‹ G[ran]de Bretagne et IrlandeChapitre 8 sur 91 · CENTRALE DE I.A CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

CENTRALE DE I.A CATHÉDRALE

DE York.

détails. Si le chœur de Lincoln devait quelque chose à des architectes de l'Ilede-France, il porterait en soi la marque de son origine. Il ne pourrait que ressembler aux grandes cathédrales françaises de la même

époque ou d'une époque antérieure ; or, nous le répétons, aucune comparaison de ce genre n'est possible.

II semble donc que l'on doive

FiG. 70. — Sœurs

Les " Cinq ', A York.

FiG. 71. — Chapelle des

NEUF AUTELS ", A l'AbBAYE DE FOUNTAINS.

aborder plus franchement qu'on ne l'a fait jusqu'ici la question des rapports entre le gothique français et le gothique anglais. Nous ne disposons pas d'une place suffisante pour nous livrer à cette étude ; mais une simple esquisse, telle que la nôtre, voulait que Ton essayât de signaler les principaux points où des

ARCHITECTURE GOTHIQUE PRIMITIVE

FiG. 72. — Façade occidentale de la cathédrale DE Wells.

erreurs, des idées contestables tout au moins, se sont glissées.

D'une manière générale, ce que nous constatons, en Angleterre, c'est un développement architectural qui date de l'invasion nor mande et témoigne de la somme d'énergie apportée dans l'Ile par les conquérants. Ceux-ci commencèrent à bâtir comme ils l'avaient fait en Normandie, quelle que soit d'ailleurs la part qui revienne, dans leurs travaux, à l'influence anglo-saxonne. Puis, progressivement, le genius loci s'affirma, à mesure que le sang normand se mêla a celui des Anglo-Saxons. La manière normande évolua en s'éloignant des conceptions continentales. Et quand le plein cintre céda la place à l'arc brisé, il y avait une telle différence entre les deux méthodes qu'on peut, à première vue, les distinguer. Ce mouvement, du reste, n'a jamais subi de temps d'arrêt. Depuis le jour où Lanfranc posa la première pierre de la cathédrale de Canterbury jusqu'à celui qui

marqua l'achèvement de la chapelle de Henri VII, à Westminster, les principes qui étaient communs à toute l'Europe du Nord-Ouest ont constamment tendu à prendre, dans l'Ile, un caractère purement anglais.

En France, le développement, jusqu'à ses limites extrêmes, du squelette architectural, a conduit parfois au sublime, parfois aussi jusqu'à la laideur et a l'absurde. En Angleterre, les constructeurs avaient trop le souci de masquer la structure. Quelquesunes de leurs œuvres y gagnèrent de

FiG. 73. — Porche occidental DE LA Cathédrale d'Ely.

posséder en même temps le caractère et la beauté ; d'autres n'eurent qu'une beauté sans caractère ; d'autres encore ne possédèrent ni caractère, ni beauté.

Le chœur et le transept de la cathédrale de Lincoln — ce n'est pas du presbytère, ou chœur des Anges ", que nous voulons parler — doivent dater de l 190 environ. Ils furent commencés sous l'épiscopat de l'évêque Hugh. On a prétendu que l'architecte qui les conçut était français. Il a même été dit que cet architecte s'était inspiré de l'eglise de Blois, commencée en 1 1 38. En réalité, une pareille assertion se réfute d'elle-même. L'architecte de Lincoln était anglais ; on s'accorde aujourd'hui à le reconnaître, et il descendait d'une famille ayant longtemps résidé dans le comté. La construction, qui prit beaucoup de temps, fut continuée par les deux successeurs immédiats de l'évêque Hugh. L'achèvement de la nef n'eut lieu qu'en 1 240, sous l'épiscopat de Grostête. L'effet qu'elle produit se ressent de la largeur trop grande donnée aux travées. La façade Ouest, pour imposante qu'elle soit, n'en constitue pas moins une erreur : elle ne s'harmonise pas avec le restant de l'édifice (fig. 64). Mais la grande tour centrale, qui a peu de rivales en Angleterre, l'emporte aussi sur toutes celles d'autres pays (fig. 59, 63, 64).

Si Lincoln est l'exemple le plus important de la forme anglaise de la première période gothique ogivale, Salisbury en est sans doute le plus beau (fig. 65, 66 et 67). Les proportions de toutes les parties de cette cathédrale ont une harmonie qui n'existe peut-être nulle part ailleurs au même degré. Le plan de Salisbury est tout à fait du

Fig. 74. — Flèche

DE LA Cathédrale de Christ

Church, a Oxford.

