LES C4U8Ë8 DU SILENCE
l,E rLAN BOULEVERSK. — LE LOGEMENT DANS LES COMBLES DU THEATRE- rrALIEN. — BOS* 8IIII n'a jamais Été L*AS80CIÊ DB SEVBRINI. * LA SOUSCRIPnON AUX EMPRUNTS ET LES AfFAIHBS DE BOURSE. * LUBBBRT QUITTB L'OPIrA. — M. viftON BNTBEPRBRBUR DB CK THÉÂTRE. — BOIBBT tB d|ABI«B ET L*ART PU CHANT. — LA RENTE V1AGÈRB ET LSi PROCÈS. — LA CONTENANCE 8T0ÏQUB. — LE DÉPART. — LA RETRAITE ET LE SILENCE. — L*ARRI\ÉB DU ?B!(GEUR DB QUILLAOIIB TBLL.
En rentrant à Paris en novembre 1830, Rossini put s^écrier comme le personnage de la tragédie de Racine : et Que les temps sont changés! d Le roi Charles X, qui avait fait tout ce qu'il fallait pour attacher le compositeur à la France et pour assurer à notre pays la primeur des nouvelles productions de son génie, était en exih Louis-Philippe, nécessairement absorbé par les terribles nécessités de la tâche de tout fondateur de dynastie, ne pouvait^ avec une liste civile relativement exiguë, se montrer aussi généreux que son prédécesseur envers les arts et les artistes, l'eût-il voulu. Là haute administration de TOpéra était passée de la Liste civile au
ministère de rintérieur. Le direcleur de ce \asle Ihé&lre^ Lubbert, qui avait si chaleureusement embrassé la cause du Rossinisroe, allait bientôt céder la place à une entreprise particulière. L'ancienne liste civile était en liquidation, et de tous les arrangements conclus entre elle et Rossini, une seule clause subsistait encore : celle relative à la pension de retraite. Enfin^ le public, agité par les émotions du combat des rues et les ardentes controverses de la politique^ n'avait plus le calme nécessaire pour savourer les nobles impressions artistiques delà pure Beauté. Il lui fallait^ conune toujours après les formidables secousses révolutionnaires, des œuvres excessives, heurtées, violentes, à gros contrastes et à gros effets.
Le plan de Rossini pour la conquête musicale de la France, si bien conçu, si bien conduit, en partie réalisé par le répertoire français du maestro et la réforme des traditions anti-chantantes et anti- vocales du personnel de l'Opéra, ce plan, qui devait achever notre civilisation en ce qui concerne l'art des sons et des rhythmes, était bouleversé de fond en comble par les événements politiques.
En allant s'établir à Bologne après Guillaume Tell j Rossini avait définitivement abandonné son appartement du boulevard Montmartre, n"" 10. A son retour, il n'uvait pas de domicile à Paris; l'hospitalité lui fut offerte par plusieurs personnes; de toutes ces offres, il préféra celle qui lui fut faite par Severini, d'un logement dans les combles de la salle Favart, où était alors le Théâtre- Italien, où est aujourd'hui le théâtre de l'Opéra-Gomique. Les fenêtres de ce logement, auquel on ne peut, vu son excessive élévation, donner raisonnablement le nom de pied^à-terre, sont situées au-dessus, mais beaucoup au-dessus de l'entrée des artistes.
Puisque nous avons nommé Severini, disons ce que nous savons de ses relations avec Rossini. Cela nous met dans la nécesaité^e citer ici un paragraphe de la première édition de la Biographie universelle des Musiciens^ de M. Fétis, paragraphe qui ne figure pa^ dans la seconde édition, mais qui n'y est pas infirmé.
