partie postérieure
DU Monument de la Reine
Victoria a Manchester.
par e. Onslow Ford.
FiG. 575. — La Jeunesse
d'OrPHKE. PLATRE PAR J. M. SWAN.
bonnes choses des mauvaises.
A cet égard, il semble bien, toutefois, qu'un changement soit sur le point de se produire.
Durant ces dernières années, on a agi plus sainement, et tout permet d'espérer que les Comités du XX' siècle sauront éviter les fautes de leurs devanciers du X1X^ Ford est l'auteur du Monument de la Reine Victoria, a Manchester (fig. 573 et 574). Pour terminer ce que nous avions à dire de cet artiste, nous ajouterons qu'on lui doit aussi quelques bustes, dont les deux meilleurs sont ceux de Sir
Fio. 576. —
La Jeunesse
d'Orphée, plâtre
par j. m. swan.
(Vue de dos.)
Fig. 577. — Le Duc de Devonshire, par J. GoscoMBE John.
(A Eastbourne.)
comme un élève de Barye et de Frémiet. Ses œuvres valent les leurs ; à certains égards, elles leur sont même supérieures.
Plus que personne, il a travaillé de dedans en dehors^ n'oubliant jamais qu'un animal
WilliamOr^ chardson et du peintre paysagiste Ridley Corbet.
M. John Mac Allan Swan, qui fut son ami, eut un genre tout différent du sien. De même que beaucoup de sculpteurs anglais depuis une quarantaine d'années, cet artiste forma son talent dans plusieurs pays, surtout en France. En Angleterre, il étudia à l'école de Lambeth.
M. Swan peut être considéré
Fig. 578. — Léopard et Tortue, BRONZE par J. m. Swan.
LA SCULPTURE CONTEMPORAINE
vivant est une sorte de machine qui se meut comme le lui permettent ses articulations et ses leviers. Cependant cet artiste ne s'en est pas tenu a l'impeccabilité de la structure ; il a modelé l'enveloppe de ses sujets avec plus de vérité que ne l'avaient fait avant lui les meilleurs sculpteurs animaliers, sans en excepter, comme nous venons de le dire, Barye et Frémiet, qui furent ses modèles. M.
FiG. 579. — L'Elfe,
PAR J. GOSCOMBE JoHN.
FiG. 58o. — Dame
Alice Owen,
PAR George
Frampton.
Swan est un des rares artistes modernes que l'on puisse
comparer aux Italiens du début de la Renaissance. Il est à la fois sculpteur, peintre ornemaniste et dessinateur. Les meilleures de ses œuvres nous paraissent la Jeunesse d'Orphée (fîg. 575 et 576), un Puma et Macao, un Léopard et Tortue (fig. 578) et la Fée M organe. M. Swan, au moment où nous écrivons, s occupe de modeler les lions colossaux qui
décoreront, dans le Sud- Africain, le Mausolée de Cecil Rhodes.
Un autre animalier, dont le talent a de nombreux points communs avec celui de M. Swan, fut Harry Bâtes. D'abord sculp-
FiG. 58i. — Chiens en laisse, plâtre PAR Harry Bâtes.
(A la Galerie Ta te.)
GRANDE-BRETAGNE ET IRl.ANDE
leur sur bois, la ligne que I
Fi<;. 582. — La Fortune, PAR F. Pegram.
cet artiste eut un goût de on peut dire génial. Sa vie, malheureusement très courte, ne lui permit pas de produire beaucoup. On lui doit deux bas-reliefs, l'un d'Enée, l'autre d Homère et un groupe de Chiens en laisse (fig. 581).
A la même génération d'artistes appartiennent encore : M. Roscoe Mullins, dont l'œuvre maîtresse est le bronton du Musée Preston ; M. George Simonds, à qui l'on doit la statue de l'Aurore Scandinave, la Déesse Gerd; M. Stirling Lee, qui a sculpté les bas-reliefs de la Halle Saint-George, à Liverpool ; M. Lucchesi, d'origine italienne, auteur de la Destinée et de r I maginalion ; enfin, M. Pome-
l' Envolée de roy, qui a travaillé sous la direction de Dalou, à Lambeth, et à qui l'on doit beaucoup de bonnes statues, dont la meilleure est celle de Burns, a Paisley. M. Pomeroy a fait aussi un très grand nombre de sculptures architectoniques.
