‹ G. K. Chesterton, ses idées et son caractèreChapitre 33 sur 76 · The Bail, p · texte numérisé non relu

The Bail, p

si elle était possédée. Les arbres ont des « silhouettes moqueuses et presque obscènes ^ ». Au moment d'une révélation terrifiante, « une branche recourbée vient se dessiner sur le disque brillant de la lune, comme la corne d'un démon ^ ». La tempête chante à travers l'antique forêt, et son chant est plein de

cette nostalgie qui subsiste au cœur des choses païennes. On eût pu croire que les voix qui s'échappaient de dessous ces frondaisons impénétrables, étaient les cris des dieux perdus, de dieux qui s'étaient égarés dans ces forêts insensées et qui ne pourront plus jamais retrouver le chemin du ciel ^.

Il n'est pas jusqu'au gazon, l'inofïensif gazon, qui ne prenne un air suspect, et Chesterton avoue qu'il lui « a toujours paru aussi étrange que la barbe verte d'un géant ^ ».

Dans ce monde ensorcelé circulent des personnages qui, pareils aux médiums, aux névropathes doués d'une hyperesthésie morbide, sont sensibles à ces obscures suggestions, à ces signes furtifs, à ces présages incertains. Le P. Brown, l'un des héros de prédilection de Chesterton, est de ceux-là. Il flaire le crime, il entend les pas étouffés du malheur qui s'approche, il saisit, non par raisonnement, mais par intuition, le sens des choses, la direction, la courbe des événements. « Sa tête n'était jamais

Page 1