M Rossini, dit M. Fétis, avait continué de résider à Paris ; par
son întluenco, deux de ses amis avaient obtenu le privilège de rOpéra Italien. Ils F avaient admis au partage des bénéfices considérables de cette entreprise^ sous la seule condition de donner quel' ques soins au choix des opéras et des chanteurs et d'assister aux dernières répétitions des ouvrages nouveaux. Depuis cette association, où tout était PEOFiT pocr lui, Rossini s'était retiré dans un misérable logement situé dans les combles du Thé&tre-ltalicn... C'était pour aller le visiter dans ce chenil que rex-empei:pur du Brésil, Don Pedro, montait les degrés d'une sorte d*échelle placée dans une profonde obscurité. »
Nous sommes autorisé par qui de droit à déclarer formellement qu'il n'y a jamais eu d'association entre Rossini et les directeurs du Théâtre-Italien Severini et Robert, et que jamais, par conséquent, Rossini n'a reçu une somme quelconque, fût-ce un centime, pour prix de sa participation au choix des artistes et des œuvres, de ses conseils et de sa présence aux dernières répèlilions. Il a été le bienfaiteur, l'ami de Severini, qu'il a élevé graduellement des humbles fonctions à' avertisseur à la haute position de directeur, mais pas son associé, répétons-le. Si, après une déclaration aussi formelle, il restait encore des incrédules, nous invoquons hautement, pour les guérir de leur incrédulité, le témoignage des héritiers de Robert et de Severini : M. Félix Saint-Réal, à Grenoble, et l'avocat Gheddij^, à Bologne.
Que Rossini, dans la croyance où il était que ses atfaires pouvaient être réglées en très-peu de temps, ait préféré à toute autre rhospitalilé que lui otfrait Severini, dont il était le bienfaiteur et l'ami, et dont l'absolu dévouement lui était assuré en toute occasion, qu'il se soit réfugié au Théâtre-italien, où il était entouré de respect et d'affection, où l'on parlait sa langue maternelle, où ses chefs-d'œuvre étaient le fond du répertoire ; qu'il ait cherché quelques distractions en donnant des soins désintéressés aux affaires de théâtre, qui avaient été l'occupation constante et l'habitude de toute SI vie, cela s'explique de soi-même.
A qui la faute, d'ailleurs, s'il est resté cinq ans el plus dans le logement que M. Fétis appelle un chenil^ sinpn à ceux qui l'ont contraint à se débattre dans les nombreux incidents et les innombrables formalités d'une double procédure judiciaire et administrative ?
M. Fétis n'a pas toujours été bien renseigné au sujet des affaires d'argent de Rossini. Il parle, par exemple, des « affaires excellentes où ses amiS; MM. Rothschild et Aguado l'avaient admis. » Or, MM. Rothschild et Aguado n'ont, en réalité, admis Rossini dans aucune affaire, excellente ou mauvaise; il a sousciît aux emprunts comme tout le monde, en effectuant comme tout le monde les versements appelés, et il a obtenu, comme tout le monde, sa portion de ces emprunts au prorata. 11 n'a été l'objet d'aucune faveur, d'aucune préférence.
Os faits, dont nous sommes en mesure de garantir la parfaite exactitude, réduisent a sa juste valeur l'assertion suivante de deux biographes de Rossini : « 11 avait, disent-ils, un ami puissant qui prenait soin de sa fortune et doublait ses revenus par des spéculations certaines; cet ami, c'était M. Aguado, qui se plaisait à le surprendre journellement en lui annonçant, quand il s'y attendait le moins, la réalisation de bénéfices considérables. «
Encore une fois, cette assertion est dénuée de tout fondement. Rossini a toujours fait ses affaires lui-même, et s'il les a bien faites, il le doit à sa prodigieuse intelligence, qui lui a permis de pénétrer tous les secrets des opérations financières, à sa profonde connaissance des hommes, à son admirable bon sens, à sa prudence rare et à son extrême sagacité.
A Naples, dès qu'à force d'économie il fut parvenu à posséder un petit capital, il fit des opérations de bourse, et les Ht bonnes< Certes, M. Aguado, qu'il ne connaissait pas alors, n'était pour rien dans le succès de ces opérations.
L'auteur de la présente notice a vu en 1833 et 1834 Rossini à Id Bourse de Paris. Il y était aussi assidu que les agents de change ; il donnait des ordres, recevait des réponses, faisait, en un mot, tout
ce que font les gens qui dirigent eui-mèmes leurs affaires.
