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LEUR PERSISTANCE

LES ILES BRITANNIQUES n'ont pas fourni d'œuvres d'art comparables aux os gravés et sculptés par les chasseurs de rennes du Sud de la France, ou aux peintures des grottes d'Altamira, dans le Nord de l'Espagne. Assurément, les couches de l'âge de pierre nous ont rendu une quantité d'objets, d'armes et d'ustensiles, où parait du moins ce goût de la symétrie, qui marque le début de toute tendance artistique ; mais rien qui trahisse le désir d'imiter, de décorer ou de marier harmonieusement les formes. Le présent manuel concerne uniquement les beaux-arts ; nous devons donc commencer notre exposé à une date relativement récente.

La période de la pierre polie est celle des stations lacustres de la Suisse, des dolmens, des menhirs et des cromlechs. Le seul spécimen de cette architecture oii l'on puisse reconnaître un caractère d'art, une ambition artistique, si l'on peut dire, est le monument de Stonehenge (fig. 1 à 3). Ce monument ne remonte, semble-t-il, qu'au début de l'âge du bronze (2000-1500 avant J-.C). Les énormes blocs qui le composent ne sont pas bruts, mais dégrossis, et témoignent, par leur position, d'un sentiment de symétrie et d'une

FiG. 2. — Stonehenge restauré.

subordination des parties à l'ensemble qui attestent déjà une certaine culture intellectuelle.

Apres Stonehenge, il faut attendre longtemps avant de trouver un autre monument d'architecture.

En Grande - Bretagne, comme dans toute l'Europe occidentale, les seules constructions de pierre élevées pendant plusieurs siècles furent des murs de défense ; toutes les autres constructions, religieuses ou civiles, étaient de bois. L'art de l'âge du bronze doit donc être étudie dans les œuvres de petite dimension qu'il nous a laissées. D'après les auteurs les plus compétents, cet âge a duré, en Grande-Bretagne, de 1300 à 300 environ avant J.-C.

Le bronze est un alliage de neuf parties environ de cuivre et d'une partie d'étain. C'est le bronze qui a été la base matérielle de la civilisation, tant en Europe que dans plusieurs régions de l'Asie et de l'Afrique, pendant une période dont la longueur est différemment estimée. La civilisation de l'ancienne Egypte appartient surtout à l'âge du bronze. Les mines de cuivre de l'isthme de Suez ont été exploitées dès l'an 4000 avant J.-C. Le fer n'est devenu d'un usage courant que vers 1 500. En Grèce, le bronze est le métal le plus employé jusque vers l'an 800. L'âge du bronze, dans cette partie de l'Europe qui s'étend comme un éventail du Caucase à la Grande-Bretagne et â l'Ouest de la France, n'a pris fin qu'entre le vp et le iv siècle avant J.-C.

Bien qu'il soit presque certain que le berceau de l'industrie du bronze ait été le Caucase, nos idées sur la chronologie des premiers âges sont si incessamment modifiées par de nouvelles découvertes, qu'il est sage de ne rien affirmer. Au premier abord, il semble logique d'admettre que le cuivre et l'étain ont dû, à l'origine, être utilisés dans les pays mêmes qui les produisaient. Il n'est pas déraisonnable de supposer que, partout où l'on a trouvé ces deux métaux en abondance, existait aussi une mise en œuvre qui a correspondu, le moment venu, aux besoins des civilisations locales. En quelque lieu qu'on découvre des objets de bronze, la similitude de leurs formes s'explique plus souvent qu'on ne croît par les propriétés caractéristiques de la matière employée. Notre tendance

L'ART PRIMITIF

FiG. 3. — Stonehenge.

(D'après lui dessin de Constable.)

