PAR HOLMAN HUNT
(A la Galerie de Matichester.
Avecla permission de MM. Agnewel fils.)
FiG. 428. — LORENZO ET ISABELl.A.
PAR MlI.l.AIS.
(A la (liilerie de Lii'crpool.l
LA PEINTURE DEPUIS LA PÉRI ODE PRÉ R A PH A ÉLITE
dessus tout, de la Veillée de
Sainte-Agnès, que possède
Mme Prinsep, ou la poésie
de la conception s'unit à
une exécution serrée. Vers
1870, les idées de Millais
se transformèrent. Il travailla
avec plus d'ampleur, dans
un meilleur sentiment de la
décoration. De belles toiles
comme Stella, Vanessa et
Souvenir de Velasquez (fig.
430) à l'Académie royale, la
Femme du Joueur et ï Enfance de Raleigh à la Galerie Tate, sont de
cette époque. Ce fut aussi vers 1 870 que Millais commença à faire
régulièrement des portraits. Ceux qui appelèrent sur lui la plus grande
attention sont les Sœurs (portraits de ses trois filles). Miss Nina
Lehmann, les Cœurs sont atouts (Mistress J. H. Secker et ses deux
sœurs jouant au whist) (fig. 431) et Mrs. Bischoffsheim. Vinrent
ensuite : Mrs. F. H. Myers ; le Comte de Shafteshury, que possède
la Société biblique de l'Angleterre et de l'étranger ; Mrs. Jopling ; les trois Gladstone (un à la Galerie nationale, un autre à Oxford, à Christ Church, et le troisième chez le Comte de Rosebery ; Mrs. Perugini ; John Bright ; le Cardinal Neuoman ; Lord Tennyson ; Sir Gilbert Greenall ; Lord Beaconsfield ; /. C. Hool^, de l'Académie royale (fig, 432) ; Dorothy Thorpe ; Lady Peggy Primrose et Simon Fraser.
Emile Zola a dit de l'art qu'il est la nature vue à travers un tempérament. S'il fallait s'en rapporter à cette
Fig. 429.
— VeO.MAN DK l.A (JARDE.
PAR Mil. I, Aïs.
(A la (Jalerie Tate.)
CRA.\l)l. BKLI ACNE ET IRLANDE -
FiG. 43o. — Souvenir de Velasquez.
PAR Mu, I. Aïs.
(A l'Acadcwic Royale. )
définition, Millais, en tant que paysagiste, ne serait pour ainsi dire qu'un photographe. Cela est vrai de son tableau bien connu le Frisson d'Octobre.
Millais n'osa prendre aucune liberté avec les modèles qu'il eut sous les yeux, 11 les connut trop tard. En s'y prenant vingt ans plus tôt, cet artiste nous aurait laissé des paysages d une interprétation moins étroite, qui sans doute pourraient figurer à côté de la Veillée de sainte Agnès et des portraits de Gladstone, de Tennyson et de Hook.
Il est difficile d'assigner à Millais la place qui lui convient dans l'histoire de la peinture anglaise. Actuellement, on le juge surtout d'après ses fautes, et sa renommée est moins grande que de son vivant. Mais le temps viendra, pour lui comme pour d'autres, où une justice meilleure lui sera rendue, où l'on ne verra plus en lui que le peintre des belles œuvres rappelées plus haut. Le danger qui pourrait menacer sa réputation est un certain manque d'individualité. L'artiste a qui l'on doit à la fois le Christ dans la Maison de ses parents et les Bulles de savon paraîtra peut-être trop vague, comme personnalité artistique, pour mériter un autel dans le temple de l'art. La puissance de ses meilleures compositions risque de ne point suffire pour le faire placer au premier rang. Mais on pardonne tout aux coloristes, et Millais, sous le rapport de
, , 1 • 1 FiG. 43i. — Les cœurs sont atouts,
la couleur, a produit des œu- p^^^ Millais.
vres d'une indéniable beauté. fChe^ Mistress j. h. secker.)
FiG. 432. — PORIKAIT 1)K J. C. IloOK, l'AK Mil, LAIS.
LA PEINTURE DEPUIS LA PERIODE PRÉRAPH AÉLIT E
Pour trouver une application logique des principes préraphaélites, il faut s'adresser aux tableaux de deux peintres qui n'eurent cependant rien de commun avec la Confrérie. L'un est J.-F.
Lewis, de l'Académie royale ( 1 805- 1 876) ; l'autre est John Brett ( 1 832- 1902). Lewis a été considéré par Ruskin comme l'un des chefs du préraphaélisme, et ce même critique, parlant d'une toile de Brett envoyée à une exposition de l'Académie, ne craignait pas d en dire qu'elle était la plus parfaite, après celles de Lewis, des peintures exposées, et qu'à certains égards elle l'emportait sur tout ce que les
Préraphaélites avaient pu faire jusqu'à ce jour ". Lewis et Brett sont bien représentés a la Galerie Tate ; mais j'estime que leur art est sans intérêt sérieux.