Ceci dit pour rétablir la vérité, quittons ces matières assurément très-peu musicales, et reprenons le fil de notre narration.
A Lubbert^ qui avait dirigé TOpéra pour le compte de la I.isle civile, succéda M. Véron, qui prit à ses risques et périls l'exploitation de ce vaste théâtre, moyennant une subvention. Cet impre^ mrio monta Robert le Diable^ dont la première représentation eut lieu le lundi 21 novembre 1831. Cet ouvrage, tout le monde le sait, obtint un immense succès. Nous n'avons à Vapprécier ici que dans ses rapports avec la vie de Rossini ; aussi nous bornerons-nous à dire que, par la manière dont les voix y sont traitées, tous les résultats du long et patient travail de Tauteur de Guillaume Tell pour Faire passer les artistes de notre première scène lyrique à Tétat de véritables chanteurs, furent sinon détruits de fbnd en comble, au moins singulièrement diminués et compromis.
Et, ce qui défiait tous les remèdes, c'est que la troupe entière de rOpéra était absorbée par la distribution des rôles de cet ouvrage. On trouve à ce sujet un passage des plus curieux et des plus instructifs dans les lettres de Félix Mendelssohn-Bartholdy ; nous y . renvoyons le lecteur^ ne pouvant, à cause de son étendue , le citer ici.
A i)artir de ce moment, Rossini n'eut plus aucune influence à rOpéra, et ses ouvrages français disparurent presque complètement du répertoire de ce théâtre, ou n'y furent guère représentés qu'avec les suppressions meurtrières et scandaleuses dont nous avons parlé : de Guillaume Tell^ on ne joua plus que le second acte, et de Mdise, que le troisième.
En cette situation, si peu digne d'un tel artiste, que lui restait-il à faire? à régler le plus tôt possible la clause de sa pension de retraite de six mille francs avec la liquidation de l'ancienne Liste civile, et h retourner immédiatement après à Bologne! Il s'y employa de son mieux, mais toute son activité échoua devant les lins de non recevoir, ou, pour mieux dire, de non payer ^ qui lui furent opposées* H* de Schonen, le liquidateur de l'ancienne Liste
civile, lui disait chaque fois qu'il le voyait : a Permeltez-iuoi de presser celte main savante, » et déployait en sa faveur toute la bonne volonté possible : rien n'avançait. M. de Schonen avait cependant reconnu que la pension avait été conslituée par Tancienne liste civile à tilre onéreux; mais la proposition qu'il lit au ministre des Cnances d'en payer les arrérages à Rossini ne fut pas accueillie ; le minisire n'osant pas prendre la responsabilité d'une décision, répondit qu'il y avait lieu d'en référer soit à l'autorité législative, soit à l'aulorité judiciaire.
G^est à ces distractions charmantes que Ton contraignait Tauleur de Guillaume Tell à perdre le temps qu'il aurait pu si bien employer à nous créer des chefs-d'œuvre.
En 1832, Rossini composa un Stabat à Paris, el non en Espagne, comme Tout dit M. Fclis et plusieurs autres biographes. Un personnage influent de Madrid, S. E. Don Varela, désirait ardemment une composition religieuse du maestro y pour la faire exécuter dans une église de celte ville. 4 la demande de M. Âguado, qui fut l'intermédiaire de Don Varela en cette occasion, Rossini se mit au travail. 11 avait écrit six morceaux de son œuvre religieuse, lorsqu'il fut atteint d'un lombago qui lui occasionna de vives et longues souffrances; il dut prier son ami Tadolini, maître de chant au Théâlreltalien, de composer les quatre autres, afm de calmer rimpatience du noble Espagnol, qui réclamait le Stabat promis dans toutes ses lettres à M. Aguado.
L'œuvre ainsi achevée fut dédiée par Rossini à Don Varela, et envoyée à Madrid, avec la condition qu'elle ne sortirait jamais des mains de la personne à qui elle était dédiée. En remercîment de la dédicace, Don Varela fit cadeau d'une très-belle bague de la valeur de cinq ou six mille francs au maestro.
Les catalogues font mention d'une messe de Rossini exécutée en 1832 dans une église des environs de Paris ; cette messe, qui n'a pas été gravée, no peut être qu'un arrangement do certains motifs do ses ojiéras.
