Grove, Dictionary of Music and Musidans. I
r.EORGE-FRIDERïC IÏANDEL
musique comme un art inférieur, une distraction pour les paresseux. Mécontent et presque honteux des inclinations artistiques de son fils, maître George Hândel résolut d'en étouffer en lui les germes : il le priva de toutes les occasions où il aurait pu entendre de la musique; il refusa même de l'envoyer aux écoles publiques où on lui aurait sans doute enseigné les notes et les éléments musicaux. Mais c'est en vain que l'on s'efforce de contrarier une vocation bien prononcée ; c'est en vain qu'on lutte contre les décisions de la nature. Chaque fois que l'enfant pouvait s'esquiver, il allait le soir écouter les musiciens de ville lorsqu'ils donnaient des aubades devant l'église Notre-Dame. La volonté d a père n'en demeura pas moins inflexible : son fils devait être docteur en droit. D'un autre côté, le fils voulait être musicien et, avec le caractère déterminé que nous lui connaissons, rien n'aurait pu le détourner de cette résolution. Quoiqu'il fût trop jeune pour qu'une lutte se soit produite, on pressentait déjà qu'elle naîtrait un jour ; mais il était alors impossible de prévoir ce qui en résulterait. Le père bannit de chez lui tous les instruments de musique et ce qui s'y rapportait ; autant valait défendre à la rivière de couler. Les précautions prises pour changer les instincts de l'enfant ne* servirent qu'à les ancrer plus encore dans son cœur, à l'exalter en le forçant de les concentrer en lui-même.
Sur ces entrefaites, une main demeurée inconnue
vint secrètement à son aide. Fut-ce sa nourrice ou sa mère? On ne sait; toujours est-il qu'un beau jour, un petit clavicorde1 se glissa inaperçu dans la maison du n° 4 et se cacha dans un grenier sous le toit. C'était une sorte d'épinette peu volumineuse, qu'un homme pouvait porter sous le bras, et d'un son si faible, qu'en frappant de toutes ses forces, le petit Hàndel ne serait pas parvenu à réveiller ses parents endormis. La nature fut son premier maître. Trouvant tout d'intuition, laissant courir librement ses doigts sur le clavier et cherchant des combinaisons harmoniques, à l'âge de sept ans, il jouait de l'épinette.
Un voyage à Weissenfels allait ouvrir les yeux du père et lui prouver l'inutilité de sa résistance aux décrets de la nature. Un de ses petits-fils (du premier lit ), et par conséquent neveu de George-Frideric, exerçait les fonctions de valet de chambre du duc régnant de Saxe-Weissenfels. George-Christian — ainsi s'appelait-il — n'était donc pas le demifrère de notre Hàndel, comme l'ont dit Mainwaring2, Schœlcher 3 etautres 4, mais son neveu, ainsi que l'a démontré M. Chrysander 5. Le grand-père
1. Voyez mon livre : La Vie et les Œuvres de /.-S. Bach, Paris, 1882, in-12. Appendice v, p. 362.
2. Mernoirs of the Life of the late George Frederick Hàndel. London, 1760, 8°.