Des historiens d'art voudraient nous persuader que la peinture anglaise moderne doit toute sa poésie, tout son amour de la beauté, aux Préraphaélites. Il est prudent de ne pas les suivre ; cependant,
il faut bien reconnaître que le préraphaélisme a eu sur l'art anglais une influence qui se fait encore sentir. Jusqu'à quel point cette influence lui est-elle due en propre, ou doit-elle remonter aux véritables Préraphaélites que furent les Italiens du XV^ siècle ? On ne saurait le dire sans entrer dans des développements beaucoup trop longs pour un manuel. Il peut suffire de constater que l'étude de ces maîtres a été le résultat du mouvement de 1848. L'importance artistique de Brown demeure, par suite, considérable. Le retour aux Primitifs, l'abandon FiG. 433. — LiLiuM presque complet des Italiens du XVll' siè-
AuRATUM. PAR J. F. Lewis. cle lui sont dus.
FiG. 434. — La mkrf, du pkintue,
l'AK WllISri.KK.
(A l'a ris. an Miiscc du Luxciiiboiirf,'-.)
Apres le préraphaélisme, aucun grand mouvement ne s'est produit qui interesse spécialement l'art britannique. On ne peut que noter la tendance des Anglais a mettre leurs idées en harmonie avec celles des Continentaux, c est-a-dire, en matière de peinture, a se rapprocher des œuvres des artistes de la France et de la Hollande. De cette communauté de vues résulte, naturellement, une grande similitude d'exécution. Il n'y a pas lieu, par suite, d insister sur les nuances qui séparent l'école néo-écossaise de celle de Newlyn, et les élevés de ces deux écoles de ces peintres, plus franchement gallophiles, si fortement encourages par le talent de deux Américains, les peintres Whistler et Sargent (fîg. 434, 435 et 436).
L'école écossaise, si florissante vers 1 860, fut, en grande partie, créée par Robert Scott Lauder, dont l'enseignement exerça une 1res grande influence sur les peintres qui commencèrent leur carrière vers le milieu du dernier siècle. Deux de ses meilleurs élevés furent John Pettie et Sir William Quiller Orchardson. Le premier mourut relativement jeune, mais le second a su conquérir peu a peu, malgré l'extrême individualité de son style, un rang des plus honorables parmi les peintres européens. Orchardson a fait des portraits, dont celui de Sir Walter Gilbey, baronet, est peut-être le plus beau, et des tableaux historiques, au premier rang desquels on doit citer : Voltaire, a la Galerie des Arts, à Hambourg ; Napoléon sur le Bellérophon, à la Galerie Tate.
La nouvelle école écossaise a été fondée à
FiG. 435. — Miss
Al.EXANDER.
PAR Whistler.
(Che^ M. Alexander.)
- LA PEINTURE DEPUIS LA P ERI OD E P RER A PH A ELI T E
Glasgow, Durant ces trente dernières années, les collections publiques de cette ville se sont enrichies de bons tableaux de romantiques français. 11 nest guère possible de savoir si ces toiles, et d'autres de valeur, sont ou non la cause de l'intérêt que Glasgow porte à la peinture, et dans quelle mesure elles ont contribué au développement de cet art. On peut seulement constater qu'un nombre toujours croissant de peintres nés à Glasgow ont fixé l'attention par de bonnes toiles. Celui qui, le premier, fit preuve d'un sentiment nouveau et personnel pour la nature fut John MilneDonald(l 81 9-1 866).
C'est lui qui a formé le talent de Colin Hunter, dont les meilleures œuvres : le Marché aux harengs au bord de la mer (à la Galerie de Manchester) et les Pécheurs de homards, par exemple, témoignent de beaucoup de fidélité à la nature et d'un don brillant de sélection artistique. Toutefois, les œuvres qui exercèrent l'influence la plus forte sur l'école de Glasgow furent celles de Whistler et d'un impressionniste local de grand talent, M. William Mac Taggart. Les meilleurs peintres formés à cette école sont Sir James Guthrie, John Lavery (fig. 439), George Henry, Edward Hornell, Alexander Roche, James Paterson, E. A. Walton, T. Austen Brown, Joseph Crawhall, Harrington Mann et D. Y. Cameron.
L'école de Newlyn
n est pas une institution
11 11 1 Fig. 437. — Sa première danse,
locale comme celle de parOrchardson.
