Commémoration. P
de musique sacrée « en souvenir reconnaissant pour G. -F. Hàndel, Esq. ». Ils taxèrent leur' douleur à une demi-guinée le billet1.
Quand les habitants de Halle apprirent que leur illustre compatriote n'était plus, ils firent célébrer le 2 mai un service solennel pour le repos de son âme, dans l'église luthérienne de Saint-Laurent, où il avait été baptisé.
On est satisfait de pouvoir se dire qu'après une vie agitée et cruellement tourmentée, Hândel mourut heureux et tranquille, universellement respecté et admiré. Il est vrai que tous ses ennemis n'avaient pas renoncé à leur rancune, et l'un d'eux en donna une preuve en avril 1753. Le maître avait soixante-dix ans et était aveugle, lorsqu'un quidam fit insérer dans les journaux une note disant que la chapelle du Foundling Hospital préparait une antienne funèbre pour le jour prochain de son décès. Les administrateurs de l'hospice s'émurent de cette note ridicule et chargèrent le secrétaire du comité de se rendre chez Hândel, pour lui faire part de l'indignation et du dégoût que leur avait inspirés cette malencontreuse annonce, et l'assurer en même temps de leurs vœux sincères pour la prolongation de ses jours. Heureusement, le vieillard avait l'âme bien trempée et ne fit que rire de ce qu'il regardait comme une mauvaise farce. Si ce fut une
i. Public Advertiser du 22 mai 1759.
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flèche de Parthe qu'on voulut lui lancer, elle s'émoussa contre son indifférence. En réalité, pendant ses dix dernières années, toute hostilité cessa contre lui; les esprits s'étaient éclairés, et la noblesse — rendons-lui cette justice — eut le courage et le bon sens de s'avouer vaincue par son génie. Après avoir, à sa grande joie, payé toutes ses dettes, Hàndel laissa une fortune de 20,000 livres (500,000 fr.). Insolvable en 1746, il ne commença à se relever que vers 1750. Il faut donc que le public se soit porté en foule à ses concerts et que les saisons de 1750 à 1759, aient été exceptionnellement fructueuses, pour qu'il ait pu amasser 20,000 livres, soit plus de 2,000 livres par année, surtout qu'il ne donnait que onze concerts, le douzième étant toujours réservé à la bienfaisance. Burney affirme1 que le dernier fut remarquablement heureux. « Un de mes amis, dit-il, qui assista cette année-là à l'exécution de tous les oratorios et qui, après chaque concert, allait retrouver Hàndel au bureau du caissier, m'a assuré que la quantité de pièces d'or et d'argent qu'il emportait après chaque soirée était si lourde, que son domestique fléchissait sous son poids en la portant dans la voiture ».
A partir de 1750, on ne contesta plus son génie, et l'on aurait pu croire qu'il n'y avait plus au monde d'autre musique que la sienne. Pas un concert où
i. Commémoration. P. 28.