‹ G. RossiniChapitre 38 sur 38 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Des obstacles qu'il nous était impossible de prévoir nous empêchent de soumettre aux lecteurs du Ménestrel la fin de la présente Notice, sur la vie et les œuvres de Rossini, avec les développements nécessaires que nous avons donnés au reste de ce travail. Cette fin, dont les lignes qui vont suivre ne sont que le sommaire, paraîtra bientôt ailleurs, avec les détails, les discussions et les explications qu'elle réclame.

Retiré à Bologne à dater du mois de novembre 1 836, Rossini vécut en famille, s'occupant d'agriculture et de peinture; malgré la profonde indifiérence qu'il affectait à l'égard de la musique, il accepta le titre de directeur honoraire du Lycée communal de Bologne. Mais, ne se contentant pas de ce titre, il remplit gratuitement les fonctions de directeur réel avec tant de zèle, d'assiduité et une capacité si grande, qu'en peu de temps il fit de ce Lycée la meilleure école musicale de l'Italie.

Il employa une partie de ses loisirs à faire répéter à la jeune Marietta Âlboni, qui étudiait alors le chant à Bologne, les rfljes de contralto de ses opéras, et contribua, pour une bonne part, adonner les derniers perfectionnements au plus beau talent de cantatrice qu'il ait été donné à la nouvelle génération d'applaudir et d'admirer.

A Paris, une reprise de Guillaume Tell fut faite le lundi 17 avril 1837 pour les débuts de M. Gilbert Duprez. Le débutant obtint un énorme succès, et depuis ce moment Guillaume Tell n'a plus quitté le répertoire.

En juillet 1839, Rossini perdit son bien aîaé père, auquel il avait prodigué à son lit de mort les soins les plus tendres et les plus assidus. La douleur qu'il ressentit de ce triste événement lui occasionna une maladie qui mit ses jours en danger.

Après la mort de S. E. Don Varela, M. OUerChatard acquit, des héritiers de ce noble personnage^ le manuscrit du Stabat composé en 1832. L'acquéreur croyant que la possession de ce manuscrit lui conférait la propriété complète de l'œuvre elle-même, c'est-à-dire les droits d'édition et d'exécution, céda ce prétendu droit à M. Aulaguier, éditeur de musique, pour une somme de deux mille francs, par acte du T' septembre 1841. Ayant appris qu'on allait publier le Stabat y dont quatre morceaux a^ient été composés par Tadolini, Rossini donna procuration à M. Troupeoas, par une lettre du 24 septembre 184l> afin qu'il empêchât toute publication et toute exécution de l'œuvre dédiée à don Yarela.

Les tribunaux furent saisis de la cause» et après bien des débats, reconnurent les droits de Rossini sur son œuvre, qu'il compléta en composant lui-même la musique des quatre morceaux faits à l'origine par Tadolini.

Le dimanche 31 octobre 1841, six morceaux du Stabat fuiieat exécutés dans les salons particuliers de M. Herz, par les soins àt M. Troupenas, qui avait acquis la propriété régulière de cfitte œuvre pour la somme de six mille francs.

M. Troupenas céda le droit de faire exécuter le Stabat à Paris pendant trois mois à MM. Escudier frères au prix de huit mille francs. Les acquéreurs de ce droit donnèrent, à leurs risques et périls, le 7 janvier 1842, dans la salle du théâtre des Italiens, un concert où le Stabat fut exécuté pour la première fois, avec un immense succès, par MM. Mario, Tamburini, M™ Julia Grisi et Albertazzi.

Le lendemain, M. Dormoy, directeur du Théâtre-Italien, acquit de MM. Escudier frères, leurs droits d'exécution du Stabat pendant trois mois, au prix de vingt mille francs ; le Stabat^ en quatorze concerts, rapporta plus de cent cinquante mille francs à M. Dormoy.

A la fin de mai 1843, Rossini vint à Paris pour s'y faire traiter d'une maladie des voies urinaires. Il fut opéré de la manière la plus heureuse par M. Civiale, et retourna à Bologne à la fin de septembre de la même année.

En novembre 1 844, M. Troupenas publia trois chœurs religieux de Rossini, intitulés la Fot\ F Espérance et la Charité. Les deux premiers de ces chœurs sont tirés d'une tragédie lyrique d" Œdipe, composée par Rossini lorsqu'il était adolescent, sur des paroles du chevalier Giusti , et exécutée à l'époque par des amateurs dans une réunion particulière. Les paroles françaises de ces deux chœurs sont de MM. Goubaud et H. Lucas. Celles du troisième, qui a été composé en 1844, sont de M""* Louise Colet.

Outre la Foi et F Espérance, on a tiré de Y Œdipe de Rossini un air de basse qui a été publié, en même temps que deux ariettes du même maître, par l'éditeur Troupenas.

Une fanfare pour quatre trompes, composée par Rossini en 1 828, pendant une saison de villégiature à Compiègne, et dédiée par lui à son hôte, H. Schikler, a été aussi publiée. Cette fanfare est devenue populaire.

Le 7 octobre 1845, M*** Rossini Golbrand mourut à Bologne.

Le 9 juin 1846 eut lieu à l'Opéra de Paris l'inauguration de la

Statue de Rossini sculptée par M. Ëtex, et placée dans le vestibub de ce théâtre. Une fête musicale trà3-brillante fut donnée à celte Qccanon.

