‹ G. K. Chesterton, ses idées et son caractèreChapitre 67 sur 76 · Opuscule cité, p. 5, et Orthodoxg, p · texte numérisé non relu

Opuscule cité, p. 5, et Orthodoxg, p

2. Cf. Introduclion à l'élude du merveilleux...-, p. m et iv, 1 et 2.

Platon peut arriver avec une leçon toute neuve, qu'à chaque moment Shakespeare peut bouleverser le monde avec un simple chant. L'homme qui vit en contact avec ce qu'il estime être une Église vivante, est comme un homme qui s'attendrait chaque jour à rencontrer Platon ou Shakespeare le lendemain matin, au déjeuner.

Et avec une familiarité exquise, Chesterton compare les rapports du fidèle à l'égard de l'Eglise à ceux du petit enfant que son père promène dans le jardin familial en lui apprenant « que les abeilles piquent et que les roses sentent bon ». L'enfant ne s'avise pas d' « extraire une philosophie » des enseignements paternels. Quand les abeilles le piquent, il n'est pas tenté d'appeler cela « une coïncidence curieuse ». Après avoir respiré une rose, il ne raisonne pas ainsi :

« Mon père est un symbole barbare et grossier, où est venu s'enchâsser (par un procédé peut-être inconscient) cette vérité délicate et profonde que les fleurs sentent bon. » [Non], il croit son père, parce qu'il a expérimenté que son père est une source vivante d'enseignements de fait, un ,être qui réellement en sait plus long que lui, un être qui lui dira la vérité demain comme aujourd'hui... Voilà, en définitive, ma raison d'accepter la religion, et non pas seulement les vérités fragmentaires et laïques que je pourrais tirer d'elle. J'agis ainsi parce que ceile chose-là ne m'a pas seulement enseigné telle vérité, mais s'est révélée elle-même comme une chose qui dit la vérilé, a îruîh lelling îhing.

Que si je rencontre dans l'Eglise un détail que je ne m'explique pas, je l'accepte encore, sûr que j'arriverai à le comprendre un jour. C'est ainsi que jadis

m'est apparue graduellement l'utilité de l'instrument bizarre et difForme qui était un râteau, ou le service que mes parents attendaient de leur chat.

Tel rite ou telle doctrine peuvent me sembler aussi laids et aussi extraordinaires que le râteau, mais je sais par expérience que ces choses-là aboutissent au gazon et aux fleurs. Un ecclésiastique peut me sembler aussi inutile qu'un chat, mais il est aussi fascinant, et il doit y avoir à son existence quelque raison singulière '.

Ainsi non seulement Chesterton retrouve, contenues dans la doctrine de l'Eglise, les vérités que sa raison ou son instinct lui avaient fait découvrir, mais encore les parties de cette doctrine qui lui semblaient d'abord repoussantes ou bizarres, se révèlent peu à peu comme des sources de vie et de joie. Ce monde magique et plein d'inexplicables mystères, prend un sens à ses yeux, tandis que parle sa Mère, la Mère qui sait tout. Alors sa confiance est gagnée ; il donne à l'Eglise une adhésion sans réserves.

Tel est ce chrétien, cet apologiste, espiègle et pieux, fantasque et sincère. Tel est cet original qui introduit la théologie dans le roman et le romantisme dans la démonstration religieuse. Son œuvre est un vrai jardin anglais, aux sentiers sinueux et entrecroisés, aux perspectives inattendues, où se marient les caprices de l'art et ceux de la nature.

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