Fig. 75. — Chapitre de la

Cathédrale de Christ Church,

A Oxford.

ARCHITECTURE GOTHIQUE PRIMITIVE

FiG. 76. — Chœur et Chapitre DE LA Cathédrale d'Elgin.

type anglais, avec sa façade Ouest peu développée, son porche Nord, ses deux transepts, son extrémité orientale carrée et la grande flèche qui s'élève de la croisée (fig. 68). Jusqu'au soubassement de la tour, l'œuvre se classe entre 1220 et 1250. La flèche est du Xiv' siècle. Elle a 103 mètres de haut, c'est-à-dire 6 mètres de moins que celle de la cathédrale d'Amiens. La flèche de Salisbury, dit Fergusson, est une des œuvres les plus imposantes de l'art gothique. " Un écrivain américain, M. Van Rensselaer, a écrit, d'autre part, de l'église ellemême, qu'on ne saurait imaginer rien de plus parfait pour servir de base à la plus grande flèche du monde. ' Les diverses parties de Salisbury s'élèvent de telle sorte vers le centre qu'elles nous donneraient l'impression d'une œuvre imparfaite, si elles étaient surmontées d'un pinacle plus petit. " Mais Salisbury fut commencée au moins vingt ans plus tard que Lincoln.

Si, à des titres différents, l'une et l'autre de ces deux églises constituent les plus remarquables spécimens de l'art ogival pri-

FiG. 77. — Façade occidentale de LA cathédrale de Peterborough.

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mitif en Angleterre, d'autres œuvres, ou parties d'œuvres, de développement plus restreint, n'en sont pas moins à citer. Le transept Sud de l'église de York, avec sa rangée de fenêtres, est de

ce nombre (fig. 69). Il est Fig. 78. — Abbaye de Westminster : Plan. _____ 41

FiG. 79. — Cathédrale dk Beverley.

difficile de trouver, dans toute l'architecture ogivale, des formes plus majestueuses que celles de ces Cinq sœurs ", qui ont l'aspect de fantômes quand on entre par la porte du Sud (fig. 70). Fountains-Abbey a le même caractère. Sa chapelle des Neuf autels (fig. 71) est manifestement inspirée du transept nord de l'église de York. Tous deux datent d'ailleurs de la même époque (1205- 1245), à laquelle se rattachent aussi les " Neuf autels" de Durham, bien plus célèbres, mais qui, à notre avis, ne les dépassent point en beauté. On peut encore citer l'extrémité orientale, aujourd'hui ruinée, de l'abbaye de Tynemouth, avec ses lancettes gracieuses et sa voûte remarquable, et le porche Sud-Ouest de Saint- Albans, qui n'est plus connu que par un dessin publié par Sir G. Gilbert Scott.

Le porche occidental de la cathédrale d'Ely, qui mesure

1 3 mètres dans un sens et près de 1 0 mètres dans l'autre, est peut-être le plus beau de tous les parer ga de style anglais primitif (fig. 73). Il a deux étages, dont celui du haut contient une salle qui a les dimensions d'une petite église. Ses portails, leurs détails, ses quatre rangées d'ar-

FiG. 80. — Cathédrale de Glasgow. cades décoratives, ses tOU-

ARCHITECTURE GOTHIQUE PRIMITIVE

FiG. 8i.

— Cloître de l'Abbave

DE KiLCONNEL.

(Irlande.)

relies d'angle, tout est remarquable.

Un autre porche, à peu près contemporain, celui qui forme l'entrée

Nord de la cathédrale de Wells

(fig. 12), n'est pas moms mtéres-

sant. Mais cette cathédrale est celle,

peut-être, qui met notre goût à la

plus dure épreuve. Il s'en est fallu

de peu qu'elle ne fût la plus belle ;

même telle qu'elle est, perdue dans

un repli des Mendips, l'amateur

d'architecture trouvera plaisir à la

visiter. Wells est malheureusement défigurée par trois taches : le

plan de sa nef est un des moins heureux qu'ait jamais conçu un architecte gothique ; l'artifice emploj^é pour empêcher la chute de la tour centrale est choquant ; la couleur brune de la pierre de Doulting dont elle est bâtie est désagréable. Il s'y ajoute un enlaidissement moderne, qui a consisté à intercaler dans la façade occidentale ce qu'on a appelé des gigantesques crayons d'ardoise .

Fig.

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