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JEAN-BAPTISTE DE CHABOT

Ce prélat naquit dans le Poitou le 21 février i740. Il appartenait à la noble famille de Bohan dont celle de Chabot est nne branche. Jean-Baptiste de Chabot fut sacré évêque de Saint-Claude le 2 août 1785. Fidèle à sa conscience et à ses devoirs , l'évêque de Saint-Claude traversa les jours mauvais sans faire la concession la plus légère aux exigences schismatiques, et par suite du concordat de 1801, fut nommé évêque de Mende par le premier consul.

En 1802, le nouvel évêque fut installé dans sa cathédrale. Tout se passa avec calme, et la joie de cette ville épiscopale qui avait été dans le veuvage pendant dix ans fut au comble. Mais les difficultés ne tardèrent pas à se produire. Il fallut s'occuper de l'organisation de ce nouveau diocèse, composé, comme il a été dit, de deux départements. Les embarras étaient surtout graves dans celui de l'Ardèche, où l'ancien

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évêque légitime de Viviers s'était rendu coupable à'mtrusion dans son propre siège par son inique serment h la constitution civile du clergé. Disons tout de suite que ce prélat, Charles Lafont de Savines, répara ses torts d'une manière singulièrement exemplaire durant les dernières années de sa vie , après avoir écrit une lettre admirable de repentir au successeur de Jean-Baptiste de Chabot. Nous n'avons point ici à faire l'histoire d'un autre genre de difficultés de cet épiscopat. Elle est consignée dans les Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique de France durant les premières années de ce siècle. Mais nous croyons intéresser nos lecteurs en transcrivisnt quelques passages du chapitre YI de la Vie de i'abbé Coudrin, écrite par son neveu M. Augustin Coudrin, ancien juge au tribunal de Melun , et publiée en 1846. Nous y lisons que l'évèque de Monde fut dénoncé pour s'être opposé à ce que t évêque intrus de la Lozère reçut les honneurs de la sépulture catholique. L'auteur ne nomme pas Etienne Nogaret dont nous parlons dans le paragraphe i^' de ce même chapitre, et qui mourut en effet en 1804, sans avoir voulu se réconcilier avec l'Eglise. Laissons la parole à M. Augustin Coudrin :

«Ordre fut donné de s'emparer de la personne de » l'évèque intolérant et do celle du grand-vicaire B (l'abbé Coudrin), instigateur, disait-on, d'une me- » sure si dure. L'ordre d'arrestation fut transmis au » préfet pour l'exécuter sans délai , car l'obéissance » la plus souple était devenue la punition d'une liberté

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» sans frein. Le capitaine de gendarmerie, avant » d'être chargé de mettre la main sur l'évêque et sur » son grand-vicaire , eut une connaissance indirecte » de cet ordre émané d'un pouvoir jaloux de sa préé- » minence. C'est à cette circonstance que Monseigneur » de Chabot et M. Coudrin durent l'avantage de res- » ter libres.»

Ce capitaine de gendarmerie de la Lozère dont il est à regretter que l'auteur ne fasse pas connaître le nom était un homme religieux, et l'abbé Coudrin était son directeur. Il profita de cette circonstance pour prévenir le prélat, qui aussitôt prit la poste avec son grand-vicaire pour se rendre à Paris. Vainement la gendarmerie poursuivit les vénérables fugitifs, ils se firent conduire aussitôt chez Chaplal, minisire de l'intérieur. Ce haut fonctionnaire ne pouvait en croire ses yeux en voyant devant lui Tévêque de Mende et son grand-vicaire. «Vous êtes bien heureux, Monsei- » gneur, d'être ici ; car, sans votre présence à Paris, » l'ordre d'arrestation devrait, en cet instaat, rece- » voir son exécution.»

Donnons encore la parole à M. Augustin Coudrin: « Chaptal, alors ministre de l'intérieur, originaire de » la ville de Mende, pouvait être plus accessible qu'un » autre aux préventions de la localité; mais il sut dis- » tinguer l'acte de conscience d'avec l'intolérance » mise en avant pour l'accusation.»

Nous lisons dans le chapitre suivant que le gouvernement voulut obliger l'évêque à se séparer de l'abbé

Coudrin , mais que le prélat aima mieux se démettre de son siège. «Livrer M. Coudrin, continue notre » biographe, eût paru une faiblesse coupable à l'évê- » que de Mende , mais se sacrifier lui-même pour son » troupeau était pour lui une chose toute naturelle... » Sa résistance lui mérita l'estime de Bonaparte lui- » même; sa démission mit sa vertu dans tout son » jour.» Nous n'avons plus que quelques mots à ajouter aux détails qu'on vient de lire. L'abbé Coudrin devint supérieur-général de la congrégation de Picpus à Paris , et Jean-Baptiste de Chabot se retira avec lui dans cette communauté. En 1817, ce prélat fut nommé archevêque d'Auch, siège qui venait d'être rétabli, mais il refusa cette promotion pour cause de santé. En effet, il mourut en 1819 dans sa retraite. Son corps repose dans le cimetière de la maison de Picpus. Depuis sa démission, il était chanoineévêque du chapitre de Saint-Denis.

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