Anecdotes of the manners and customs of London. P
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était de la famille des chênes, qui se rompent mais ne plient jamais.
A peu d'exceptions près, ses adversaires étaient des membres de l'aristocratie, accoutumés à se voir servilement flattés par les artistes et les poètes; ils se choquaient de la dignité que le Saxon savait conserver envers chacun et lui-même. Ils épousèrent la querelle de Senesino, et, comme il arrive toujours en pareil cas, plus ils s'en mêlèrent, plus ils l'envenimèrent. Ils auraient bien voulu pouvoir lui opposer Bononcini, dont la renommée balançait presque la sienne ; mais Bononcini s'était rendu impossible en Angleterre. Compromis dans une sotte affaire avec l'Académie de musique ancienne, au sujet d'un madrigal de Lotti1, qu'il avait eu l'outrecuidance de donner comme étant de lui; convaincu de plagiat et de mensonge, il fut délaissé de chacun ; ses plus chauds protecteurs, même la duchesse de Marlborough, se détournèrent de lui, et, finalement, il dut quitter Londres, pour mener une existence vagabonde, laissant derrière lui une détestable réputation et pas un regret.
On s'adressa alors à Hasse, dont la première question fut : « Hàndel est-il donc mort? » car il ne se souciait pas d'entrer en lutte avec son illustre et redoutable compatriote; mais on sut si bien lui
1. Voyez les détails de cette affaire dans mon livre : les Grands Oubliés du passé, notice d'Antonio Lotti.
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dorer la pilule, qu'il se laissa engager pour Tannée suivante. Entre temps, on choisit Porpora pour compositeur et directeur de l'orchestre, et les représentations commencèrent le 29 décembre 1733, au théâtre de Lincoln's-inn Fields. La répétition générale eut lieu chez le prince de Galles, qui prit un moment parti pour les ennemis de Hàndel.
Dans l'été de 1733, le maestro, accompagné de Smith, était retourné en Italie pour y engager des chanteurs et eut la chance de mettre la main sur d'excellents artistes.
Pour sa première saison, Hàndel prit l'avance sur ses concurrents et ouvrit son théâtre le 30 octobre 1733, anniversaire de la naissance du roi. Par une faveur toute spéciale, la cour consentit à différer le bal traditionnel de ce jour pour assister à l'ouverture de l'Opéra; même le prince de Galles ne put, par bienséance, s'en abstenir. Les débuts se firent par Semiramis, opéra nouveau, suivi le 4 décembre par Caïus Fabricius, pastiche dans lequel Carestini, le célèbre castrat, parut pour la première fois devant le public anglais, et le o janvier 1734 par Arbaces. A ces opéras succéda, le 26 janvier, Ariadne que Hàndel venait de terminer. Le menuet, comme troisième mouvement de l'ouverture, fut joué le rideau levé, pendant que les victimes envoyées d'Athènes débarquent sur les rivages de Crète, ce qui accrut encore l'effet de ce délicieux morceau. Le premier air, Mira mi, chanté
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par la Durastanti, qui faisait le rôle de Tauris, gênérai crétois, donne tout de suite une haute idée de la valeur de cet opéra, remarquable surtout par la manière dont le chant est accompagné. C'est là une des supériorités de Handel, que Ton trouve dans tous ses opéras, mais rarement aussi opportunément qu'ici. Il savait que les compositeurs, ses adversaires, lui reprochaient de sacrifier la mélodie au bruit ; aussi s'efforça-t-il cette fois de laisser à la mélodie une incontestable suprématie, tout en la revêtant d'accompagnements d'une riche sobriété, si l'on peut ainsi s'exprimer. Sans la grande valeur de la musique et le talent du nouveau chanteur, au milieu des circonstances difficiles du moment, Ariadne n'aurait pu être donnée seize fois de suite en trois mois. Les adversaires de Handel se hâtèrent de lancer un opéra de Porpora, également intitulé Ariadne, mais Ariadne in Naxos, qui n'eut qu'un maigre succès. La supériorité de l'œuvre de Handel eut promptement raison de celle de Porpora, et les journaux firent espérer que cela pourrait bien réconcilier le maître avec la noblesse. Il n'en fut rien, et la scission devint chaque jour plus profonde. C'est alors que le docteur Arbuthnot, l'ami de Handel, écrivit sa meilleure satire sous ce titre : L'harmonie en ébullition K Arbuthnot connaissait l'affaire à fond; il en voulait aux ennemis de la
1, The harmonyjn uproars
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vraie musique ; il savait comment les choses s'étaient passées et pouvait en parler mieux que personne. Son pamphlet fit donc une vive impression; malheureusement il redoubla les colères de l'aristocratie et les affaires de Hândel en souffrirent. La partie adverse appela à Londres Farinelli, qui jeta le public dans un véritable délire. Arbuthnot, qui mourut le 27 février 1735, put voir l'effet désastreux que produisit son écrit sur les intérêts de son ami. « Il expira, écrivait Pultney au doyen Swift, rassasié de la vie, las de l'existence et dégoûté de la méchanceté des hommes! »
Le 13 mars 1734, pendant les fêtes du mariage royal, Hândel fit entendre sa sérénade du Parnasso in (esta. La faveur que lui témoignait la famille royale ne lui fut pas avantageuse, car on aimait si peu la cour, qu'on saisissait toutes les occasions de le lui faire voir et de lui être désagréable. Ceci explique, jusqu'à un certain point, pourquoi, malgré sa belle musique, la salle de l'Opéra ne fut point fréquentée. L'admiration excitée par Carestini était pourtant générale, et les pamphlétaires, même les plus malveillants, ne purent lui refuser la leur. Senesino se tint coi, ne se sentant pas de force à lutter contre lui; mais quand eut paru la « lettre de Hurlothrumbo », le théâtre de Haymarket fut en quelque sorte mis au ban, et le public le délaissa.