à simplifier les origines, à bâtir des théories, nous porte peutêtre à négliger outre mesure les forces qui amènent certaines coïncidences dans l'œuvre de l'activité humaine. Aucun chercheur, aucun travailleur ne disconviendra qu'une même idée puisse se manifester à la fois sur plusieurs points, sans qu'on doive l'attribuer nécessairement à la copie servile ou au simple hasard. Cette coïncidence est l'œuvre de quelque force créatrice inconnue, qui résulte elle-même des circonstances du moment. On compare souvent l'expansion d'un art autour de son point d'origine aux ondulations concentriques que l'on obtient en jetant une pierre dans l'eau. On la comparerait plus exactement à ces myriades de petits cercle: qu'y fait la pluie. Là où l'averse a le plus de violence, les cercles sont plus denses ; mais partout où tombe une goutte, un anneau se forme, qui vient se combiner avec les autres et concourt, avec eux, à rider la surface de l'eau. Cette image s'appliquerait certainement mieux aux civilisations avancées, où les communications sont faciles et rapides, qu'à celles des temps primitifs ; mais elle n'en reste pas moins vraie pour l'âge du bronze et pour les âges qui l'ont précédé.

En aucun pays du monde, les premiers ouvriers du bronze ne sont parvenus à une plus grande perfection que dans les Iles Britanniques. Les gisements de cuivre et surtout <l'étain que ces îles possèdent étaient riches et d un facile accès. Ils tombèrent, avec la première invasion celtique, sinon plus tôt, entre les mains d'une race qui les exploita remarquablement.

Qui étaient les Celtes ?

Les Celtes (Celtae, KcAtci) étaient une race d'hommes belliqueux, de grande taille, à la peau blanche, aux yeux bleus, aux cheveux

j, ' blonds tirant sur le roux. Ils furent aussi connus

Fibule CELTIQUE. , ^ i r> • i J

(British Muséum.) ues Lxrccs et des Komains sous les noms de

Galates {(tclatac, l'aXaTsc.) et de Gaulois (Ga///, I'â"//AS'.), qu'ils attribuèrent, dans le principe, à toutes les populations, de race non ibérique, de l'Ouest de l'Europe et du Nord des Alpes. Ce n'est qu'à partir de Jules César que le nom de Celtes ou de Gaulois fut réservé aux habitants de la seule région comprise entre le Rhin et les Pyrénées.

Les Celtes semblent avoir été originaires des hautes vallées du Danube et du Rhône et du pays qui les sépare. Vers la fin du iv' siècle avant notre ère, ils conquirent le pays des Etrusques du Nord de l'Italie et s'emparèrent de Rome, sous la conduite de Brennus. Cent-dix ans plus tard, tandis qu'une de leurs bandes saccageait les temples de Delphes et colonisait la contrée de l'Asie Mineure qui, de leur nom, s'est appelée la Galatie, une autre se répandait sur la plus grande partie de la France actuelle.

Dans leurs progrès à l'Ouest et au Nord, les Celtes de cette seconde bande refoulèrent en partie les premières populations ibères, en partie aussi se mêlèrent à elles, perdant ainsi, dans une certaine mesure, quelques-uns des traits saillants de leur propre caractère.

Aucune mention de la Celtique ou des Celtes ne nous est parvenue qui soit antérieure à la fin du Vl" siècle avant notre ère. Le plus ancien témoignage est celui d'Hécatée de Milet, qui fait de la Celtique une contrée voisine de Marseille et de la Ligurie. Plus

tard, Hérodote, Aristote, Platon, Xénophon et d'autres auteurs, s'ils parlent de la Celtique ou des Celtes, ne le font jamais que d'une manière vague.

Il faut descendre jusqu'à Polybe, mort vers 123 avant J.-C, pour avoir des renseignements quelque peu détaillés. Il ressort des chapitres XIV et XV du second livre de son Histoire que les Celtes de la Haute- Italie y sont venus de la vallée du Danube et plus particulièrement de la contrée qui porta le nom de Norique. Nous savons aussi, par Polybe, que ces Celtes se divisaient pnmitive-

FiG. 5. — Miroir de Birdlip. , r^ ■ i • . t* 7 •

r^ ■ n ^ ment en Lisaiùins et en. 1 ransalpins.

Comte de Gloucester. , . t /^ 1 i iv/i- t

(Cliché Dugdaie.) c est-à-dirc en Celtes du Midi et en

L'ART PRIMITIF

FiG. ô. — Bouclier

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