Grove, Dictionary of Music, etc., I
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voulut aller voir son petit-fils, et notre gamin, qui avait alors sept ans, pria son père de l'emmener avec lui. N'ayant obtenu qu'un refus, il n'insista pas; mais guettant le moment où la voilure se mettait en mouvement, il la suivit à pied sans avoir été remarqué par personne. Quand son père Peut aperçu, il fit arrêter le véhicule et gronda le petit rebelle qui versa des larmes mais n'en persista que davantage dans son désir d'aller à Weissenfels. Cette ténacité dans sa résolution, présage de l'énergie et de la persévérance qu'il déploierait dans la suite, embarrassa fort son père. Renvoyer son fils à Halle et à pied aurait été de la cruauté; l'y ramener en voiture était impraticable. Il gronda, mais céda et finit par le prendre avec lui.
À Weissenfels, le vieux Hândel avait de bons amis auxquels il fit part de l'escapade de son fils et de sa passion pour la musique. Ceux-ci, en gens intelligents, lui objectèrent que quand la nature se prononce aussi formellement, c'est un signe divin auquel il serait absurde et même coupable de s'opposer. Il fallait donc laisser l'enfant suivre sa vocation et la diriger au lieu de l'entraver. — Ne nous étonnons pas si à Weissenfels on professait des idées plus avancées et plus justes qu'à Halle sur la dignité de l'art musical. Là, régnait un prince qui donnait chaque jour des preuves de son esprit libéral et de sa bienveillance pour les artistes. Si dans les églises la musique était richement dotée pour
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donner plus de prestige au service divin, la profane trouvait à la cour ducale une place non moins importante. Là aussi était né Henri Schùtz, surnommé le père de la musique allemande, qui y passa presque toute sa vie et y mourut à quatre-vingtsept ans (1585-1672) ; et quoique fût décédé depuis vingt ans, tous, petits et grands, connaissaient son mérite, appréciaient ses services et se montraient fiers de la gloire acquise par lui chez les princes allemands et étrangers. Lui aussi avait étudié la jurisprudence; il avait même écrit une thèse latine lorsque sa vocation le porta vers de plus hautes destinées. On ne pouvait donner au vieillard un exemple meilleur, ni plus encourageant que Henri Schûtz. — Une autre recommandation, bien autrement puissante, allait renforcer les observations précédentes.
Les musiciens de la chapelle, qui avaient pressenti le génie naissant du petit Hândel, l'assirent le dimanche, à l'issue de l'office, devant le clavier de l'orgue du chœur et lui demandèrent de jouer une sortie. Il ne se fit pas prier et entama sur le champ une improvisation. Le duc, qui allait se retirer, ne reconnaissant pas le jeu de son organiste ordinaire, s'arrêta pour écouter et demanda à son valet de chambre quel était le petit artiste qui se conduisait si bravement. « C'est le petit Hàndel de Halle, répondit George-Christian; c'est le plus jeune fils de mon grand-père. » Il n'avait pas voulu
dire : « C'est mon oncle ! » pensant qu'il aurait été ridicule qu'un grand gaillard de vingt-cinq ans appelât ainsi un petit bonhomme de sept ans. La circonlocution était donc de mise en pareil cas.
Immédiatement, le duc ordonna qu'on lui amenât l'enfant et son père, lequel lui fit part de sa position embarrassante à cause de la persistance de son fils à faire, malgré la volonté paternelle, de la musique sans guide ni maître. — Le prince prit alors la défense de l'art et ajouta qu'à la vérité un père a le droit d'élever ses enfants comme il l'entend sans que personne puisse se permettre de l'en empêcher, mais que ce serait aller contre le bien général, faire tort à la postérité, que d'éteindre dans son germe un génie qui s'éveille, en l'empêchant de suivre la voie que la nature et la Providence lui ont tracée. Il engagea donc maître George à ne point contrarier la vocation de son fils et à le laisser parcourir la carrière qui le conduirait infailliblement à la gloire. Puis il remplit d'argent et de bonbons les poches de l'enfant, ravi d'avoir entendu si bien plaider sa cause par un tel défenseur. Le père en demeura quelque peu ennuyé; mais, déjà ébranlé par les observations de ses amis, il promit de ne plus s'opposer au désir de son enfant, et, s'il ne le secondait pas, du moins laisserait-il les choses suivre leur cours malgré qu'il lui en coûtât, à condition pourtant que son fils continuerait à étudier pour devenir docteur en droit. Jamais Hàndel
n'oublia la bonté du duc de Weissenfels en cette circonstance décisive pour son avenir et le regarda toujours comme son bienfaiteur.
De retour à Halle, le père Handel s'enquit du meilleur maître de musique de la ville, et on lui indiqua Zachau, l'organiste de la cathédrale. Il le donna pour professeur à son fils. Nous avons encore assez de compositions de Zachau pour pouvoir le juger; et comme il fut le seul maître de musique de Handel, le faire connaître au lecteur ne sera pas inutile. Mainwaring, en appréciant les mérites de Handel dans les Mémoires qu'il a écrits sur ce grand homme, le proclame le plus sublime de tous les compositeurs, pour les chœurs avec accompagnement d'orchestre et surtout pour la musique religieuse polyphonique. Mattheson qui a traduit l'ouvrage de Mainwaring, ajoute1 : « Ceci est vrai; mais le mérite en revient aussi à Zachau et à sa manière de jouer de l'orgue. » Tous les biographes ont parlé de ce dernier avec éloge et disent qu'on le tenait en grande estime à cause de son talent d'organiste, de sa science contrapuntale et de son habileté comme professeur.