183^t se passa pour lui dans ratlenle infinimenl prolongéo du règlement de l'affaire de la pension de retraite.
En 1834^ Rossini, cédant aux instances de son éditeur, M. Trou-' penas, permit la publication, sous le titre de Soirées musicales, do douze morceaux de salon, dont quelques-uns avaient été composés pour des albums ; les autres, en beaucoup plus grand nombre, ont été écrits expressément pour ce recueil .
Dans les ariettes, dans les petits duos qui le composent, la prodigieuse supériorité de Rossini éclate à toutes les mesures, pour ainsi dire. Le répertoire entier de la musique de salon ne présente rien qui puisse approcher de la Gità in Gondola, de la tarentelle Giâ la Luna, de llnviio^ de fOrgia, du chant Milagnero tacendoj de la Regata, de l'adorable Serenata : Mira la bianca luna^ et surtout de la scène à^iMarinari^ où, en quelques pages, on trouve un petit drame complet, couronné par une explosion d'une beauté, d'une verve irrésistibles.
Comme le Stabat^ qui ne parut que sept ans plus tard, les Soirées musicales témoignent d'une transformation nouvelle de la manière de Rossini. L'invention harmonique s'y fait remarquer à chaque instant, mais sans nuire h l'invention mélodique, il est inutile de le dire; et les accompagnements de piano y sont traités avec une si grande connaissance des effets et des ressources de cet instrument, qu'il a sufli de transcrire celui de la tarentelle pour en faire un morceau de piano dont une vogue inépuisable s'est emparée.
Pourquoi faut-il que cette transformation de manière, qui promettait une ample moisson de chefs-d'œuvre d'un genre essentiellement nouveau, ne se soit manifestée que par les Soirées musicales et le Stabat !
Fatigué d'attendre le règlement de sa pension, qui n'arrivait jamais, Rossini eut recours aux tribunaux. Sa cause, soutenue par M" Dupin jeune, fut appelée le 21 mars 1834 au tribunal de première instance de la Seine. M* Dupin jeune établit, par les arrêtés mêmes du ministre de la maison du roi, que la pension avait été
constituée à titre onéreux au profil du compositeur, et malgré les efforts de M'' Gairal^ qui, au nom de la liquidation de Taneienne Liste civile, voulait faire mettre la pension à h charge de l'Opéra» le Iribunali sur les conclusions conformes de M' Charles Nouguier, avoeat du roi, condamna la liquidation de Tancienne Liste oivile à payer à Rossini les arrérages de la pension et à en continuer le payement à l'avenir.
cr Voilà donc, s'écrie la Gazette des Tribunaux du 22 mars 1834, la dette de la France et des amis de l'art acquittée envers Rossini 1 1>
Pas encore acquittée, ô Gazette des Tribunauw! vous le prou* veirei vous-môme plus tard, en insérant dans vos colonnes la suite de cette aimable procédure.
Le 8 avril 1834, survint la loi définitive sur la liquidation de l'aneienne Liste civile. Cette loi mettait à la charge de TÉtat l'acquittement des dettes de la nature de celle dont Rossini réclamait le payement, et attribuait la liquidation au ministre des finances.
Le 23 mai 1834, M. de Schonen, toujours en demandant la permission « de serrer la main savante » du maestro, interjeta appel du jugement de première instance du 21 mars, et le 14 février 183H, la cause fut plaidée devant la première chambre de la Cour royale de Paris, présidée par le premier président Séguier.
A l'appel de la cause, il fut donné lecture d'un arrêté du préfet de la 8eine^ qui ptH^posait le déclinatoire et demandait le renvoi de Tafiaire devant l'autorité administrative, aux termes de l'article i 4 du décret du 11 juin 1806.
M* Dupin jeune, avocat de Rossini, établit qu'il n'y avait tiiême pas lieu d'examiner ce décret d'incompétence, vu que M. de Schonen, dessaisi de la liquidation au profit du ministre des finances, par la loi du 8 avril 1834, n'avait pas qualité pour interjeter appel.
