernier hommage d’admiration à leur chef, ils s’adressèrent à l’Académie des inscriptions et belles-lettres qui traduisit ainsi leurs nobles sentiments :

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