CHAPITRE XV LA PEINTURE MODERNE. - DE TURNER A WATTS
LA seule peinture de paysage que le XVI IP siècle ait réellement encouragée est la peinture "topographique ".Des tableaux représentant des habitations et des parcs furent exécutés en grand nombre, qui remplissent, de nos jours, les maisons de campagne. Le créateur de cette forme d'art fut un peintre de talent, John Wootton, élevé de Van Dyck ; il ne lui manqua que des conditions plus favorables pour occuper une place très respectable parmi les maîtres anglais. Wootton naquit vers 1668 et mourut en 1 765. Il peignit des animaux, surtout des chevaux de course, et des paysages topographiques, dont le style rappelle celui de Gaspard Poussin et de ses imitateurs. Certaines toiles de Wootton sont excellentes. Les meilleures que nous connaissions de lui garnissent la salle extérieure de Althorp, D'autres dessinateurs de sites et de monuments eurent aussi de la vogue dans ce même siècle. Les plus renommés furent ceux de la famille Malton, qui joignirent à leur connaissance de la perspective architecturale quelques-unes des qualités des bons peintres. Toutefois, le paysage, tel que nous le comprenons, fut totalement négligé.
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En colportant ses tableaux et les cédant au premier venu, Wilson ne put gagner qu'un salaire d'ouvrier. Et il fut même, en cela, plus heureux que Gainsborough, qui, presque jamais, ne vendit de ses paysages, bien que les murs de son habitation en fussent couverts et que ses clients eussent l'occasion de passer devant journellement pour se rendre dans son atelier. Une coutume prit naissance, qui vint au secours des paysagistes. Ce fut celle, qui a persisté, de faire du dessin le complément nécessaire de toute éducation brillante. L'école anglaise d'aquarellistes lui doit son existence. Des artistes, en effet, qui n'auraient pas vécu de leur art, gagnèrent leur pain comme professeurs et purent travailler en toute indépendance.
La seconde pléiade des paysagistes anglais, qui correspondit à la génération de Raeburn, de Hoppner et de Lawrence, commença vers la fin du dernier quart du XVlir siècle et compta au moins trois hommes de génie. Le premier en date est John Crome, que l'on désigne habituellement sous le nom de Crome le vieux. Il naquit à Norwich, en 1 769, et commença son existence comme peintre carrossier. Il abandonna cependant bien vite ce métier pour devenir professeur de dessin et paysagiste. Crome mourut à Norwich en 1 82 1 .
Son mérite est d'avoir su choisir d'excellents modèles et rafaichir constamment son art en ne travaillant que d'après la nature, ne s'inspirant que de
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ce qu il ressentait. L intiuence de p^^ Cromf
Hobbema et d'autres peintres (Ciie^ le Rev. c. j. steward.)
Fio. 3bi. — L'orage, par Tlrnkk.
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LA PEINTURE MODERN E. - DE TVRN ER A WATTS
hollandais du X\'II1° siècle est aussi évidente, dans les œuvres de Crome, que celle de Wilson et de Gainsborough ; mais la nature perce a travers tout ce que cet artiste a produit, et c est en cela que ses tableaux ont une grande originalité. Quelques-unes des œuvres de Crome ont 1 ampleur de celles de Philippe de Koninck ; d'autres portent a l'extrême ce que Ruskin appelait la minauderie d'Hobbema. Crome est assez bien représente dans les collections publiques anglaises. La Galerie nationale a ses Ardoisières et sa Lande de Mousehold; le Musée Victoria and Albert possède aussi une Lande de Mousehold et la Galerie Tate un Paysage, qui nous font apprécier son talent sous différents
jours. Deux autres bons tableaux du même peintre, le Chêne de Poringland (fig. 380) et Clair de Lune appartiennent, le premier au Révérend C. J. Steward, le second à M. Darell Brown, qui le prêta dernièrement a l'exposition franco-anglaise. Crome a fondé l'école de peinture de Norwich, dont nous aurons l'occasion de reparler.
Joseph Mallord William Turner, qui vient ensuite, était le fils d'un coiffeur. Il naquit dans Maiden Lane (Covent Garden), le 23 avril 1 775, c'est-à-dire le jour de la fête de Saint Georges, ce que Ruskin ne manquait point de faire remarquer avec plaisir. Pendant son enfance, il remplit divers emplois qui avaient plus ou moins de rapports avec l'art ; puis il entra, en 1 789, en qualité d'étudiant, à l'Académie royale, qui se l'associa, dix ans plus tard, et le compta, parmi ses membres, en 1802. Turner, au cours de sa carrière, par-
Fig. 382. — Ckapha.m Com.mon. par Tl:rner. (.\ Li Galerie Satiunale.)
GRANDE-nRETACNE ET IRLANDE —
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courut une grande partie de l'I{.uro{)e occidentale. lia |)eint des aquarelles et des tableaux et gravé à Teau-forte et a la manière noire. L'existence laborieuse qu'il mena et la diversité de son talent, qui lui valurent la richesse, le classent a part parmi les peintres anglais. Son œuvre est tellement considérable, qu on ne saurait l'envisager en entier dans le simple cadre d un manuel. Il laissa, à sa mort, plus de tableaux qu'aucun autre artiste de ses devanciers ou de ses successeurs, et chacun a été fait de sa main ; car Turner, qui travaillait presque en secret, n'eut jamais de collaborateurs. Cet artiste fut si profondément attaché a son art qu il en fît pratiquement son unique moyen d'expression, son seul lien avec le monde.
La carrière de Turner peut se diviser en trois périodes : dans la première, le peintre fait des copies littérales de la nature ; dans la seconde, il cherche à expérimenter les styles d'autres artistes ; dans la troisième, il exprime en toute liberté ses propres sentiments. Elle se termine par quelques années de chaos, durant lesquelles de splendides lueurs d'imagination jettent comme des éclairs dans Tobscurcissement de son génie. Les trois périodes de Turner, mais surtout les deux dernières, sont parfaitement représentées dans la collection qu'il a léguée à son pays. On y rencontre une centaine de toiles complètement terminées et beaucoup de compositions moins avancées. Parmi ces dernières, on peut citer les splendides paysages, comparables à des rêves, qui se trouvent actuellement à la dalerie 1 ate. Inde- j,.|^, ^g^ spithead, par Turner.
pendamment de ces pein- (A la Galerie Nationale.)