M* Gaudry, avocat de M. de Schonen, argua d'une lettre écrite à ee dernier par le ministre des finances pour soutenir que M. de Schotien avait la qualité voulue pour interjeter cet appel.
M. Berville premier avocat général, fut de l'avis de MTlaHdry.
La Cour^ cependant après une osBes longue délibération^ comi* dérant que les pouvoirs de M. de Schonen ayaient cessé» aux tendes de la loi du 8 airril 1 834, et quO) par conséquent^ il n^avait pas qualité pour interjeter appel pbstériéurement à ladite loi^ qu'en oel étal il n'y avait pas lieu à statuer sur le déclinatoire, déclara l'ap* pel nul, et condamna M. de Schonen aux dépens dudit appel.
Quel délicieux livret à mettre en musique on avait la bonté de fouruir à Rossitii ! Mais patience ! nous ne sommes pas encore au dénoùment.
Le 2 mars 1835^ le préfet de la Seine prit un arrêté qui saisissÉlt le Conseil d'État de la cause.
Le 16 juillet suivant^ le Conseil d'État, par une ordonnancé réttdtte sur les conclusions conformes de M. Boulay de la Meurthê» donfirma l'arrêté du préfet de la Seine du 2 mars, et déclara non avenus le jugement du Tribunal de première instance du 21 mars 1834 et l'arrêt de la Cour royale du 14 février 1835.
On le voit, l'aiTaire était tout entière à recommencer. Le 24 dé« cembre 1835, un avis du comité des finances déclara la réclamation de Rossini recevable, et sur cet avis, le ministre des finances décida que sa pension de retraite lui serait payée désormais ëur les fonds du Trésor, avec rappel des arrérages à partir du !*' juillet 1830. En donnant tous les détails de procédure qui précèdent^ nous aVofis surtout voulu montrer de quelle manière on eh usait dans notre patrie envers un grand artiste, qui n'avait jamais sollicité la fateur d'y être employé.
Pendant les cinq mortelles années que dura cette déplorable affaire, Rossini garda une contenance stoîque. Les aménités d'une aussi fatigante procédure, l'abandon à peu près complet de son répertoire français, la mutilation de ses chefs-d'œuvre, la destruction complète du plan qu'il avait conçu et si bien réalisé, tant que les circonstances le lui avaient permis, pour la conquête musicale de notre belle France, rien ne put arracher une plainte, un mot d'amertume, une protestation à cet homme dont le caractère, pour
ceux qui savent le juger à sa juste et très-grande valeur^ est aussi extraordinaire que le génie.
Une seule fois, Rossini lit connaître sa pensée, et ce fut par un mot spirituel. Le directeur de TOpéra le rencontrant sur le boulevard^ lui dit d*un ton qui voulait être plaisant : « Eh bien ! maestro , vous ne vous plaindrez pas ! on joue ce soir le second acte de Guillaume Tell. »
M Tout entier? » demanda Rossini de Fair le plus calme du monde.
Dans le règlement définitif de l'affaire de la pension viagère, le maestro eut à se louer des bons procédés de M. Thiers. Cette affaire réglée conformément à son droit, rien ne le retenait plus à Paris. Il partit pour Bologne en novembre 1836.
Était-ce uniquement pour poursuivre l'affaire de la rente viagère que Rossini passa cinq mortelles années à Paris? On ne parviendra jamais à nous le faire croire. En séjournant à Londres pendant une seule saison, il aurait gagné, non pas le capital d'une rente viagère de six mille francs, mais celui d'une rente perpétuelle beaucoup plus forte. Qu'il l'avoue ou qu'il ne l'avoue pas, il était resté en France pour voir si quelque occasion favorable lui permettrait de continuer sa glorieuse carrière d'artiste. Mais l'occasion favorable ne se présenta pas, il s'en faut de tout, et l'auteur de Guillaume Tell passa les Alpes pour aller vivre dans la retraite et le silence.
Un an après , son vengeur passa aussi les Alpes, mais pour venir en France, où il fil voir enfin ce que vaut ce Guillaume Tell^ qu'on avait si indignement mutilé.