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qu'il ne les privât de leur pain était sans fondement; la direction de l'Opéra lui paraissait alors plus profitable. Gomme il dirigeait les concerts de la cour, qu'en toute occasion il jouait de l'orgue, qu'il composait et faisait exécuter sa musique, personne n'aurait pu lui contester ses droits à ces emplois; il ne les fit jamais valoir, et l'on ne peut pas dire qu'il ait cherché à s'enrichir aux dépens des artistes anglais, comme les chanteurs, compositeurs et poètes italiens se l'entendaient reprocher tous les jours.
Pour la neuvième saison, qui allait être la dernière de l'Académie royale de musique et qui commença le 30 septembre 1727, le comité remit dans les seules mains de Hândel la direction artistique du théâtre. Il était trop tard pour sauver la situation, car les dissensions des chanteurs et des cantatrices avaient mis la compagnie dans un si complet désarroi, que la bonne exploitation de l'entreprise était devenue matériellement et moralement impossible. La Cuzzoni et Faustina firent, il est vrai, mine de se réconcilier et chantèrent à côté l'une de l'autre ; mais le public se refroidit et la souscription annuelle n'aboutit pas. Pour comble de déboires, le
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théâtre anglais de Lincoln's-inn Fields, dirigé par John Rich, venait d'obtenir un succès sans précédent avec le Beggar's opéra (le Gueux) de John Gay, et le public s'y porta en foule, délaissant Topera italien de Haymarket. La musique était entièrement prise d'anciennes ballades locales arrangées et ororchestrées par le Dr Pepusch, d'où vient le nom « d'opéra-ballade » donné à ce genre de pièce. Le Beggar's opéra eut soixante-trois représentations consécutives et fut joué partout en Angleterre. Soixante-trois représentations de suite, c'était fabuleux alors et ce succès ne peut se comparer qu'à celui qu'obtint naguère chez nous la Fille de madame Angot. Aussi disait-on que le Beggars opéra avait fait « Rich gai, et Gay riche ».
Pour lutter contre le désastreux engouement produit par le Beggar's opéra, Hàndel donna son Ricardo 1°. Une remarque qui se trouve à la fin du manuscrit original nous apprend qu'il était déjà terminé au printemps. « Fine delV opéra G. F. H. May 16, 1727. » — Il est donc manifeste que Ricardo aurait été exécuté plus tôt, si les querelles des artistes n'y avaient mis empêchement. Le sujet, national s'il en fut — la croisade et le voyage de fiançailles de Richard Cœur de Lion, avait été choisi sur le désir des directeurs, par Paolo Rolli, qui déclare dans son livret, dédié au roi, « qu'il a composé presque tout ce poème ».
Après une belle et chaleureuse ouverture qui,
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comme celle d'Admeto, ne comporte que deux mouvements, vient une scène qui rappelle également le commencement d'Admeto. Elle est suivie d'une longue pièce de musique instrumentale imitant la tempête. Deux airs sont très remarquables : ce sont Agitato da fîere tempeste, pour Senesino, et Vado per obedirtiy pour Faustina. Burney1 dit de ce dernier air : « C'est un des plus beaux airs de bravoure que je connaisse, et l'on m'a raconté que, malgré son accompagnement élaboré et son instrumentation presque bruyante, la voix sonore de Faustina n'en remplissait pas moins la salle. »
Le 17 février 1728, l'infatigable Hânclel présenta au public son Siroe (Gyrus), qu'il avait terminé le 5 du même mois. Le succès fut grand, puisque cot opéra eut dix-neuf représentations de suite.
Le finale de l'ouverture, autrement dit la gigue, demeura la favorite du public tant que ce genre de danse fut en usage. Le maître semble même avoir eu un faible pour elle, car vingt ans après l'avoir composée, il la joua un jour en présence de Burney2 chez madame Cibber, la cantatrice, comme morceau de clavecin. Presque toute la musique du Siroe est tirée du Flavio Olihrio, que Hàndel avait commencé d'écrire pour Venise, en 1707. Le troisième acte seul a été composé à nouveau pour Faustina, qui l'occupait presque entièrement.
i. ïïistory. IV, 327.