CHAPITRE VI ARCHITECTURE PERPENDICULAIRE
LA variété dite perpendiculaire, qui est la troisième du style gothique anglais, se distingue aisément des deux autres. On la voit apparaître d'abord un peu timidement : ce sont des lignes verticales qui se mêlent aux courbes du décor. Peu à peu, ces verticales deviennent plus nombreuses, se font remarquer davantage, jusqu'à finir par constituer le caractère d'une époque. D'autres traits distmctifs sont l'emploi presque universel de larmiers carrés au-dessus des portes, l'arche à quatre centres, les nervures affinées au point de ressembler à des roseaux, l'allongement des bases de colonnes et de piliers, l'abandon presque complet des motifs végétaux dans la sculpture des chapiteaux.
Le style perpendiculaire est essentiellement anglais. II manifeste une rupture absolue avec les traditions continentales et répond à une tendance qui apparaît de très bonne heure dans l'art britannique. Ce style ne produit pas son effet en révélant la nature interne de la construction, comme les bons ouvrages français du XIII"^ siècle. Il cherche à donner une impression de richesse et de pittoresque, bien plus propre à dissimuler qu'à mettre en évidence la structure.
ARCHITECTURE PERPENDICULAIRE
FiG. 107. — Chapelle du King's Collège, a Cambridge. (Vue extérieure.)
A cet égard, on peut le comparer au gothique flamand du XV siècle, qui, par les détails, rappelle davantage le style orné. L'esprit de l'art perpendiculaire était hostile aux surfaces planes. Il ne s'accommodait surtout pas des espaces compris entre l'arc d une voûte et les lignes droites qui le renferment {spandrîl), et il s'en débarrassait, tantôt en aplatissant cet arc pour en diminuer l'étendue, tantôt en remplissant les espaces avec des panneaux richement ouvragés. Ensuite il s'attaqua à la voûte et transforma les tas de charge pyramidaux (severeys) des Xlir et Xiv^ siècles en cônes renversés, couverts d'une dentelle de pierre, qui constituent les voûtes dites en éventail. C'est ici le lieu de remarquer que l'attitude des architectes français et anglais envers le problème de la voûte est tout particulièrement caractéristique de leur style. L'architecte français était si frappé de l'adaptation de la voûte à un but immédiat, qu'il se borna à en assurer le développement structural. Son rival anglais fut bien plus préoccupé du rôle esthétique de cette
Fig.