Pour ramener à lui la foule, Hândel aurait bien voulu lui offrir une production nouvelle; le temps
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lui manquant, il remania son Pastor fido de 1712, et le donna le 13 mai 1734. Les annonces promettaient des chœurs et un ornement scénique extraordinaire. Il fut exécuté quatorze fois en cette saison, la dernière de son association avec Heidegger, arrivée à son terme. Celui-ci, principal locataire du théâtre de Haymarket, ne se fit aucun scrupule de le sous-louer à la compagnie rivale établie jusque-là à LincolnVinn Fields. Certes, Hânclel avait alors une excellente occasion de se retirer et de cesser la lutte sans faire mine de reculer; il ne l'entendit pas ainsi et voulut montrer à la coterie aristocratique qu'il était de taille à lutter avec elle. Il conclut avec John Rich un traité pour faire alterner sur son théâtre l'opéra avec la comédie. La leltre suivante en donne la preuve :
Monsieur,
À mon arrivée de la campagne, je me suis trouvé honoré de votre aimable invitation. Je regrette que la situation de mes affaires m'oblige de me priver de ce plaisir, car je suis engagé avec M. Rich pour établir l'opéra à Covent Garden.
J'espère, monsieur, qu'à votre retour à Londres, je réparerai cette perte. En attendant, je vous prie d'être persuadé du respect sincère avec lequel je suis, monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
George-Friderjc Handel
A Sir Windhftm Knatchbull, Bart, de Mersham-le-Hatch, près Ashford, Kent.
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Les représentations de l'opéra commencèrent le 5 octobre 1734, non à Govent Garden, mais à Lineoln's-inn Fields, parce que la princesse Anne, avant de repartir pour la Hollande, voulut entendre quelques opéras de son cher maître; et comme les aménagements de Govent Garden — dont Rich avait fait commencer la construction en 1731 — n'étaient pas prêts, on dut, momentanément, s'installer à Lincoln's-inn Fields, que la Compagnie rivale avait quitté pour Haymarket. On exécuta Ariadne et le Pastor fido. G'est avec ce dernier que l'on ouvrit le théâtre de Covent Garden, le 9 novembre, et l'on y ajouta comme prologue le ballet de Terpsichore, écrit en quelques jours par Hândel. Un journal du 8 novembre disait1 : « M. Handel ouvrira demain Covent Garden avec l'opéra du Pastor fido, qui sera précédé d'une nouvelle représentation dramatico-musicale ; la répétition a eu lieu aujourd'hui à midi. » Les programmes donnent à ce prélude le nom de Terpsichore ; mais, dans le livret, il est simplement désigné comme Prologue. Ce petit ouvrage, quoique peu important, a néanmoins sa valeur. La Muse danse et exprime, sur différentes mélodies, les diverses passions de l'Amour. On choisit ce sujet parce que Rich avait en mademoiselle Salle, la célèbre danseuse française, urie ballerine très aimée du public. Sur
i; The Bee, VII. P. 45f>.
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la musique de Hàndel, mademoiselle Salle exécuta les C haracières de l'Amour, qu'elle mimait, dit-on, dans la perfection. La danse fut encore mise à contribution dans le Pastor fido, et généralement dans tous les opéras de Covent Garden.
Le nouvel ouvrage, Orestes, donné le 18 décembre, fut peut-être aussi choisi à cause des danses que l'on pouvait y introduire. Il est de Hàndel, mais tiré de ses anciennes œuvres, avec quelques additions nouvelles. Pour le rendre plus cohérent, le compositeur prit la peine d'écrire de sa main toute la partition *, et les journaux 2 nous apprennent qu'en présence de la cour cet opéra obtint du succès. — Il n'eut pourtant que peu de représentations; mais Ariodante, autre grand ouvrage, était prêt depuis longtemps et attendait son tour. On le joua douze fois et la première audition eut lieu le 8 janvier 1735. La musique est d'un genre plus distingué que celle d'Ariadne et traitée tout h fait à l'italienne.
Hàndel s'éleva plus haut encore dans son opéra (VAlcina, dont la première représentation fut donnée le 16 avril 1735, et suivie de dix-huit autres, sans interruption jusqu'au 2 juillet où finit la saison* La musique d'Alciria causa un plaisir indicible aux quelques amis que possédait encore le maître.
1. Voyez dans le fonds Schcëlchër. — Cf. Life of Handel. P. 175*