A MES FIDÈLES PEUPLES DU TYROL ET DU VORARLBERG
« Je vous appelle aux armes ! Je vous appelle à prouver de nouveau à vos contemporains et à la postérité votre fidélité et votre virilité, votre sentiment pieux plein d'inspirations divines. Je vous appelle pour la cause la plus juste qui ait jamais fait tirer l'épée. Prenez en main l'arme du pays que vous connaissez si bien ; réunissez-vous en corps de tirail leurs, et allez au-devant de l'ennemi à la frontière, pour la couvrir de votre fidélité et de votre courage contre cet ennemi qui a si souvent payé de son sang la tentative de pénétrer dans vos montagnes, contre cet ennemi qui se fait l'allié de la rébellion contre l'autorité légitime instituée par Dieu. Je confiera
votre valeur les frontières de mon cher pays du Tyrol. Si nos adversaires devaient les menacer, vous leur ferez sentir qu'elles renferment toujours le même peuple fidèle qui, de même que ses pères, sait combattre et vaincre pour Dieu et sa patrie.
« Donné dans mon quartier-général de Vérone, le 1er juin 1859.
« François-Joseph, M. P. »
Après l'empereur d'Autriche, l'archiduc Charles- Louis a adressé aux mêmes montagnards un appel dans le même sens.
Nous avons donné le premier ; donnons le second.
« Sa Majesté Apostolique ayant cru le moment venu de faire un appel aux armes aux braves habitants du Tyrol et du Vorarlberg, ce sera maintenant une affaire d'honneur de tout brave Tyrolien et Vorarlbergeois de contribuer de toutes ses forces à l'organisation des compagnies de tirailleurs.
« Les commissaires de défense auront à faire de huit en huit jours des rapports sur le progrès de l'organisation de ces compagnies aux comités de défense des cercles, qui auront à m'en faire connaître les résultats. Pour être plus près des frontières menacées et pour pouvoir, au besoin, exercer une influence personnelle sur l'organisation des compagnies de tirailleurs, je me rendrai demain à Botzen, et y resterai quelque temps.
« Aux paroles généreuses et partant réellement du cœur que vous a dites l'empereur, j'ajoute que je donnerai en son temps, à chacune des vingt compagnies qui se trouveront les premières prêtes à marcher à l'effectif de cent quatre-vingts hommes au moment, un souvenir permanent pour le drapeau de la compagnie. L'ordre, et le temps du départ seront déterminées par moi.
« Inspruck, le 2 juin 1859.
« Archiduc Charles-Louis, gouverneur du Tyrol et Vorarlberg. »
Malheureusement pour l'Autriche , ce double appel n'a guère chance d'être entendu.
En 1848, lorsque les corps francs menaçaient le Tyrol, — et ils étaient arrivés jusqu'à Rion et jus qu'à Trente, — tout ce peuple allemand s'était mis en marche pour les repousser. Peuple de montagnards, aimant leur pays, leurs bois, leurs vierges, et détestant les Français, — sur la réputation qu'on leur en avait faite. Aujourd'hui, s'ils ne les aiment pas tout-à-fait, ils se refusent du moins à les haïr. En tout cas, ils se refusent à marcher contre eux.
Le 24 mai dernier, l'archiduc Charles-Louis, gouverneur du Tyrol, avait publié une loi qui demandait vingt-deux mille montagnards, de dix-sept à quarante ans, pour aller combattre contre les armées alliées, et défendre la patrie menacée. L'em-
pressement n'a pas été grand, — il faut bien l'avouer, puisque c'est vrai.
Et encore, passe pour le Tyrol purement allemand. Mais pour le Tridentino, qu'on a englobé par force dans le cadre de la Confédération germanique, il est et reste italien, — italien d'esprit, italien de sentiments, italien d'origine, italien de traditions.
Il est plus que douteux que l'appel du 1er juin soit plus entendu du Tyrol que celui du 24 mai.
Nous ignorons tous à quelle heure sera remise au fourreau cette épée que la France et le Piémont ont "tirée, — sur les provocations de l'empereur François-Joseph. Il y a des choses fatales en ce monde.
Les nations, comme les hommes, ont leurs destinées.
Que celles de l'Autriche s'accomplissent donc!
« Il faut que l'Autriche domine jusqu'aux Alpes, ou que l'Italie soit libre jusqu'à l'Adriatique; » — a dit l'Empereur Napoléon III, dans sa proclamation au peuple Français avant son départ pour Gênes.
L'Italie sera libre jusqu'à l'Adriatique.
Quant à Garibaldi, l'homme infatigable, il a juré de ne remettre l'épée au fourreau que lorsqu'il n'y aura plus un seul soldat autrichien sur le sol sacré de la patrie italienne.
Il tiendra son serment. — A moins que la mort ne l'arrête en un si beau chemin.
La mort des braves cœurs, — la mort glorieuse!
Une vie si noblement remplie ne peut avoir qu'une noble fin.
Alfred Delvau.