‹ G.-F. HändelChapitre 85 sur 118 · Excepté en France · texte numérisé non relu

Excepté en France

356 (iKOlUi E-FR ÏDER le II A NI) KL

^&g d'Alexandre. Mais il dut s'arrêter à cause de la rigueur du froid, qui sévit cet hiver d'une façon si exceptionnelle que la Tamise fut gelée entièrement et que Ton tint pendant trois semaines une foire sur la glace. On y fît rôtir un bœuf entier. Hàndel mit à profit ce relâche forcé pour composer Y Allegro, il Pensieroso ed il Moderato (Allégresse, Mélancolie el Modération), qu'il termina en vingt-deux jours.

Le texte des deux premières parties est de Milton , mais celui de la troisième, c'est-à-dire le Moderato, est de Charles Jennens. Le tout constitue une discussion de nature philosophique entre V Allegro et le Pensieroso, accompagnés chacun d'un chœur qui soutient leurs arguments, h1 Allegro préconise la joie, l'allégresse; le Pensieroso recommande la tristesse, la mélancolie; le Moderato, aidé de ses chœurs, s'interpose pour leur conseiller la modération. Le Pensieroso est représenté par le soprano et le contralto ; Y Allegro, par le ténor, la basse et une voix d'enfant; le Moderato est confié à la basse et finit par un duo entre le soprano et le ténor. Plus tard, Hàndel y fit de nombreux changements. Cet oratorio (si on peut lui donner ce titre) commence comme Israël, sans ouverture; mais nous savons par les annonces, et aussi par le livret, qu'il s'ouvrait par un concerto d'orchestre, ou Concerto gi^osso; un autre « Nouveau Concerto » précédait la deuxième partie, et un « New Concerto on the organ », la troisième.

GEORGE-FRIBERIC HANDEL 251

L'air du « Rire » est un des plus remarquables et des plus curieux de l'œuvre. A ee propos, nous croyons intéressant de reproduire ce qu'en a dit Michael Kelly, lequel fut engagé en 1789, comme ténor, par la direction des concerts de musique ancienne. « Je fus assez heureux, dit-il, pour obtenir l'approbation du Conductor Joah Bâtes, en disant le récitatif de Jephté : Deeper and deeper still. Je chantai après cela l'air du « Rire ». Mon prédécesseur, Harrison, fut un excellent chanteur ; sa manière de dire les airs sacrés respirait la foi la plus pure et nul prédicateur, même le plus éloquent, n'aurait pu insuffler dans l'âme de ses auditeurs une compréhension aussi vive de leurs devoirs que Harrison avec ses accents mélodiques et la pureté de son style. Mais dans les airs vifs et à mouvement animé il se montrait insuffisant. Je l'ai vu et entendu chanter l'air du « Rire » sans qu'un muscle de son visage bougeât; je résolus alors, bien que ce fût une insigne témérité, d'exécuter ce morceau tout différemment, et le succès répondit à mon attente. Au lieu de donner à cet air la froide gravité de Harrison, je le chantai en plaisantant, en riant, ce qui me paraissait répondre aux intentions de Fauteur. L'hilarité devint contagieuse. Leurs Majestés, toute l'assemblée, y compris l'orchestre, éclatèrent de rire (were in a roar of laughter), et le bis partit de 1? loge royale ; je répétai le morceau avec plus d'er train encore. M. Baies m'affirma que, si à la ré

tition du matin j'avais chanté ainsi, il m'aurait défendu de risquer ce pas aventureux. On me redemanda cinq fois l'air du « Rire » dans le cours de cette saison1. »

La première exécution eut lieu le 27 février et se continua quatre fois encore jusqu'au 23 avril, pour la clôture. Walsh édita en quelques semaines deux recueils d'airs, qu'il réunit plus tard en un seul. Bien que la saison n'eût pas été prospère, Hàndel n'en voulut pas moins venir au secours des malheureux et, le 28 mars 1740, il fît représenter Acis et Galatée et Y Ode de Dryden « au bénéfice du Musical Fund ».

Les affaires publiques s'embrouillant de plus en plus ne favorisèrent pas les entreprises artistiques. Le 8 novembre 1740 Hàndel commença une nouvelle saison qui, provisoirement, devait être sa dernière à Londres, avec le Parnasso in festa, auque lil ajouta comme nouveautés les opéras italiens bneneo et Deidamia; il écrivit aussi des morceaux nouveaux pour la reprise de Y Allegro, mais point d'oratorio. Ainsi modifié, Y Allegro fut donné le 31 janvier et le 7 février 1741, puis « sur l'ordre du prince et de la princesse de Galles », qui voulurent en entendre encore la musique, on l'exécuta le 21 février et le 8 avril, pour la clôture de la saison, mais seulement la première et la seconde partie avec l'ode-

Page 1