Parmi les sculpteurs d'une époque plus récente, M. George Frampton, élevé des écoles de Lambeth et de Paris, tient sans doute la
première place.
Cet artiste, qui commença à exposer en 1 884, devint par la suite un fidèle
FiG.583. — Joseph
Priestley,
par Alfred
Drury.
FiG. 584. — Groupe, par Alfred
Drury.
(Au War Office.)
habitué de l'Académie royale et lui envoya les Enfants de la Louve (Romulus et Rémus rapportés par le berger Faustulus), Mysteriarch, Lamia, Dame AliceOwen (fîg. 580) et d'autres œuvres notables. Autant par ses qualités que par ses défauts, M. Frampton est très personnel.
Aucun de ses contemporains ne l'a
LA SCULPTURE CONTEMPORAINE
égalé dans sa puissance d'inspiration ; d'autre part, il est curieux de constater, dans ses dessins, un défaut d'unité résultant d'un léger manque de relation organique entre les parties. M. Frampton a produit beaucoup de bonnes œuvres décoratives et contribué grandement à développer le goût du public anglais en matière d'art. On peut citer, dans le nombre de ses sculptures : Charles Mitchell, à New^castle ; la statue de Lord Salisbury, à Hatfield ; et la statue de Quintin Hogg, dans Régent Street, où le resserrement du dessin est pleinement en harmonie avec l'exiguïté de
FiG. 585. — Victoire.
PAR Albert Toft.
emplacement. M. J. Goscombe John est encore un autre élève de Lambeth. Comme Bâtes, il commença par sculpter sur bois et n'obtint la médaille d'or de l'Académie royale qu'a un âge relativement avancé. Ce qui surtout
FiG. 586. — Saint
Georges.
PAR H. C. Fehr.
le caractérise est le modelé de ses figures.
Son torse de Morp/jeearnve à la perfection. D'autres bons exemples de son talent sont : un Saint-Jean-[Qaptiste, la statue assise du Duc de Devonshire (fig. 577), à Eastbourne, et YElfe (fig. 579).
Il nous reste encore à citer M. Pegram (fig. 582), M. Alfred Drury (fig. 583 et 584) et M. Albert Toft (fig. 585), qui
Fig. 587. — Base de Candélabre.
PAR Alfred Drury.
FiG 588. — Le Trouveir d'images, par W. R.
COLTON.
ont su profiter d'occasions exceptionnelles pour nous donner la mesure de leur valeur.
M. Drury,en particulier, a dote plusieurs villes d'œuvres importantes.
Les meilleures pouraient être son Groupe duWarOffice(^%.5M) et le Joseph Priesiley (fig. 583), que possède la ville de Leeds.
M. Drury a fait plus, en nous montrant, dans cette même ville, que les objets d'une sévère
Fig. 589. — CiRCÉ,
PAR Bertraai Mac
Kennal.
utilité se prêtent parfaitement à l'emploi du grand art (fîg. 587). Le square de Leeds a, de cet artiste, le meilleur groupe décoratif de toute l'Angleterre. A le constater, les hommes qui sont responsables
de l'aspect actuel de Parlement Square, a Westminster, devraient éprouver quelque confusion. Au milieu du groupe de Leeds, est la statue du Prince Noir (fig. 554), par M. Brock ; huit lampes électriques l'entourent, dont les supports sont des femmes nues, d'un modelé admirable, et cette disposition est heureusement complétée par quatre statues colossales, auxquelles ont travaillé M. Drury et M. H. C. Fehr.
Les meilleures œuvres de M. Toft sont propablement sa Victoire (fig. 585) et son Esprit de contemplation.
Encore plus près de nous, deux hommes d'un talent supérieur sont M. Bertram Mac
Fig. 590. — La Ceinture.
PAR \V. R. CoLTON.
(A la Galerie Tate.)
3oo
FiG. 591. — Icare,
BRONZE PAR AlFRED
Gilbert.
LA SCULPTURE CONTEMPORAINE
Kennal et M. W.
