‹ G.-F. HändelChapitre 118 sur 118 · CJE OR G E - F R 1 1) E II I C II À N D E L 3G · texte numérisé non relu

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nuire à une facile perception chez un peuple dont l'éducation musicale était peu avancée. C'est aussi par les mêmes motifs que, s'il y a dans ses compositions richesse et variété de motifs, il y a également uniformité dans la manière de les traiter.

Bach s'est trouvé dans une situation de tout point différente. Vivant presque toujours isolé, dans de petites villes et dans les fonctions modestes d'organiste ou de « cantor », l'art n'exista, pour lui, qu'en lui seul. N'ayant point d'auditoire, sans ambition ni désir de fortune, il ne travailla que pour se plaire et ne trouva que dans l'art la récompense de ce qu'il fît pour lui. Son âme chaleureuse et son vaste cerveau purent concevoir à loisir d'immenses combinaisons dominées par de grandes pensées, sans s'inquiéter de l'effet extérieur et de l'opinion d'une assemblée. Rien de ce qu'il faisait, croyait-il, n'était des'Jné à voir le jour; chaque création de son génie, une fois achevée, allait prendre place dans une armoire. Point d'entraves donc; point de considération du succès ; point de formules, comme on eh voit trop chez Handel. De là ces hardiesses inouïes et ces inventions qui débordent dans sa Passion, dans sa messe en Si mineur, dans ses motets et dans ses cantates, dont les instrumentations sont toutes originales.

Mais, par cela même que Bach n'a pas soumis sa musique à l'effet de l'exécution devant de nombreuses assemblées; par cela même qu'il n'a été connu

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de ses contemporains que comme le plus grand organiste de son temps, ses inventions si hardies, si multipliées, n'ont point exercé d'influence sur Fart de son époque; ce ne fut qu'un demi-siècle après sa mort que cette influence commença à se faire sentir.

Handel représente une époque de l'histoire de Fart ; il en est l'expression réalisée dans l'ordre le plus élevé. Bach a été au delà. Par un effet de la plus vaste conception, il s'est affranchi de toute formule, ce que n'a pas fait ou n'a pu faire Handel; il a conçu dans ses ouvrages la variété infinie des formes, et ces formes sans cesse modifiées ne sont que les accessoires d'une pensée grande et forte qui domine tout.

Quoique l'influence de Handel sur ses contemporains ait été immense, il ne fonda cependant pas d'école. Aussitôt écrites, ses œuvres étaient exécutées, et grâce à l'opportunité constante qui lui fut ainsi offerte de comparer ses conceptions avec leur réalisation, la grandeur de son esprit était telle qu'il se surpassa lui-même plus rapidement qu'il n'influença les autres. Ce que l'on peut imiter dans ses œuvres est simplement le résultat de certaines formes d'expression, de formules, dont il se servit parce que, sans doute, il les trouva sous sa main; mais ce qui est bien de lui est inimitable. Dans leur style propre, ses oratorios sont aussi inaccessibles aujourd'hui que jamais; il semble avoir épuisé ce que l'art

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peut faire dans cette direction ; mais il n'a pas dirigé les esprits des compositeurs modernes comme Ta fait Bach.

Bach vécut et écrivit dans la retraite; une faible partie seulement de ses œuvres a été publiée de son vivant et il ne mit pas en ligne de compte leur effet sur l'esprit public, comme le fît Hândel. Il est étrange que, dans sa solitude, il ait conservé un vif intérêt pour la musique des autres, tandis que Hândel, en contact continuel avec le monde et la société, paraît avoir dédaigné les œuvres étrangères. Pour ce dernier, la musique n'existait que dans ses productions; elle se résumait tout entière dans son esprit et dans ses propres ouvrages. Il n'en était pas ainsi de Bach qui, en ce sens, a tout l'avantage. Admirateur sincère de ce qui était beau, il recherchait avec empressement les artistes distingués et rendait une justice impartiale à leur mérite. On sait qu'il tenta plusieurs fois de voir et d'entendre Hândel, tandis que celui-ci ne manifesta jamais le désir de connaître celui que la renommée lui signalait comme son rival le plus redoutable sur l'orgue.

L'influence de Bach ne commença d'être ressentie que cinquante ans après sa mort, quand les trésors qu'il avait laissés après lui eurent été pour la première fois mis en lumière. Ce fut un penseur qui suivit la trace des idées jusqu'à leur source, un idéaliste qui adora la vérité pour elle-même. Ses œuvres sont des chaînes de pensées et de raisonnements,

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inspirées par un sentiment profond et une réflexion infinie. Elles ne sont pas moins complètes, pas moins entières que celles de Hàndel, mais elles sont beaucoup plus compliquées, et pour apercevoir leur unité, il faut un large essor de jugement que ne possèdent pas tous les musiciens. Les œuvres de Hàndel en appellent à tous également. Homme d'action, il peignit ce qu'il voyait et sentait, mais ne l'analysa pas. Entre Bach et Hàndel, la différence est la même que celle qui existe entre un grand philosophe et un grand poète épique, comme par exemple entre Platon et Homère. Qui pourrait dire lequel l'emporte sur l'autre, lequel est le plus grand? Pour trouver les traces de l'influence du premier, il faut chercher plus profondément et regarder plus loin; mais le pouvoir de l'autre est plus consciemment ressenti et plus universellement reconnu.

En résumé, Hàndel se distingue par la netteté de la pensée et Bach par la profondeur. Hàndel est grand parla simplicité, Bach par ses combinaisons complexes. Tous deux furent doués d'un vif sentiment du beau ; mais ce sentiment se manifesta chez eux dans des ordres d'idées absolument différents.

Nous dirons pour conclure, que Hàndel a fait honneur, non seulement à la musique, mais encore à l'humanité, autant par la noblesse de son caractère que par la grandeur de son génie. Il fut un des trop peu nombreux artistes qui tinrent haut le drapeau de l'art; il fut l'incarnation de l'honnêteté, de la

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probité; l'inflexible droiture de sa conduite a captivé ceux mômes qui furent ses adversaires. On peut très justement lui appliquer les mots que Marc- Antoine prononça en voyant le cadavre de César : « C'était un homme. »

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