‹ G.-F. HändelChapitre 22 sur 118 · ITALIE ET HANOVRE · texte numérisé non relu

ITALIE ET HANOVRE

Au commencement du xvme siècle, l'Italie était plus que jamais le but du pèlerinage des hommes instruits qui s'empressaient d'aller fouler cette terre classique des arts, pour s'y inspirer des chefsd'œuvre de tout genre laissés par les grands génies qui ont illustré ce sol aimé des dieux. Quiconque tenait à passer pour amateur, connaisse ur ou protecteur des arts, se croyait tenu de parcourir l'Italie, la France; l'Angleterre, et même de séjourner quelque temps à la Haye. Aussi, voyait-on des cohortes de voyageurs sillonner les routes conduisant à la péninsule italique. Depuis plus d'un siècle, les musiciens allemands regardaient l'Italie comme la patrie de la musique et ne se croyaient habiles

que quand ils avaient été y puiser les enseignements des maîtres et apprendre d'eux à écrire des mélodies. Il n'est donc pas surprenant que Hândel ait désiré voir ce pays, alors à l'apogée de sa gloire artistique et intellectuelle. Pas une ville qui ne possédât des salles de spectacle; pas un souverain, pas un prince qui ne tînt à honneur d'avoir dans sa chapelle et dans son théâtre d'opéra les artistes éminents de l'époque, attirés à prix d'or. Si Venise pouvait se vanter de l'ancienneté de ses écoles, Bologne lui contestait la productivité ; si Florence s'enorgueillissait de ses mérites divers, Rome se reposait sur son ancienne gloire, et Naples reconstituait ses conservatoires pour devenir la génératrice féconde des plus grands compositeurs et des plus belles productions musicales du siècle. Les poètes abondaient en Italie; les musiciens y affluaient; la mélodie y coulait de source, et enfin le public, du grand au petit, du noble au roturier, comprenait les œuvres qu'on lui présentait, honorait et récompensait les maîtres qui le charmaient tout en illustrant la patrie.

On fie sait quel itinéraire suivit Hàndel pour se rendre au pays de ses rêves ; il est certain, toutefois, qu'il arriva à Florence entre janvier et mars 1707, et non en juillet 1708, comme ledit M. Schœlcher1.

1. Life of Handel, p. 14. — Ghrysander. G. -F. Hcindel I, 159.

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Il voulut d'abord visiter cette ville des fleurs où il était sûr d'être bieu accueilli par le prince Gaston de Médicis, dont il avait fait la connaissance à Hambourg et qui lui avait proposé de l'accompagner à Florence où régnait son frère Ferdinand, prince éclairé, intelligent et protecteur des artistes et des arts1. A Florence comme partout, le talent de l'organiste et du claveciniste servit d'introducteur au compositeur qui ne tarda pas à se faire connaître, car on a de lui une douzaine de cantates-solos provenant de l'époque de sa première station dans la capitale toscane. Elles ne portent ni date, ni lieu d'origine, mais trois sont signées de lui, c'est-à-dire que deux, intitulées Lucrezia (0 nurni eterni et Sarai contenta un di) portent la mention « diG.-F. Hànclel », et la troisième (Clori degV occhi miel) « di G. -F. Hândel ». Ce sont les seules fois qu'il écrivit en Italie son nom avec a, comme il le faisait en Allemagne; toutes ses autres œuvres italiennes sont signées Hendel.

Une de ces cantates, Chi rapt la pace al core, est un air de bravoure sur une basse très mouvementée. Cependant, on s'aperçoit que l'auteur ne sait pas encore parfaitement traiter les voix; il ne les ménage pas comme il le fera dans la suite. Une autre, 0 che pure troppo è vero, a un accom-

1. Voyez sur ce prince l'intéressante notice de M. Jules Cariez, dans le Ménestrel de mars 1883,

pagnement de clavecin qui doit avoir été ajouté subséquemment. Dans ces cantates on rencontre, à côté de raideurs de facture, des traits profondément mélodiques et passionnés. La Lucrezia déjà citée (0 nnmi eterni) a été, de toutes ces productions, celle qui fit le plus de sensation et se répandit avec une étonnante rapidité dans le monde musical. Lucrèce invoque les dieux et les somme de punir l'infâme qui lui a ravi l'honneur. « Si les étoiles sont sourdes, si les sphères ne m'écoutent pas (Se son sorde le stelle, senon m' odon le sfere) dit-elle, je m'adresserai aux dieux infernaux. » Le morceau réussit au delà des espérances de l'auteur; ce fut pour la cour florentine une preuve évidente de son talent et dès lors sa fortune s'accrut à l'égal de sa réputation. Mainwaring parle d'une cantatrice nommée Vittoria, attachée à la cour de Toscane, qui aurait en pour Hàndel un tendre penchant. Quadrio, il est vrai, cite deux cantatrices de ce nom1, qui fïorirent entre 1700 et 1720, mais il n'est question dans cette remarque ni de Vittoria Tesi, ni de celle qui porta le titre de « virtuose du duc de Toscane », à laquelle il donne le nom de Lucrezia. Cette artiste doit avoir appartenu aux plus remarquables vocalistes du temps.

1. Lucrezia d'André, detta Carô, virtuosa del principe di Toscana. — Vittoria Cafazza. — Vittoria Costa. — Cf. Quadrio. Storia e ragione d'ogni poesia. 5 vol. 4°. 1739-52.

U GEORGE-FRIDERtC HANDEL

Notre héros ne fit alors qu'une courte apparition à Florence; il lui tardait d'être à Rome, d'y assister aux fêtes de Pâques et d'entendre la musique que l'on exécutait pendant ces grandes solennités à Saint Pierre et dans la chapelle Sixtine. Il demeura cette fois dans la capitale du monde chrétien d'avril à juillet 1707 et s'y fît connaître par une composition religieuse sur le psaume 109, Dixit Dominus Domino meoy pour cinq voix avec accompagnement d'orchestre. A la fin du morceau il a écrit S. D. G ! — G. F. Hendel — 1707 — 4 d'Aprile — Romae. Ce n'est pas une de ses meilleures créations.

Il la fit suivre d'un Nisi Dominus de moindre étendue et d'un Laudate, pueri, Dominum avec la doxologie. A la fin du manuscrit, on lit tracé de sa main : « S. D. G — G. F. H. — 1707 — d. 8 July — Iloma. » — Outre ce morceau en ré majeur et à cinq voix avec solos, il en existe un autre sur le même texte, en fa majeur, pour une voix avec accompagnement d'instruments. On y reconnaît une composition allemande qui fut vraisemblablement écrite à Halle en 1702, et qu'il crut pouvoir utiliser à Rome.

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