R. Colton. Le premier, né en 1865, est le fils d'un sculpteur écossais qui émigraen Australie.
Il fit son éducation à Londres et la compléta à Pans. A l'âge devingt-quatre ans, il obtint, au concours, de décorer le palais du Gouvernement, à Melbourne. On lui doit, dans le nom-
FiG. 592. — L'Épine, PAR A. G Walker.
bre de ses productions de valeur, deux statues, l'une de Circé (fig. 589), l'autre de T)iane blessée. Cette dernière est à la Galerie Tate, oîi se trouve aussi un groupe du même auteur, la Terre et les Eléments, conçu à la manière de Rodin.
L'éducation de M. Colton s'est faite à Lambeth, à l'Académie royale et à Paris. Celles de ses œuvres qui ont le plus de renom sont le Trouveur d'images (fig. 588), la Ceinture (fig. 590) et le Printemps de la Vie. La Galerie Tate a les deux dernières.
Cette même génération de sculpteurs compte encore : M. A, G. Walker, à qui l'on doit l'Epine (fig. 592), le Sommeil et un beau bas-relief ayant pour titre le Dernier Fléau ; M. J. Wenlock Rollins ; M. Gilbert Bayes ; M. Taubman ; M. Paul Montford et M. Derwent Wood. M. Wood, surtout, s'est fait remarquer par la souplesse de son dessin et la pureté de ses modelages ; un grand avenir lui semble réservé.
Quelque peu en dehors des autres sculpteurs se place un artiste, M. Havard Thomas, qui est l'auteur d'une fort belle statue : r£^5c/ave,
3oi —
Fiu. i>9S. — Porte
d'entrée
DE LA Galerie
écossaise DES Portraits.
PAR BiRNIE RhIND.
CRANDE-BRETACNE ET IRLANDE
et d'une pièce très discutée : le Lycidas.
Le modelage du Lycidas est admirable ; mais cette qualité d'une sculpture estelle suffisante pour la faire accepter comme œuvre d'art et peutelle compenser le manque presque total de dessin organique ?
En d'autres termes, une imitation parfaite des formes extérieures du corps humain est-elle du bon art ?
La réponse à cette question ne peut faire aucun doute.
En Ecosse et en Irlande, la sculpture a été jusqu'ici peu florissante. En Ecosse surtout, elle n'a rien produit qui ne soit faible. Cependant, durant ces vingt dernières années, on a pu constater des progrès sérieux. Parmi les artistes vivants, M. Mac Gillivray et M. Birnie Rhind ont à leur actif quelques bonnes œuvres. Les statues, dues à ce dernier, qui décorent la porte d'entrée de la Galerie nationale écossaise des portraits (fig. 593) sont de ce nombre.
D'une manière générale, la capitale de l'Irlande a été plus heureuse que celle de l'Ecosse. Tandis que les statues qui garnissent Prince's Street sont lamentables, le plus grand nombre de celles de Dublin méritent qu'on les loue. Une exception, toutefois, doit être faite pour un Thomas Moore de plomb, qui est une honte pour les
Fig. 594. — Monument de la Keine \ ictohi.v,
A Winchester, par Alfred Gilbert.
(Vue postérieure.}
LA SCULPTURE CONTEMPORAINE
admirateurs de ce grand homme. L'Irlandais Foley a beaucoup fait pour sa ville, et le Parnell d'Augustin Saint-Gaudens méritera certcunement des éloges. Il y a peu d'années, la capitale de l'Irlande s'est enrichie d'un monument de grande valeur élevé à la mémoire de la Reine Victoria (fig. 596). Son auteur est un jeune Irlandais, M. John Hughes. Le socle triangulaire de ce monument est habilement travaillé. L'ensemble est d'une exécution remarquable et d'une originalité de conception du meilleur goût.
Nous n'avons cite jusqu'ici, dans ce chapitre, que des hommes dont les facultés dépassent notablement celles du plus grand nombre des sculpteurs anglais. Il nous reste a parler d'un dernier artiste, M. Alfred Gilbert, dont le talent, comme celui de Stevens dans une génération précédente, doit être mis à part. M. Gilbert est le fils d'un musicien.
Il fit son éducation à Sputh Kensington, à l'Ecole des Beaux- Arts, à Rome, et dans l'atelier de Sir Edgar Boehm. Celle de ses œuvres qui le fit connaître est un groupe intitulé Mère et Fils.\\à,depu\s,exécuté Icare (fig. 591), qui est une des plus belles conceptions de la sculpture ; des bustes comme ceux de/. S.Clayton, Watts et le Baron t- c c ^, t> a-.^^^o.
j. Fig. 5q5. —Monument de la Reine \ ictoria.
