‹ G. K. Chesterton, ses idées et son caractèreChapitre 68 sur 76 · Orthodoxy, p · texte numérisé non relu

Orthodoxy, p

J'ai essayé d'y marquer quelques points de repère, quelques directions maîtresses. Peut-être aurai-je empêché par là quelque flâneur français de s'y perdre, ou même encouragé quelque explorateur plus hardi à se jeter dans ces brousses parfumées, où pétille une sève printanière. Quoi qu'il en soit, je ne crois pas avoir rendu mauvais service à mon auteur, >ni l'avoir trahi. Car malgré sa variété ondoyante et ses cabrioles inopinées, sa pensée demeure, sur certains sujets, très arrêtée et passablement constante avec elle-même, constante jusqu'en ses extravagances, qui se ressemblent toutes. Pour conclure, qu'il me soit permis de détacher un joyau de l'œuvre poétique de Chesterton, à laquelle je n'ai rien emprunté jusqu'ici, et de risquer une traduction quelconque d'un intraduisible poème, où l'on reverra tout l'homme que cette étude a montré, mais cette fois plus grave et dans la plus belle attitude : à genoux devant la crèche de l'Enfant- Dieu. Il y fait parler les personnages évangéliques que nous appelons les Mages et que les Anglais appellent les Sages, les Sages de l'Orient, The Wise Men of the Easi, et il les prend pour le symbole de l'intelligence cultivée, savante, hautaine, qui se rend à l'humilité de la foi et se prosterne devant le mystère :

Oh ! nous avons appris à scruter et à creuser Des énigmes tortueuses, depuis notre jeunesse ; Nous connaissons tout le labyrinthe de la science. Nous sommes les trois Sages du temps jadis, Et nous savons tout, hormis la vérité.

Marchons humblement, — il a grêlé et neigé, — Parlons bas et gardons allumées nos lanternes, Car la route est si simple Que nous pourrions la perdre.

Le monde devient effrayant de blancheur,

Et le jour qui se lève est d'une blancheur aveuglante ;

Nous marchons éblouis dans la lumière,

Car il y a des choses trop grandes pour être vues.

Et des choses trop simples pour être dites.

L'Enfant qui était avant le commencement des mondes- (Nous n'avons plus à marcher qu'un petit espace. Nous n'avons plus qu'à trouver un loquet ouvert) L'Enfant qui jouait avec le soleil et la lune Joue maintenant avec un peu de foin.

C'est ici la maison d'où le ciel est nourri,

La vieille étrange maison qui est pourtant la nôtre^

Où jamais ne sont dites des paroles décevantes.

Où le pardon est simple comme le pain.

Et l'honneur dur comme la pierre.

Marchons humblement ; les cieux sont humbles

Et l'Etoile est basse, grande et ardente ;

La crèche est si près

Que nous pourrions nous égarer loin d'elle.

Ecoutez ! le rire s'éveille comme un lion

Et mugit sur la plaine qui résonne ;

Le ciel entier crie et s'ébranle,

Car Dieu lui-même est né de nouveau.

Et nous sommes de petits enfants qui marchent

A travers la neige et la pluie.

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