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CHAPITRE XXI LA SCULPTURE CONTEMPORAINE

IL est difficile de trouver l'origme réelle de tout mouvement dans les Beaux-Arts. Le plus souvent, on se contente de l'hypothèse post hoc propter hoc ; en présence de deux mouvements similaires, on conclut que le plus ancien est à l'origine de l'autre. Encore que cette argumentation mène facilement à l'erreur, ce n'est pas ici le lieu d'en démontrer la fragilité, car elle est absolument vraie pour l'Angleterre. Rien ne semble plus fondé que l'affiliation artistique qui relie la dernière phase de la sculpture anglaise à l'école française de la génération qui nous a précédés. Cependant la sculpture française du milieu du XIX*^ siècle, si elle se montra plus avancée que celle des Iles, ne sut pas se pénétrer aussi complètement qu'il l'aurait fallu de la sincérité de l'art grec.

Le changement qui se produisit, au siècle passé, dans la sculpture, tint aux mêmes causes que le romantisme en littérature. Carpeaux, qui manqua parfois de goût, mais fit toujours preuve de talent, en fut le principal instigateur. Il eut pour élève, ou tout au moins pour disciple, Jules Dalou, que des raisons politiques forcèrent à s'expatrier en Angleterre au lendemain de 1 870, et dont l'enseignement

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à Lambeth fut des plus féconds. Dalou apprit aux.jeunes Anglais qu'une instruction superficielle et une fausse interprétation de la tradition classique étaient les seules causes de l'infériorité de leur art national. Il indiqua à ses élèves l'anatomie comme fondement de leur science et substitua l'étude approfondie de l'organisme à la simple connaissance de la forme apparente du corps humain.

A partir de ce moment, les jeunes gens formés à son école se trouvèrent en bonne

voie pour exprimer leurs idées, quelle qu'en fût la valeur, et leurs œuvres gagnèrent en sincérité.

Le premier artiste de la jeune pléiade, qui dut beaucoup à l'enseignement de Dalou, fut M. Hamo Thornycroft, dont le père et la mère étaient scului l'attention par

FiG. 567. — Le Général Gordon, bronze

PAR H AMD ThORNYCROFT.

(A Trafalgar Square.)

pteurs. Il appela sur deux statues, \ Artémis (fig. 566) et surtout le Teucer (lig. 568), qu'il exposa en 1 88 1 , et qui fît immédiatement sensation.

M. Thornycroft a inauguré le nouveau mouvement de la sculpture britannique par le modelé irréprochable et l'intensité de vie de ses personnages. Son Teucer fut suivi d'une série d'autres sta-

Fig. 566. — Artémis,

PAR Hamo Thornycroft.

(A Eaton Hall,)

Fig. 568. — Telxer, bronze

PAR Hamo Thornycroft.

(A la Galerie Ta te.)

FiG. 569. — Le Faucheur, bronze

PAR HaMO ThORNVCROI- t.

(A la Galerie de Liverpool.)

tues, dont on ne peut dire d'aucune qu'elle

J^ ' soil absolument manquee. Le Gênera/ Goraon

(fig. 567), le Faucheur (fig. 569), YÉvcque Cioodwin a Carlisle, le plâtre d' Edouard F' (fig. 571) resté à l'état de projet, le Crom- Toell que l'on a si mal place a Westminster, le Gladstone, dans le Strand, dont les acolytes vocifèrent peut-être plus qu'il ne faudrait, et XEvèque Creighlon (fig. 570), dans la cathédrale de Saint-Paul, peuvent compter parmi les plus belles.

Un autre artiste de grand talent, aujourd'hui décédé, est E. Onslow Ford, dont l'éducation fut un peu cosmopolite. Celle de ses œuvres qui le fit connaître est une statue de Rowland Hill. Ford produisit ensuite la belle statue d'Irving dans le rôle de Hamlet (fig. 572) ; le Huxley, qui est au Muséum d'Histoire naturelle ; le Monument commémoratif de Shelley, à Oxford ; le Gordon érigé à Woolwich ; le monument élevé à la mémoire

du 'Docteur Jowett, et la statue manquée de LorJ Strathnairn, a Knightsbridge.

L'histoire de cette dernière œuvre est un exemple, qui vaut d'être cité, de l'ingérence fâcheuse des Comités dans le travail des artistes. Le premier projet de Ford était excellent ; le Fig. 571. - EDOUARD i"^, plâtre cheval était campé au bord du PAR Hamo Thornycroft. socle et baissait la tête, tandis

Fig. 570. — L'évêque

Creighton. bronze

PAR Hamo

Thornycroft.

(A la Cathédrale

de SaiiU-Paul.)

LA SCULPTURE CONTEMPORAINE

que le cavalier, vu de face, regardait au loin, comme s'il observait un combat. L'uniforme de Lord Strathnairn était celui de colonel du I ' Life Guards.

Toute la conception se faisait remarquer par son unité de ligne et d'action. Le Comité du monument n'en voulut pas ; il demanda à l'artiste des modifications qui lui firent beaucoup de peine, mais auxquelles il dut se résoudre, et le résultat de ses efforts fut le groupe relativement sans caractère que nous possédons. En pareille matière, la faiblesse de jugement des Comités anglais est

FiG. 572. — Irving

DANS LE RÔLE d'HaMLET, PAR E. OnSLOW FORD.

(A la Galerie Giiidliall.)

étonnante.

Que diraiton d'un patient qui se mêlerait de conseiller son chirurgien ? Et cependant, ce travers, à tout prendre, ne serait pas plus ridicule que celui d'un comité de généraux ou de

FiG. 573. — Monument

DE LA Reine Victoria

A Manchester, bronze et

marbre par E. Onslow Ford.

fonctionnaires civils demandant la modification des 1 1 g n e s d'une statue. Il est regrettable d'avoir à le reconnaître ; mais, en Angleterre, les Comités de monuments ne sont presque jamais intervenus que pour faire preuve de mauvais goût. Beaucoup d'œuvres sont manquées, non par la faute des architectes ou des sculpteurs qui les ont signées, mais par celle de personnes qui n'ont pas su distinguer les

FiG. 574. — Maternité.

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