Huadieston ; unesta- ^ Win-chester. par Alfred Gilbert.
tue de la Reine Vie- (Vuedeface.)
FiG. 596. — Monument de la Reine
Victoria, a Dublin.
PAR John Hughes.
toria pour Winchester (fig. 594 et 595) : le Monument commémoratif Je hawcett, a l'abbaye de Westminster ; la statue splendide de Howard a Bedford ; la Fontaine de Shaftesbury ; le Monument du Duc de Clarence, a Windsor, et le retable étrange, mais qui fascine, du grand autel de la cathédrale de Saint- Albans (fig. 565).
Cette liste, quoique longue, n'énumere que les plus importantes des œuvres de M. Gilbert. Il faut y ajouter un grand nombre de statuettes (fig. 597 et 598) et de dessins décoratifs, depuis celui de l'objet d'art qui fut offert, par les officiers de l'armée anglaise, a la Reine Victoria, à 1 occasion de son premier jubilé, jusqu'à de menus objets,
tels que des cachets, dont le plus beau a été fait pour Lady de
Vesci.
M. Gilbert est de tous les sculpteurs anglais contemporains celui
qui possède le cerveau le plus puissant.
Quoique parvenu à l'apogée de son
talent, cet artiste n'accepte jamais de
commande sans y trouver la matière d'un
problème. Sa tête se remplit d'idées
esthétiques ou techniques en pensant à
la composition . qu'il doit fournir, et
il en résulte fréquemment une lenteur
d'exécution qui n'est pas sans lasser la
patience de ses clients. On peut presque dire que pas une sculpture de
M. Gilbert ne traduit sa pensée première. A l'appui de cette assertion, il
nous suffira de citer le buste du Baron
Huddleston. L'artiste eut d'abord l'intention de lui donner l'aspect du bronze et
d'en faire une œuvre qui aurait rappelé le
Fig. 597. — Saint Georges du tombeau du Duc
DE Clarence. a Windsor, PAR Alfred Gilbert.
LA SCULPTU RE CONTEMPORAINE
FiG. 598. — La Tragédie
ET LA Comédie, bronze
PAR Alfred Gilbert.
célèbre buste, en terre cuite colorée, de Colley Cibber (fig. 547). Il y renonça, mais pour revenir à son idée en exécutant les retables, restes inachevés, de Saint- Albans.
L'habileté technique et les ressources de M. Gilbert sont comparables a celles de Cellini. La critique n'a de prise que sur ce qu'on peut appeler son jugement externe. S'il a un espace à remplir, on peut être sûr que M. Gilbert, en y mettant le temps, produira un chef-d'œuvre. Malheureusement, ce chef-d'œuvre ne sera pas toujours celui qui conviendrait.
La Fontaine de Shaftesbury, reproduite en argent, ferait une admirable garniture de table de salle à manger ; elle y serait à sa vraie place. Mais, dans la plaie encore béante
de Piccadilly Circus, sa beauté est comme perdue, et l'emplacement qu'elle devrait occuper demeure à moitié vide.
On pourrait critiquer avec non moins de justesse la tombe du Duc de Clarence, à Windsor. Le sarcophage et la grille, envisagés séparément, sont fort beaux ; mais la grille cache le sarcophage, et le marbre blanc de celui-ci obstrue les découpures exquises de celle-là. Ainsi cette grille qui entoure la tombe du Duc de Clarence est presque aussi fâcheuse que la grille de bronze qui masque la statue de Henri VII, dans la chapelle de Westminster.
La plus grande tragédie de l'art est l'impuissance de celui qui s y consacre à réaliser pleinement ses rêves.
L'artiste est comme l'or pur qui s'use trop vite. Et de même que l'or pur a besoin d'un alliage qui le rende plus apte aux divers usages auxquels on le destine, de même il est nécessaire que l'artiste possède ce sentiment que le mieux est l'ennemi du bien.
Il faut qu'il sache retirer sa main d'un chef-d'œuvre qui pourrait encore être amélioré. En courant après la perfection, la première inspiration s'éteint trop souvent.
II n'est malheureusement pas donné à tout le monde de ressembler à Stevens et d'être, comme lui, un créateur génial et le critique infaillible de soi-même.
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