London Evening Post des 3-5 avril
(rEORGE-FRIDERIC HANDEL 247
qu'autrefois Orphée, qui, au dire des poètes, faisait sentir la puissance de son harmonie aux barbares, aux sauvages, et même au bois et à la pierre. »
Mais l'ouvrage était trop sérieux, trop épique, trop substantiel, pour pouvoir se prêter aux dispositions légères ou passagères d'un public superficiel et, comme tel, devenir populaire. En outre, Walsh, l'éditeur, dut éprouver de la déception lorsque, à côté de trente chœurs, il eut peine à trouver cinq airs et trois duos à insérer dans son « Recueil d'airs favoris du nouvel oratorio », et les habitués des concerts ne furent sans doute pas moins déçus en voyant qu'il n'y avait pour eux presque rien à chanter dans Israël. Après deux jours d'indécision, Hàndel se rendit au désir de ses amis qui demandaient un peu plus de diversité dans cet oratorio, en supprimant quelques chœurs et en les remplaçant par des solos de chant. Le 7 avril il fit annoncer pour le 11 la deuxième audition avec « changements et additions », et dans un avis du 10 il annonce que, pour se rendre au vœu de ses amis, l'oratorio « sera raccourci et mêlé de chant ». Malgré cela, le public n'y mordit pas ; il était encore trop ignorant en matière artistique et son goût avait grand besoin d'être épuré.
Israël en iïgypte n'ayant été formé d'abord que de deux parties trop courtes pour remplir une soirée, Hàndel y ajouta comme première partie Y Antienne funèbre de la reine Caroline, qu'il inséra
« comme lamentation des Israélites sur la mort de Joseph ». Ceci explique pourquoi Israël n'a point d'ouverture. Arrêté après sa troisième audition, il ne reparut qu'en 1756, et alors, à la place de la Funeral Antkem, Hàndel substitua, comme première partie, des extraits de Salomon et de YOccasional Oratorio. La réussite refusa toujours de se produire, et quoi que Ton fît, cette maîtresse œuvre, cette conception colossale que Mendelssohn qualifiait « d'incommensurable », ne fut exécutée que neuf fois du vivant de son auteur. « Israël n'a pas plu, écrivait madame Delany1 le 27 mars 1756, il est trop solennel pour les oreilles ordinaires. » Celles de la noble dame furent cette fois ordinaires, car une partie de café lui parut plus attrayante que l'oratorio. La partition n'en avait pas encore été éditée en 1759, lorsque Handel mourut.
On trouve dans Israël plus d'un exemple de musique imitative; mais le compositeur n'est jamais descendu jusqu'à la servile peinture du détail, quoique ne laissant pas de côté ce qui était nécessaire à l'intelligence de l'ensemble. Sauf le passage où il représente la pluie de sauterelles et quelques autres assez rares, son intention semble avoir été de rendre le sens interne et non le sens externe ; de ne point présenter les scènes mentionnées dans le texte au moyen de peintures vivantes, mais de pro-