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évidente, que Marpurg l s'est demandé « si le goût de M. Rameau, quand il ne veut pas imiter Lully, ne serait pas par hasard celui d'un Bononcini »?
La série des cinquante-deux représentations de la cinquième saison s'ouvrit le 27 novembre 1723 avec Farnace, nouvel opéra de Bononcini qui ne réussit pas. On eut alors recours à Ariosti, lequel promit de relever l'honneur de l'Opéra avec son Vespasiano. La réussite était d'autant plus urgente, que la comédie du Docteur Faust, à Drury Lane, enlevait à Haymarket une bonne partie de son public ordinaire. Que Ton juge du désappointement des membres du comité et de l'agitation qui régna parmi eux, lorsque Vespasien, sur lequel on comptait, tomba à plat* Les directeurs se virent obligés de presser la mise à la scène du Giulio César e que Hândel avait depuis quelque temps sur chantier. Le sujet roule sur les amours de César avec Cléopàtre, reine d'Egypte. Nicolà Haym en fut encore le poète et son drame lui parut si beau, qu'il le dédia à la princesse de Galles, la future reine Caroline.
1. Kritic. Einleitung in die Geschichte und Le/trsâtze der dlten und n'euen Musik; Berlin. 1759; in-4°. p. 02.
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On ne s'aperçoit de la hâte avec laquelle Hândel dut terminer cette œuvre, qu'en ce que le menuet par lequel il finissait d'ordinaire ses ouvertures forme ici le chœur d'entrée, Vivà il nostro Alcide, suivi de l'air magnifique Presti ornai. Cette entrée diffère absolument des formules traditionnelles, et, par sa largeur et sa sonorité, on la croirait de la fin du siècle.
Giulio Cesare a quelque chose de pins particulier, de plus dramatique même que certains opéras plus récents. Lorsque César tient dans ses mains l'urne qui renferme les cendres de Pompée, il se livre à des réflexions philosophiques sur la fragilité de la vie humaine. Ici, le poète s'est élevé plus haut que d'habitude; il a vraiment enfourché Pégase dans sa strophe qui commence par Aima drt gran Pompeo. Sur ces vers, Hândel a combiné un récitatif dont la grandeur et la beauté dépassent celles de tous les morceaux de ce genre qu'il a conçus. L'effet produit par Senesino lorsqu'il disait cette strophe était prodigieux. On n'avait encore entendu rien de pareil. Ni J.-S. Bach, ni Gluck, si arlmirés à juste titre pour leurs récitatifs, ne se sont montrés supérieurs à Hândel en ce genre. Se basant généralement sur le fond harmonieux le plus simple, il a fait preuve d'une perfection rhétorique dont l'orateur le plus accompli pourrait se montrer fier. C'est à cette qualité exceptionnelle, jointe â une exacfe vérité de sentiment, que ses récitatifs
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doivent leur réputation. Tous les morceaux de cet opéra sont beaux ; peut-être moins mélodiques que ceux A'Ottone, ils sont mieux appliqués aux paroles et aux caractères qu'ils doivent interpréter. Pour atteindre plus sûrement le but dramatique qu'il avait en vue, Hândel s^est servi d'une instrumentation plus riche que d'habitude, car, outre le quatuor des cordes, il a fait intervenir les hautbois, les bassons, les flûtes, quatre cors, des harpes, des violes de gambe, des théorbes et des trompettes.
En Giulio Cesare, Hândel livra au monde musical une œuvre qui fit époque, non seulement pour lui, mais encore pour presque tous ceux qui participaient artistiquement à l'Académie. Il rompit le triumvirat des compositeurs et brisa la chaîne qui en faisait une fort peu sainte- trinité. On supprima les emplois qui n'étaient pas indispensables et en mai déjà, la ville sut que Bononcini ne serait pas rengagé pour la saison suivante et que la duchesse de Marlborough lui servait une pension de 500 livres (12,500 francs), pour qu'il ne retournât pas dans son pays1. On conserva Ariosti dont les prétentions se prêtèrent aux circonstances; lui aussi trouva des patrons, mais moins fastueux et moins généreux que ceux de Bononcini.
Cependant, on avait fini par s'apercevoir que, pour des rôles comme celui de Cléopâtre, la Guz-