‹ G.-F. HändelChapitre 52 sur 118 · History. IV · texte numérisé non relu

History. IV

présente, est que je ne sçaurais pas être si ingrat que de passer avec silence les bontés que vous voulez bien témoigner à ma mère par votre assistance et consolation dans son âge avancé, sans vous en marquer au moins mes très humbles remerciements. Vous n'ignorez pas combien me doit toucher ce qui la regarde, ainsi vous jugerez bien des obligations que je vous dois avoir.

Je me conterois heureux, mon très cher frère, si je pouvois vous engager à me donner de tems en tems de vos nouvelles et vous pourriez être sur de la part sincère que j'en prenderois, et du retour fidel que vous trouveriez toujours en moy. «Pavois crû de pouvoir vous renouveler mon amitié de bouche et de faire un tour en vos quartiers à l'occasion que le Roy s'en va à Hannover; mais mes souhaits ne peuvent pas avoir leur elfet encore pour cette fois, et la situation de mes affaires me prive de ce bonheur-là malgré que j'en ave. Je ne désespère pas pourtant de pouvoir être si heureux un jour. Cependant il me seroit une consolation grande si j'oserois me llatter que vous me vouliez bien accorder quelque place dans votre souvenir et de m'honorer de votre amitié, puisque je ne finirai jamais d'être avec une passion et attachement inviolable, monsieur et très honoré frère,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

George-Frideric Handel.

P. S. Je fais bien mes humbles respects à madame votre épouse et j'embrasse tendrement ma chère filleule. Mes compliments s'il vous plaît à tous les amis et amies.

t Monsieur Michael Dietrich Michaelsen, docteur en droit , à Halle (Saxe).

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La septième saison s'ouvrit le 30 novembre 1725. Le 12 mars parut le Scipio de Hàndel, dont la musique ne fut terminée que peu de jours avant l'exécution, ainsi que le constate cette annotation sur la partition originale : « Fine dell ' opéra G. F. H. Marc h Z, 1726. »

Quoique Scipio ne soit pas une des meilleures productions du maître, il n'en renferme pas moins de nombreuses beautés. L'ouverture est d'une singulière originalité et la marche sur laquelle se levait le rideau est demeurée pendant quarante ans, si nous en croyons Burney, le morceau de parade des gardes du corps à Londres.

Enfin le rossignol tant désiré, la séduisante cantatrice payée au poids de l'or, la fameuse Faustina Bordoni, fît son entrée dans sa bonne ville de Londres, après des négociations et des attermoiements qui avaient duré des années.

En 1718, elle était déjà si célèbre en Italie, qu'on la nommait « la nouvelle sirène », et qu'on avait frappé à Naples une médaille en son honneur, ce qui ne s'était jamais vu pour une cantatrice. Sa renommée avait franchi les monts.

A l'articulation la plus claire et la plus moelleuse;

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à la volubilité de prononciation la plus étonnante, Faustina joignait de grands charmes physiques et une vivacité pleine d'expression dans les gestes et les manières. On disait d'elle que la nature ne l'avait créée que pour chanter et jouer. Rien ne lui était trop difficile; jamais on n'avait entendu de répétition aussi rapide et aussi prolongée d'une même note, ce qui ne l'empêchait pas de soutenir et de filer indéfiniment et merveilleusement le son. Lorsque des témoins oculaires et auriculaires rapportent qu'avec cela elle était sans égale dans les passages de force, aussi bien que dans l'expression simple, profonde et douloureuse; lorsque Handel, qui savait si artistiquement creuser et exprimer les sentiments féminins, la disait insaisissable et incompréhensible ; qu'y a-t-il d'étonnant que cette sirène, avec ses dons presque surnaturels, ait pu ensorceler et atteler à son char auteurs, chanteurs, compositeurs et public?

