‹ G.-F. HändelChapitre 86 sur 118 · Kelly* Réminiscences, f. 32o-*J · texte numérisé non relu

Kelly* Réminiscences, f. 32o-*J

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lette à sainte Cécile. En cette occasion encore, l'aristocratie se montra ridiculement grossière en refusant ses billets. Le pauvre grand homme fut tellement irrité de ce procédé, qu'il eut un instant l'idée de quitter pour toujours son pays d'adoption. L'Irlande, où il se rendit à quelque temps de là, peut revendiquer l'honneur de l'avoir conservé à la Grande-Bretagne, en lui rendant assez de confiance en lui-même pour lui permettre de tenter de nouveaux efforts.

Avant d'aller plus loin, il est nécessaire de peindre Handel le virtuose, l'organiste, le claveciniste et l'accompagnateur.

En supplément au deuxième recueil des morceaux de clavecin, Walsh publia, en 1735, six fugues qu'il a désignées comme « troisième œuvre », en sorte que maintenant deux de ses œuvres instrumentales portent la désignation à' op. 3, notamment les fugues qui parurent un an avant dans les concertos de hautbois. Le numéro 2, en sol majeur, parut également en 1720, à Cannons, et des copies s'en répandirent bientôt en Allemagne, car déjà en 1721 Mattheson, dans sa Critica musica, donne la fugue portant le numéro î, comme « une des plus nou-

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velles de Hândel ». Celles de lai que l'on range au nombre des chefs-d'œuvre de cette branche de l'art se font remarquer autant par la manière intelligente et toute particulière dont elles sont traitées que par leur valeur artistique. Observant la forme habituelle de la double fugue et se rattachant en apparence aux travaux connus et éprouvés des meilleurs fuguistes allemands, tels que Kuhnau et Krieger, notre héros lui a donné cependant quelque chose de tout autre, comme l'a fort bien reconnu Mattheson. Les paragraphes de cet auteur qui traitent des doubles fugues de Hândel, dans le Vollkommenen Kapellmeister (le Parfait Maître de. chapelle), peuvent être comptés parmi les mieux raisonnes et les plus spirituels de ce grand ouvrage. Il dit d'abord : « Gomme modèle du travail de la double fugue avec plus d'un sujet principal, et en ce qui touche à l'exécution avec deux subjectis, je vais donner des exemples qui ont été appréciés de toutes les manières dans les œuvres de Kuhnau et de Hândel. » Et après avoir détaillé celles de Kuhnau, il passe aux doubles fugues de Hândel.

Si Jean-Sébastien Bach accorda toute sa prédilection à la fugue simple, Hândel fit de même avec la double fugue ; il y a cependant une différence sensible dans la manière dont ces deux grands maîtres la comprirent et la traitèrent. A propos de l'introduction du contre-sujet, Marpurg dit un peu trop dogmatiquement : « Pas n'est besoin d attendre

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que la voix commençante ait parcouru son thème ; on peut le faire entrer plus tôt. Ainsi sont traitées la plupart des doubles fugues de Hândel1. » Il cite encore une autre manière : « Quand la voix commençante a terminé son thème, on lui en fait commencer un nouveau dès que la voix suivante l'a répété, mais après une légère pause, afin que la différence du passage soit mieux marquée. On trouve beaucoup de doubles fugues de ce genre écrites par Kuhnau et par le maître de chapelle Bach. »

Pour Hàndel, la fugue , lorsqu'il l'appliquait instrumentalement, était le moyen le plus efficace de l'improvisation; elle lui servait en outre de matière pour préparer artistiquement un morceau vocal. Bach, au contraire, ramenait toute, composition instrumentale fuguée à sa forme la plus sévère jusqu'à épuisement du sujet, de façon à en faire le point de transition et le nœud de la musique instrumentale qui,, en majeure partie, en tirait son développement.

Assurément — à notre avis du moins — Bach, dans sa prodigieuse habileté à se servir des pédales, dans son maniement multiple des ressources de l'orgue, dans son admirable manière de varier un plain-chant donné, dans le transport d'un thème de

1. Abhandlung von der Fuge. Berlin. 1853-54. 2 vol. in-4°. h 133.

fugue en cinq ou six voix, dans la netteté d'un jeu pur et généralement dans tout, excepté dans l'improvisation libre, fut peut-être supérieur à Hândel, et, en ce sens, le plus grand des organistes; mais ces deux émules, ayant possédé chacun quelque chose de plus que l'autre, sont pour nous au même niveau. Mattheson s'est exprimé avec beaucoup de justesse, lorsque, dénombrant les meilleurs organistes, il dit * : « Personne n'égale Hàndel sur l'orgue, si ce n'est Bach de Leipzig ; aussi ne puis-je les classer que dans l'ordre alphabétique. » Dans un autre ouvrage, il s'écrie 2 : « Croyez-moi, maîtres de grande suffisance, tous tant que vous m'êtes connus, un seul excepté! on peut vous présenter une basse non variée, allant lentement, ne consistant qu'en noires et en croches, accuratissime désignée ; et si vous touchez juste, sine hœsitatione, les cinq premières, que dis-je? les deux premières notes, je vous louerai. Ah! ah! ceci est fait pour modérer votre orgueil, n'est-ce pas ?» — Buttstedt, l'organiste d'Erfurt, qui avait amèrement critiqué l'ouvrage de Mattheson, demanda à voir cette basse et le Hambourgeois répondit 3 : « J'enverrai à mon contradicteur la basse qu'il me demande, lorsque mon Examen de l 'organiste, qui est terminé depuis deux ans, verra le jour.... Mais, en considérant l'au-

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