En 1847, Rossini épousa M"* Olympe Pélîssîer, qui lui avait donné les preuves du dévouement le plus absolu, qui Pavait aidé à soigner son vieux père mourant, et qui Tavait soigné lui-même toutes les fois qu^il avait été malade, et pendant son voyage à Paris en 1 843. «Elle a été, disait-il un jour, la providence du père et du ûls. Aussi ai-je fait tout ce que j'ai pu pour la rendre heureuse.»

Vers la fin de 1847, les mouvements révolutionnaires de rilalie vinrent troubler Rossini dans sa retraite; des gens égarés par un * excès de patriotisme voulurent absolument le contraindre à se mêler de politique. 11 ne le voulut pas. Des manifestations, des cris hostiles, des placards menaçants... Jetons un voile sur ces faits déplorables.

Rossini dut quitter Rologne ; il se rendit à Florence. lii, il fut atteint d'une grave maladie du système nerveux. Il tomba dans un état de maigreur qui épouvantait ses amis. Une hernie, qu'on eut toutes les peines du monde à contenir, se déclara. Les prescriptions intelligentes du docteur Felucoi et les soins infatigables de M"* Rossini conservèrent celte vie si précieuse.

Voyant que le maestro ne se rétablissait pas complètement à Florence, M"' Rossini entreprit, après avoir consulté le docteur Felucci, la tâche très-difficile de le faire revenir à Paris. Elle en vint à bout après bien des efibrts, et grâce à Dieu, l'événement a prouvé qu'elle avait trouvé le véritable remède aux maux de son illustre mari.

Arrivé dans notre capitale en 1855, Rossini ne l'a plus quittée et ne compte plus la quitter.

Les justes hommages, les innombrables témoignages de respect et d'affection dont il fut entouré à son retour à Paris, l'animation^ la gaieté de cette ville unique, rétablirent Rossini, et mamtenant, sauf un catarrhe qui le tourmente à l'entrée des hivers, il est en parfaite santé.

Il s'est fait construire à Passy une délideuse villa o& il passe tous les étés.

Avec la santé, l'entie de composer lui est revenue. Depuis son retour à Paris, il a écrit plus de cinquante morceaux de piano, beaucoup de morceaux de chaiït et une messe à quatre voix avec chœurs et accompagnement d'orgue harmonium et de deux pianos. Cette messe intitulée Petite Messe solennelle^ a été exécutée le 14 mars 1864, chez M. Pillet Will, pour Tinauguration de rhôtel que cet ami de Rossini s'est fait bâtir rue Monccy^ Toutes ces œuvres sont inédites, sauf une romance intitulée P Absence, deux chansons espagnoles, à Grenade, et la Veuve Ândalouse publiées par l'éditeur Léon Escudier, et un SaliUaris à quatre voix seules, inséré dans la Maîtrise, Journal de musique religieuse.

En 1852 Rossini a été nommé commandeur de la Légion d'honneur; fe 13 août 1864, il a été nommé grand officier de cet ordre. Le 20 août de la même année, sa statue a été inaugurée à Pesarô, sa patrie, par une fête qui avait attiré plus de vingt mille personnes dans cette ville. Le même jour, le roi d'Italie Ta nommé commandeur de l'ordre des Sainto-Maurice-et-Lazare. Nous renonçons à donner ici la nomenelature interminable des autres ordres dont il est décoré.

Par le fait de l'immense gloire de l'artiste et du caractère de rhomme, Rossini se trouve aujourd'hui dans une position qui est une véritable royauté intellectuelle : consulté, écouté, admiré, comme jadis Goethe et M. de Humboldt, il s'occupe de tout et de tous avec une activitét une sollicitude, une bonté dont il faut renoncer à donner l'idée.

Parfois, il est un peu fatigué des hommages, des sollicitations, des recommandations, des. présentations et des auditions qui l'assaillent de toutes parts ; mais sa vigoureuse constitution intellectuelle, sa présence d'esprit, son incomparable obligeance lui font bientôt dominer la fatigue.

Un matin, l'humble auteur* de celte notice le trouva d'assez mau-

▼aise humeur. H aTait eu douze lettres de recommandation à écrire, une foule de portraits-cartes à apostiller et à signer, une multitude d'albums à illustrer de quelques mesures de son écriture musicale. En Toyant entrer le visiteur il s'écria :

« Dieu ! que la célébrité est fatigante t les charcutiers sont bien

heureux !

— Que ne preniez-vous leur état? lui dit ea plaisantant le visiteur, qui voulait le dérider. Vous étiez tout porté pour Tapprentissage, lorsque, dans votre enfance, vos parents vous avaient mis en pension chea Tun d'eux à Bdogne.

— Je l'aurais bien voulu, répliqua-t-il, mais je n'ai pas pu ; ce n'est pas de ma (aute* Tu été mal dibioé* »

Et sur ce mot, un double éclat de rire Ct disparaître la mauvaise humeur comme par enchantement.

Nous ne saurions mieux terminer ce récit qu'en faisant des voiux pour que Rosaini orchestre le dernier chef-d'œuvre sorti de sa plume : ta Petite Messe sotermette.

FAR». — Trr. MOftMt IT C*, ROI AMBLOT, 6â.

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