‹ G.-F. HändelChapitre 58 sur 118 · L. Daily courant du 2, et Lan don Journal du 5 juillet · texte numérisé non relu

L. Daily courant du 2, et Lan don Journal du 5 juillet

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La musique, quoique belle et remarquable en bien des parties, ne répondit pas à l'attente générale, malgré certains airs qui peuvent être rangés parmi les meilleurs du maître. Après avoir été joué dix fois, Lothario fut retiré et Ton reprit Giulio Cesare, qui eut neuf représentations consécutives. Cluer fit graver avec beaucoup de soin la partition de Lothario; mais cet éditeur étant mort sur ces entrefaites, Hândel rompit ses relations avec sa veuve, et depuis lors donna tout ce qu'il composa à Walsh, lequel demeura son unique éditeur.

Le 24 février 1730, on représenta son opéra de Partenope. Le sujet traite de la fondation de Partenopolis, c'est-à-dire de Naples par Partenope, et des amours qui présidèrent à cette fondation. Sur ce texte, Handel a écrit une musique admirable. Le thème, du reste, lui offrait plus de variété que celui de Lothaire; on voit aussi qu'il connaissait mieux les qualités et les faiblesses de ses artistes.

Un aussi bel ouvrage portait en soi la garantie d'un bon accueil, et pourtant on ne le donna que sept fois en cette saison; cela tint surtout à ce que, comme acteur, Bernacchi ne fut pas à la hauteur de sa tâche. La Strada, au contraire, — désignée dans le livret comme « Anna Strada del Po », parce qu'elle venait de se marier avec del Po, — s'empara, dans ce nouveau rôle, de toute la faveur du public. Avec la reprise de Tolomeo, on clôtura la saison le 13 juin.

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Ce que la cour et la noblesse désiraient surtout, c'était que l'on engageât un contraltiste ou castrat di primo cartello, pour remplacer Bernacchi, lequel se retirait. On pensa d'abord à Senesino, puis au non moins célèbre Carestini. Hândel se mit en rapports épistolaires avec Francis Colman, envoyé extraordinaire à Florence, et aussi avec l'ancien directeur d'opéra Swiny, résidant en Italie, et tous deux s'efforcèrent de satisfaire Hândel et la cour. On voulut d'abord un contralto parce que la Merighi avait manifesté l'intention de partir; mais un nouveau contrat ayant été signé avec elle, le maître pria ses correspondants de ne s'occuper que d'un soprano, qui pût aussi jouer les rôles d'homme *.

Londres, ce 19/30 de juin 1730.

Monsieur,

Depuis que j'ay eu l'honneur de vous écrire, on a trouvé moyen d'engager de nouveau la signora Merighi, et corne c'est une voix de contralto, il nous conviendrait

1. Posthumous Letters from various celebrated men, addressed to Francis Colman and George Colman the older; with annotations and occasional remarks, by George Colman the younger. London. 1820. In-4°, p. 19-20.

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présentement que la feme qu'on doit engager en Italie soit un soprano. J'écris aussi avec cet ordinaire à M. Swiny, en lui recomandant en même tems que la feme qu'il pourra vous proposer fasse le rôle d'home aussi bien que celui de feme. Il y a lieu de croire que vous n'avez pas encore pris d'engagement pour une feme contralto, mais en cas que cela soit fait, il faudroit s'y en tenir.

Je prens la liberté de vous prier de nouveau qu'il ne soit pas fait mention dans les contrats, du premier, second ou troisième rolle, puisque cela nous gêne dans le choix du Brama, et est d'ailleurs sujet à de grands inconvénients. Nous espérons aussi d'avoir par votre assistance un home et une feme pour la saison prochaine qui comence avec le mois d'octobre de l'anée courante et finit avec le mois de juillet 1731, et nous attendons avec impatience d'en apprendre des nouvelles pour en informer la cour.

Il ne me reste qu'à vous réitérer mes assurances de l'obligation particulière que je vous aurai de votre bonté envers moi à cet égard, qui ai l'honneur d'être avec affection respectueuse, monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

George-Frideric Handel.

A Monsieur Colman, envoyé extraordinaire de S.M. Britannique auprès de S. A. R. le duc de Toscane, à Florence.

Senesiso dont, depuis son retour en Italie, la voix s'était plus améliorée que la bourse, ne se montra pas aussi arrogant qu'autrefois et consentit à traiter, moyennant 1,400 livres (35,000 francs). Lorsque le

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contrat fut arrivé à Londres, Hândel exprima sa satisfaction et ses remerciements à Colman, de la manière suivante * :

A Londres, 16/27 d'october (sic) 1730.

Monsieur, Je viens de recevoir l'honneur de votre lettre du 22 du passée (sic), par laquelle je vois les raisons qui vous ont déterminé d'engager Sig. Sinesino sur le pied de 1,400 ghinées, à quoi nous acquiesçons et je vous fais mes humbles remerciements des peines que vous avez bien voulu prendre dans cette affaire. Ledit Sig. Sinesino est arrivé il y a douze jours, et je n'ai pas manqué sur la présentation de votre lettre de lui payer à compte de son salaire les cent ghinées que vous lui aviez promis. Pour ce qui est de la signora Pisani, nous ne l'avons pas eue, et comme la saison est fort avancée et qu'on comencera bientôt les opéras, nous nous passerons cette année cy d'une autre feme d'Italie ayant déjà disposé les opéras pour la compagnie que nous avons présentement.