Glasgow. Elle fut for- (Avec la permission de mm. l)oii>desji>tH.) . 23 1
FiG. 436. — La duchesse
DE Portland,
par J. s. Sargent.
(JRANDL BRL TAGN E ET IRLANDE
Fi(}. 438. — Monsieur Bkbk
l'AK OkCIIARDSO.N.
mee, a l'ongine, par un certain nombre de jeunes artistes, qui pensèrent qu'il serait a la fois agréable et sage de se retirer, pour y développer leurs idées, dans la tranquillité du littoral des Cornouailles. Le chef de cet exode, si l'on peut employer ce mot, futStanhope Forbes, dont la femme Elisabeth Forbes est une des rares personnes de son sexe qui soient capables non seulement de concevoir une œuvre d'art parfaitement organique, mais aussi de l'exécuter. Les tableaux de prédilection du groupe de Newlyn sont des scènes de la vie domestique, toujours largement traitées, avec le respect absolu de la lumière. Avec Stanhope Forbes, ce groupe comprend Frank Bramley, Norman Garstin, John da Costa et quelques autres.
En dehors de ces mouvements plus ou moins organisés, la peinture britannique accuse, comme les autres, des sympathies et des tendances. Dans l'état actuel de l'opinion anglaise, le groupe le plus apprécié est celui des peintres qui s'inspirent très exactement de la nature, suivant les principes de Courbet et de Constable, bien que beaucoup d'entre eux soient plus disposés à critiquer qu'à louer ces deux grands artistes. La plupart sont des paysagistes, et comme la nature, dont ils se rapprochent autant qu'ils le peuvent, offre mille nuances, il y a, dans leurs œuvres, assez de variété pour qu'on
Fui. 489. — Le printe.hps.
PAR J. LaVERY.
(A Paris, au Musée du Luxembourg }
FiG.440- — An Early
ViCTORIAN, PAR W. LOGSDAIL.
LA PEINTURE DEPUIS LA PERIODE PRÉRAPHAÉLITE
puisse trouver hasardeux de les classer dans un même groupe.
Un des meilleurs est James Clark Hook, peintre de mannes. Il naquit a Londres, en 1819, reçut dans sa jeunesse les conseils de Constable et obtint la médaille d'or de l'Académie royale. Pendant un certain nombre d'années, Hook fit des peintures de costumes; mais, vers 1854, il trouva sa véritable voie et commença la série de sujets maritimes qui l'ont rendu célèbre. Hook est mort en 1907. Ses œuvres sont toutes si curieusement égales sous le rapport du style, du mérite et de l'importance, qu'il est difficile de faire un choix. Son Luff Boy (1859) et ses quatre tableaux de la Galerie Tate le représentent bien.
Deux autres paysagistes, Henry Moore (1831-1895) et Napier Henry, sont encore plus réalistes que ne l'a été Hook. Moore, en particulier, eut un style à lui pour représenter la mer, et jamais aucun peintre ne l'a égalé pour la vivacité, la couleur et le mouvement. Les mers peintes par
Moore sont bleues ; l'éclairage leur vient par devant, et l'illusion est presque complète. Parmi les meilleures œuvres de Moore, on peut citer : le Paquebot de Newhaven ; le Beau Temps après la pluie, qui obtint le grand prix à l'Exposition de Pans en 1 889 ; Journée parfaite pour une croisière, et Une mer en juin. M. Napier Henry a plus de variété, mais moins de fraîcheur que Moore, Deux de ses tableaux : les Pilchards (sardines communes) et la Rivière de Londres le représentent suffisamment bien à la Galerie Tate. L'Irlandais Edwin Hayes a beaucoup travaillé dans le même style. M. W. L. Wyllie peint également la vie sur l'eau avec un sentiment très vif de ses qualités scéniques. On peut s'en rendre compte à la Galerie Tate, où se trouvent deux de ses tableaux : Peine,
FiG. 441. — Warfdale, PAR Cecil Lawson.
G 1< A N l) I: . H l< I: I A i. N E E T I Kl. AND E
iMG. 442.
Rkïour d'une promknade a ciievai.
l'AK (>1IAHLES FURSK.
i.\ la (lalcrk l'aie.}
éclat, malpropreté et richesse à -marée montante et la Bataille du Nil. M.
1 Komas Sornerscales voit la nature avec plus de largeur et de simplicité. Son tableau Au large de Valparaiso, à la Galerie Tate, est remarquablement vrai et nous donne bien l'impression du mouvement et de la lumière du Midi.