Handel eut alors à écrire un opéra dans lequel les deux cantatrices apparaîtraient sous leur jour le plus avantageux. Afin que leurs chances fussent égales, on choisit pour sujet les amours d'Alexandre le Grand avec Roxane et Lisaura. Alessandro fut donné le 5 mai 1726. D'après le manuscrit, Handel l'aurait terminé le 11 avril, car il a écrit ce qui suit comme conclusion : « Fin&delV opéra 11 cVAprilc 1726. » Le texte était de P.aolo Rolli. « L'opéra plut beaucoup, » dit Caïman; « et afin de remplir

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leur caisse h peu près à sec, les directeurs décidèrent que, dans les premiers temps, ils donneraient par semaine trois représentations au lieu de deux. »

Faustina et la Cuzzoni entraient ensemble dans la scène m du premier acte, par un superbe récitatif; puis, dans des airs caractéristiques, elles exprimaient leur amour et leur jalousie. Le talent qu'elles déployèrent fut incomparable, Tune s'efforçant de surpasser l'autre : jamais le public anglais ne s'était vu à pareille fête. Cependant, le compositeur n'avait pas avantagé l'une au préjudice de l'autre et comme tous les airs sont élaborés et écrits dans les meilleures cordes des deux vocalistes, on a ainsi la preuve qu'il les avait sainement jugées. Dans la lutte qui allait éclater entre ces deux premières dames, il fut peut-être le seul qui demeura impartial et ne prit parti pour aucune; toutefois, il paraissait préférer la Cuzzoni dont le genre de diction lui était plus sympathique que celui de Faustina. La Cuzzoni représentant Lisaura, l'amante la moins favorisée, Hândel l'avait fait s'exprimer en épanchements douloureux et plaintifs, s'accordant parfaitement avec la nature de son talent. Les airs de Faustina, au contraire, sont brillants, animés, pleins d'une conviction victorieuse. Dans son grand morceau Alla sua gabbia d'auro, le compositeur lui a prodigué des fioritures qui faisaient ressortir ses notes les plus avantageuses, L'opéra se termine par un beau duo entre

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Alessandro et Lisaura et par un autre entre Roxane et lui, lesquels se résument en un trio où intervient le chœur et qui constitue un de ces maîtres morceaux comme Hàndel savait les écrire.

Deux partis se formèrent bientôt dans Londres sous les noms de Cuzzonistes et de Faustinistes. De chaque côté on se passionna pour sa dame et Ton tonna contre sa rivale. On sut si bien exaspérer ces prime donne, qu'elles n'observèrent même pas la politesse la plus élémentaire Tune envers l'autre. Les pamphlets abondèrent, surtout contre Faustina, car si elle eut des partisans en grand nombre, la presse anglaise ne lui fut pas très favorable. Le Craftsman (Y Artisan), journal appartenant à Caleb d'Anvers, qui semble s'être mis à la solde des Cuzzonistes, la cribla de traits acérés. D'autre part, les Faustinistes ne demeurèrent ni inactifs ni silencieux jusqu'à la fin de la saison, qui se termina le H juin 1726 par Y Alessandro.

L'année 1726 eut pour Hàndel une importance •plus grande que toutes les précédentes, en ce qu'il obtint alors la naturalisation avec tous les droits et devoirs attachés an titre de citoyen anglais. Pour

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faire passer plus facilement sa demande devant la Chambre haute, il se joignit à plusieurs étrangers qui, comme lui, réclamaient la naturalisation. L'acte soumis au Parlement était ainsi désigné: An act of naturalising Louis Schehaye, George Frédéric Handel and others. Présenté le 12 février 1726 et aussitôt accepté, le nouveau citoyen parut, le lendemain 14, dans la Chambre des lords, prêta serment d'obéissance aux lois du royaume, et> le 20, reçut la confirmation royale.

La courte mais orageuse huitième saison, qui ne comporta que quarante et une représentations, commença le 7 janvier 1727, par Lucius Verus, opéra d'Àriosti, qui n'eut pas la chance de plaire au public. Bononcini était aussi rentré en faveur auprès des membres du comité de l'Académie, lesquels crurent devoir recourir à cet expédient qui allait tout compromettre, mais qui, néanmoins, ne dut pas déplaire à Hàndel, dont le nouveau chef-d'œuvre, Admeto, donné pour la première fois le 31 janvier, resplendit d'un éclat plus vif encore à côté des plates élucubrations de ses rivaux.