Je vous suis pourtant très obligé d'avoir songé à la signora Madelena Pieri en cas que nous eussions eu absolument besoin d'une autre femme qui acte (sic) en homme,, mais nous nous contenterons des cinq personnages ayant actuellement trouvé de quoy suppléer au reste.

C'est à votre généreuse assistance que la Cour et la noblesse devront en partie la satisfaction d'avoir présentement une compagnie à leur gré. en sorte qu'il ne me reste qu'à vous en marquer mes sentiments particuliers

1» Poslhumous Letters, etc., 28-29.

de gratitude et à vous assurer de l'attention très respectueuse avec laquelle j'ai l'honneur d'être, monsieur. Votre très humble et très obéissant serviteur,

George-Frideric Handel.

A Monsieur Colman, etc.

La deuxième saison commença le 3 novembre par la reprise de Scipio; Senesino reparut dans son ancien rôle devant son ancien public. Venceslas, opéra qui vint ensuite le 12 janvier 1731, était probablement le pastiche entendu souvent à Venise et qui, à ce que dit Colman, « ne fit point d'argent ». Le 2 février, il fut suivi de Poroy nouvel opéra de Handel. L'époque de création de cette œuvre est, cette fois, exactement donnée dans l'original.

Poro — dont le poème n'est autre que celui d'Alessandro nell ' Indie de Métastase — appartient aux plus beaux opéras de Handel et aux préférés du public, moins par le développement des airs que par leur richesse mélodique et leur heureuse disposition dramatique.

L'air Se possono t.anto, dit par Senesino, est d'une suprême élégance et de la plus juste vérité dramatique. Ce fut un des morceaux préférés de Jjépoque et si bien dans le style dit alors « moderne », qu'au temps de Burney (1780), lorsque Rubinelli le chanta

i. History. IV. 351.

en Italie, ses concitoyens ne voulurent pas croire qu'il fût de Hândel.

Poro rencontra un si bon accueil, que le 8 décembre 1736 le maître le remit au répertoire pour la quatrième fois, avec quelques changements. Le livret porte : « Quatrième édition avec les additions. »

Après Poro on reprit fiinaldo, « avec plusieurs changements », puis Rodelinda. Golman dit que « ce dernier plut beaucoup », et clôtura la saison, le 29 mai; c'était de très bonne heure, mais il est probable que la cause en doit être attribuée à la chaleur aussi excessive que précoce de cette année.

La troisième saison s'ouvrit le 13 novembre 1731. Après les reprises de Tamerlane et d'Admeto, on donna, le 15 janvier 1732, le nouvel opéra de Hândel, Ezio] (Aétius). Les plus beaux airs de cet opéra sont les suivants : Se povero il ruscello, et Tergi Vingiuste lacrime, pour Pinacci (ténor); — Quel fingere affetto; — le superbe récitatif Che fo ? Dove mi folgo ? — toute la scène, Misera ! dove son ? avec l'air final, Ah! non son io ? pour la Strada (soprano) ; — Ecco aile mie catene, — Guarda pria — et Se la mia vita pour Senesino (contralto); — Gia risonar d' intorno et Nasce al bosco, pour Montagnana (basse), qui est peut-être le plus magnifique air de basse que l'on ait jamais écrit. Malgré sa valeur indiscutable, Ezio n'eut que cinq représentations. A partir de ce moment, les

dispositions du public devinrent de plus en plus inconstantes, versatiles, capricieuses, et déjouèrent tout calcul. Constamment sur la brèche, Hàndel offrait, le 19 février déjà, son opéra de Sosarme. D'après Burney1, le texte primitif aurait été écrit par Matteo Noris et donné à Venise, en 1694, sous le titre cYAlfonso primo. Dans son manuscrit, Hândel a changé les noms des personnages.

Sosarme put fournir dix représentations consécutives et obtint donc plus de faveur que Ezio. On ne peut pourtant pas dire que la valeur musicale de Sosarme l'emporte sur celle d'Fzio, car il y a dans celui-ci des traits d'une grandeur que Ton ne rencontre pas dans l'autre. Cette préférence doit être attribuée sans doute à une variété plus grande dans l'expression et dans les mélodies. Dans Sosarme, le ténor et la basse ont autant à faire que les voix hautes; Montagnana se distingua particulièrement dans l'air Sento il cor!

On reprit ensuite Coriolan d'Ariosti, et dans la scène de la prison, les femmes sensibles purent de nouveau baigner leurs joues de larmes. La saison se termina cette année le 20 juin, par la quatrième audition d'Acis et Galatée.

La saison subséquente commença le 4 novembre 1732, par Catone in Utica de Métastase, musique de Léo, suivi à peu de distance par Alessandro et

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