Parmi les peintres paysagistes, dans le sens littéral du mot, se classent des indépendants dont le plus remarquable fut Cecil Gordon Law^son (1851-1882). Sa santé délicate est probablement la seule cause qui l'a empêché de devenir le plus grand paysagiste anglais depuis Turner. Ses meilleures œuvres réunissent à une sincérité d'observation remarquable une imagination poétique et une grandeur de style peu communes. Law^son n'a pas assez vécu pour produire beaucoup.
On peut citer, parmi ses meilleures toiles, le Jardin du Pasteur à la Galerie de Manchester, la Lune d'Août a la Galerie Tate, les Houblonnières d'Angleterre, le Nuage et Barden Moor. Les influences que cet artiste paraît avoir subies sont celles de Watts et de Ruysdael. On croit les retrouver, jointes à celles de Corot, chez un autre peintre, M. Alfred East, qui cepen-
FiG. 443. — Diane des plateaix,
PAR Charles Furse.
{A la Galerie Tate.)
Fi(i.
^44. — LkÇON de MLSI(^)l K.
PAR Lkighton.
— LA PEINTURE DEPUIS LA PERIODE PRÉRAPHAÉLITE
dant a une tendance plus grande vers la décoration. L'influence de Constable sur le talent de M. Mark Fisher fait moins de doute. Les meillleurs tableaux de M. Fisher, Baignade d' enfants (à la Galerie de Dublin) et Sur la rivière Slour, par exemple, sont à la fois de brillantes pages de la nature et des créations pleines de vie. M. J. R. Reid travaille, de même, dans un style qui rappelle celui de plusieurs autres peintres, sans manquer pourtant d'individualité.
Dans le courant du dernier quart de siècle, ia mort a fait des vides cruels dans les rangs des jeunes peintres de l'école anglaise. Avec Lawson, emporté a trente et un ans, elle a ravi C. W. Furse à trente-six ans, et Robert Brough à trente-trois. Furse ( 1 868- 1 904) naquit à Staines; son père. Canon Furse, était apparenté a Reynolds. Il étudia d'abord a Londres, a l'école Slade, et suivit ensuite les cours de l'atelier Julian, a Paris. Ses débuts furent assez lents. Ses premières compositions, suffisantes toutefois pour attirer l'attention, ne faisaient nullement prévoir la très haute valeur de ses derniers tableaux. C. W. Furse, que la phtisie minait, nous a laissé, entre autres œuvres remarquables \le Retour d'une promenade à cheval (fig. 442), la Diane des plateaux (fig. 443) et le Portrait équestre de Lord Roberts, qui sont à la Galerie Tate ; la Robe lilas (portrait de
Miss Mabel Terry Lewis), et Cubbing with the York and Ainsty (portrait de famille).
Le talent de Robert Brough (1872-1905) était d'un genre tout différent de celui de Furse. 11 résidait peut-être plus qu'il n'aurait fallu dans une conception habile, une grande dextérité manuelle, une en- 445. — Llnk d'été, par Leighto.n. tente parfaite de 1 effet. Ce
G R A NDi: lil< I: TA C N E /. 7 I HLA N l) /.
FlU. -140. — Lk livre Ol VKHl
PAR A i.bi:ri Moork.
talent évoluait et semblait sur le I)oinl d'acquérir plus de largeur et de tenue, lorsque Brough succomba dans un accident de chemin de fer.
Des œuvres que ce peintre nous a laissées, Sainte Anne de Bretagne et Entre le soleil et la lune sont a la Galerie moderne de Venise ; Fantaisie en Folie est a la Galerie Tate.
Puisque nous venons de parler de Venise, nous en profiterons pour citer deux peinîres, M. Henry Woods et M, William Logsdail, qui ont pour cette ville une prédilection marquée. L'un et l'autre y ont travaillé, et l'on peut même dire que M. Woods a consacré toute sa carrière a peindre des scènes de la vie vénitienne. Il a parfois, dans ce genre, trouvé un compagnon en la personne de son beau-frere, M. Lukes Fildes, dont la réputation cependant est surtout faite de ses tableaux de la vie moderne anglaise, comme la Noce villageoise, par exemple.
Il y a des peintres qui se figurent qu'être bon archéologue est aussi être bon artiste, L'Angleterre en compte un certain nombre, qui croient travailler suivant des traditions classiques el produisent des œuvres où ils voient des reconstitutions plausibles de la vie antique. Lord Leighton (fig. 444 et 445) a ete le chef d'une école qui s'est attachée particulièrement au côté décoratif de ces reconstitutions ; Sir Laurence Aima Tadema est à la tête d'une autre qui donne plus d'animation à ses sujets en les tirant de l'histoire. Sir Edward Poynter, Val Prinsep, C. E. Perugini et Albert Moore font ou firent partie de ce groupe. Avec Moore, toutefois, le classique est tel, qu'il
Fig.