partie du public n'a connu l'art
de Rossetti qu'après sa mort.
Mais l'influence qu'il exerça sur
son entourage fut énorme. C'est
à lui, en grande partie, qu'il faut attribuer cette décadence marquée
dans la technique de la peinture qui se produisit en Angleterre, à
côté d'efforts très sincères, parfois heureux, pour relever le niveau
intellectuel de l'art national.
Le plus brillant de tous les préraphaélites fut Sir Edward Burne-
Jones (1833-1898), d'origine celtique, comme Watts. On le destina
d'abord au clergé ; mais, à l'âge de vingt-deux ans, il fit la connaissance de Rossetti, qui le décida à quitter Exeter Collège, à Oxford, pour se consacrer à la peinture.
Burne-Jones a fait un grand nombre de dessins de vitraux. Il collabora, comme nous l'avons dit, avec Rossetti et Morris pour la décoration de l'Oxford Union, voyagea en Italie avec Ruskin, copia des maîtres vénitiens, décora des salles pour Lord Carlisle, William Morris et Birket Foster, fît des études de tapisseries et de mosaïques, et peignit, enfin, de nombreux tableaux.
Burne-Jones est resté ignoré du public jusqu'à l'ouverture, en 1 877, de la Galerie Grosvenor, où trois
Fig. 421. — Regina Cordium.
PAR Rossetti.
FiG. 422. — Chant d'amoi'r,
PAR Sir E. BlRNK-Jo.NES.
((^Iic-; M. James Isniay.)
de SCS toiles, les Jours Je la Création, l Enchantement de Merlin et le Miroir de Vénus, firent sensation. Un an plus tard, il peignit Laus Veneris et le Chant d'Amour (fig. 422), qui sont probablement ses deux chefs-d'œuvre. On peut encore citer, parmi ses tableaux : le Roi Cophetua et la Jeune mendiante, dans la Collection nationale ; la Roue de la Fortune, chez M. A.-J. Balfour ; l'Escalier d'or, chez Lady Battersea ; les Profondeurs de la Mer (fig. 423), chez M. Benson ; la Tour d'airain et la Rose sauvage. Burne-Jone?
fut nommé, en 1885, associé de l'Acadé- .
mie royale. Il exposa un tableau l'année suivante et démissionna en 1 893. La dignité de baronet lui fut accordée en 1 894. Ce peintre mériterait d'être compté parmi les meilleurs artistes s'il n'avait des particularités et des défauts qui lui viennent presque s.Orement de Rossetti. Son imagination était efféminée, sa critique de luimême peu pénétrante. Il ne dessinait pas juste ; le sens de la structure et de la solidité lui manquait. Comme peintre, Burne- Jones ne savait pas donner à sa technique la richesse de matière qui lui aurait convenu. Bien que ses plus belles œuvres soient d'un coloris splendide, la pauvreté de leur substance les empêche d'occuper une place à côté des grands maîtres vénitiens dont elles sont inspirées.
D'autres peintres, qui travaillèrent d'après les mêmes méthodes et firent de bonnes compositions qui n ont jamais été beaucoup appréciées, sont James Collinson, membre de la P. R. B., Charles Allston
Fig. 423. — Les profondeurs DE LA MER.
PAR Sir E. Blrne-Jones.
fC7îe^ M. R- H. lienson.)
- LA PEINTURE DEPUIS LA PERIODE PRERAPHAELITE
FiG. 424. — BURD ElLEN, PAR WiNDUS.
Collins, Arthur Hughes, Matthew
James Lawless et W. L. Windus.
On peut encore citer G. P. Boyce,
W. H. Deverell, Walter Crâne
(fig. 426), Frederick Shields, J. E.
Sonthall, Henry Wallis, Gerald
Moira, E. J. Gregory,J. M. Strud-
wick, Spencer Stanhope, Fairfax
Murray, Evelyn Pickering (Mrs. de
Morgan), T. M. Rooke, Marie
Spartali (Mrs. Stillman), Archibald
Macgregor, Byam Shaw, Reginald
Frampton, Graham Robertson, Gay-
ley Robinson, etc.
Je reviens à la Confrérie des
Préraphaélites, dont un membre
surtout, William Holman Hunt, mérite d'être cité pour l'isolement où
il s'est complu pendant un demi-siècle. Hunt naquit en 1 826 ; c'est
le plus ancien des Préraphaélites actifs et l'un des peintres, peutêtre plus nombreux en Angleterre que partout ailleurs, qui ont mis au service de théories mauvaises des qualités esthétiques indéniables.
Cette erreur nous a valu une foule de tableaux d'où ne se dégage point le sentiment de repos que doit inspirer le bel art. Un tableau discuté n'est pas nécessairement un bon tableau. Or il n'est presque pas de peinture de Holman Hunt qui ne puisse faire l'objet d'une controverse. Ses meilleures œuvres, au seul point de vue de l'art, sont les Moutons égarés, le Berger. rOmbre de la Mort (fig. 427), et le Christ découvert dans le temple.
Mais tous ses tableaux sont intéressants par la personnalité qui
s en dégage. Seulement, comme pour Mantegna, cette personnalité n'est pas entièrement celle d'un peintre. A la suite de
Fig. 425. — Walter Crâne, PAR G. F. Watts.
Holman Hunt, d'autres artistes tels que W. S.
Burton, R. B.
cK.ixni: unir ACNE et Irlande
FiG. 42Ô. — L'Annonciation.
PAR G. A. Storey.
Martineau et Frédéric Sandys sont a nommer, bien que quelques-uns n'eussent peut-être pas voulu se dire ses élevés.
Le dernier préraphaélite de talent est Sir John Everett Millais. Ne a Jersey en 1829, cet artiste vint a Londres a l'âge de neuf ans, et fut, a dix-sept ans, 1 un des plus brillants élèves de l'école royale de peinture. Associé de l'Académie a vingt-quatre ans, membre a trente-quatre ans, il en reçut la présidence quelques mois avant sa mort, en 1 896.
Millais peignit d'abord suivant les méthodes conventionnelles de son temps. Lorsque parurent les Préraphaélites, il adopta dans toute leur rigueur les principes de la Confrérie et fit des tableaux dont l'exposition souleva de véritables tempêtes d'injures et de railleries. De ces tableaux, Ferdinand et Ariel, l Atelier du menuisier, la Fille du bûcheron et Lorenzo et Isabella (fig. 428) sont à la Galerie de Liverpool ; le Retour de la Colombe à l'Arche est à la Galerie d'Oxford ; Mariana dans la Grange aux Douves et la Mort d'Ophélie sont à la Galerie Tate.
La première peinture de Millais qui obtint tout à la fois les suffrages du public et ceux des critiques à l'esprit plus ouvert est le Huguenot de la Collection Miller. Elle fut suivie de l'Ordre d'élargissement, aujourd'hui à la Galerie Tate ; du Proscrit royaliste, de la Délivrance, du Black.
Brunswicker, de la Vallée du repos et de Sir Isumbras au gué, chez M. R. H. Benson, et, par-
FiG. 427. — L'ombre de la mort,