La partition à' Admeto n'a pas été conservée en original, mais seulement en copie dans les manuscrits de Smith appartenant aujourd'hui à la bibliothèque du Conservatoire de Paris (fonds Schœlcher). Le contexte est tiré de YAlceste d'Euripide, tragédie à laquelle vient se mêler une seconde histoire d'amour, de jalousie, de ruse, de vengeance et de

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réconciliation. Au lieu du troisième mouvement de l'ouverture, nousavonsune danse de larves etde fantômes dans la chambre d'Admète; c'est un morceau d'une rare orginalité. Le malade fait ensuite entendre ses plaintes dans un long récitatif suivi d'un air caractéristique et touchant. « Je tiens de personnes qui assistèrent aux premières représentations de cet opéra, dit Burney1, que jamais Senesino (Admet o) ne fut meilleur; jamais il ne chanta et ne joua mieux, à l'immense satisfaction du public. » Quant auxdeux ennemies, ellesse surpassèrent elles-mêmes. Lorsque la Cuzzoni eut chanté son air du premier acte, Sert vola, un spectateur de la galerie, ne pouvant contenir son enthousiasme, y donna cours en s'écriant : « Le diable m'emporte, je crois qu'elle a un nid de rossignols dans la poitrine I » Disons qu'à cette époque, dans toutes les classes de la société, chacun jurait et se servait, sans que personne s'en scandalisât, des locutions les plus malsonnantes et les plus grossières. Ainsi, lady Cowper, une des dames les plus nobles et les plus élégantes de Londres, écrivait dans son livret d'Admeto, au sujet de Faustina : « C'est une chanteuse qui a vraiment le diable au corps ! »

Admeto fut donné, presque sans interruption, du 31 janvier au 18 avril, soit vingt fois.

La direction tomba dans un cruel embarras, car

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les démêlés des deux premières dames avaient désorganisé toute la troupe. Senesino ne chantait plus que mollement; les deux basses ne pouvaient se souffrir et c'était à qui ferait des misères à l'autre. Les satires couraient la ville, et Colley Cibber, directeur du théâtre anglais de Drury Lane, fît jouer une farce dramatisée : The Contretemps, or the rival Queens, dans laquelle figurait tout au long le scandale de l'Opéra. Le docteur Arbuthnot, ami de Hândel, voulant flétrir de semblables excès, publia une brochure que le public lut avidement. Il blâmait l'engouement de ses concitoyens pour les chanteurs italiens qui, tous les ans, emportaient d'Angleterre de fortes sommes et appauvrissaient d'autant le pays. Arbuthnot croyait que, sans eux, l^opéra aurait néanmoins été possible à Londres ; mais il se trompait, puisque l'orchestre même se composait en majeure partie d'étrangers, surtout d'Allemands, parmi lesquels se faisaient remarquer le hautboïste Kreitsch et le bassoniste Krabe. Qu'aurait pu faire Hândel sans ces artistes, et comment le progrès de l'art se serait-il répandu sans eux en Angleterre?

L'événement capital de l'année 1727 fut la mort du roi George Ier. Parti pour Hanovre au commencement de juin, il tomba malade en route et rendit le dernier soupir à Osnabrûck, le 11/22 juin 1727, à l'âge de soixante-cinq ans. George II succéda à son père, et pour son couronnement qui eut lieu à Westminster avec une pompe inaccoutumée, Hândel

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fut chargé de composer de nouveaux chœurs sur le texte des Antiennes du couronnement.

Il suffît de comparer ces Coronation Anthems avec le Te Deum d'Utrecht (1714), ou avec ceux de Cannons (1718-1719), pour se rendre compte des progrès gigantesques faits par Handel en ce genre et voir combien sa veine mélodique devait être abondante et pure, pour s'élever à une telle hauteur. Il a écrit quatre antiennes que l'on trouve classées selon l'ordre suivant dans son manuscrit :

\. Zadok thepriest Rois, i, versets 38-40.

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