LE CARDINAL DE CANILHAC
Selon l'ordre des temps nous avons h mentionner le cardinal Raymond de Canilhac. Il était issu de la noble famille de ce nom dont le titre féodal est le village de Canilhac, dans le canton de la Canourgue. L'auteur italien Gaélano Moroni, que nous avons déjà eu l'occasion de citer, dit que Raymond était neveu d'un cardinal qu'il nomme Deucio. II fait naître Raymond, d'après quelques auteurs, dans ce qu'il nomme le Gévaudan d'Auxerre ( nel Gévaudan di Auxerre). Cette indication est absurde, car le Gé-
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vaudan et Auxerre n'ont rien de commun. Moroni cite d'autres auteurs qui font naître Raymond an château de la Roche de Canilhac de Nîmes (ne/ castdhi délia Rupe di Nismes) , et il estime ceci plus probable. Néanmoins cette indication n'est encore ni cinire ni précise.
S'il ne nous est pas possible de connaître exactement le berceau de ce prince de l'Église, il demeure toujours certain que le Gévaudan peut se glorifier de l'avoir vu naître. Raymond de Canilhac , Ragamundtis de Canilhaco , fut docteur en droit canon et civil. Moroni dit qu'il fut abbé de Conques , dans le diocèse de Rodez. L'auteur de l'Histoire de Toulouse, M. Du Mège , nous apprend que Raymond fut chanoine régulier et prévôt de Maguelone et qu'il fut sacré archevêque de Toulouse en 1545.
C'est en 1550, le 17 ou 18 décembre, que ce pré^ lat fut créé cardinal du titre de Sainte-Croix en Jérusalem. En 1561 (et non pas en 1551, comme le dit M. Du Mège), il devint cardinal-évêque suburbicaire de Préneste. Raymond intervint aux conclaves qui élurent les papes Innocent YI , Urbain V et Grégoire XI. Sa mort arriva à Avignon le 20 juin 1575. Son corps fut d'abord inhumé dans l'église des Minimes de cette ville et plus tard transporté à Maguelone, où M. Du Mège dit avoir vu , en 1855 , les restes du tombeau qui lui avait été élevé.
Moroni nous apprend que le cardinal de Canilhac avait recueilli onze voix pour la papauté , dans le conclave où fut élu Innocent VI.
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LE CARDINAL BRAGOSE.
Guillaume Bragose naquit dans le diocèse de Mende , mais aucun document ne nous apprend le lieu de son berceau ; il fut d'abord professeur de droit canon dans l'Université de Toulouse et en même temps grand-vicaire de l'archevêque de ce siège. Il devint ensuite évêque de Vabres, et enfin il fut créé cardinal-diacre du titre de Saint-Georges au Voile d'or, par Innocent YI, qui résidait à Avignon. Cette promotion eut lieu le 17 septembre I56I. Quelque temps après il fut Aiit cardinal-prêtre du titre de Saint-Laurent, m Lucina^ et grand pénitencier. II prit part au conclave où Urbain V fut élu et se rencontra avec ce pape, son compatriote, à Vilerbe, en 1565. Le cardinal Bragose mourut à Rome en 1569 et reçut la sépulture dans l'église de son dernier titre, ii laquelle il laissa tous ses biens. On a de lui des Commentaires sur les Décrétâtes.
LE CARDINAL ANGLIC, frère d'URBAIN V.
Anglic de Grimoard naquit à Grisac, près le bourg de Pont-de-Montvert, et entra fort jeune dans l'état monastique. Il était prieur du monastère de Sainl- Pierre-de-Die , en Dauphiné , lorsqu'il fut élu évêque d'Avignon, en 1562. Son frère Urbain V le créa cardinal-prêtre en 1566. Nous lisons dans V Histoire des
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souverains pontifes romains, par le Chevalier Artaud ce qui suit : « en 1566 , Urbain créa deux cardinaux; » le premier fut Gilles de Grimoard , son frère , né » comme lui à Grisac, chanoine régulier de saint » Augustin ; le second fut Guillaume Sudre , noble » français , né dans le diocèse de Tulle , célèbre reli- » gieux de Tordre des Dominicains , puis évêque de » Marseille, et ensuite d'Ostie. » L'auteur donne, comme on voit, le prénom de Gilles à ce cardinal , tandis que nous lui donnons celui d'Anglic. Il est possible qu'il eut ces deux prénoms , mais il est certain que ce frère d'Urbain Y est beaucoup plus connu sous le prénom d'Anglic.
Il est utile de citer encore un passage de THistoire des Papes par le comte de Beaufort : « Les deux der- » niers papes, Clément et Innocent, avaient laissé » l'Eglise d'Avignon sans évêque et la faisaient ad- » ministre^ par de grands vicaires. Urbain V fit cesser » cette irrégularité; il nomma à cet évêché son frère » Anglic Grimaud , prieur de Saint-Pierre-de-Die , » homme de talent et de mœurs éprouvées. » Ici le frère du pape est bien Anglic et non point Gilles , mais le nom de famille est altéré, car ce n^est pas Grimaud, mais bien Grimoard. Au reste, le nom de cardinal Anglic est généralement donné à cet illustre frère d'Urbain V.
D. Martène raconte dans ses Voyages littéraires que ce cardinal , dont il fait mal à propos un neveu d'Urbain V, fit construire dans l'église des Cordeliers
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d'Apt UQ magnifique tombeau de marbre qui^recélait le corps de saint Elzéar, son oncle. Nous aurons occasion de constater cette parenté dans l'article d'Urbain Y. Toute la vie du saint y est représentée, dit notre auteur. Ses reliques avec ses Heures et le petit Jésus de Sainte-Delphine, son épouse, sont dans la sacristie.
Le cardinal Anglic devint évêqu^ d'Albano en 1567, et légat en Italie en 1568. Il avait fondé un collège pour les religieux de saint Ruf, à Montpellier, et ses restes y furent déposés en 1588. On a de ce cardinal des statuts pour le diocèse d'Avignon.
LE CARDINAL RLAVI.
On le nomme fréquemment Rlain et nous croyons que c'est à tort. Moreri l'appelle Pierre de Rocheblave et lui donne pour mère Delphine, baronne de Rocheblave, sœur du pape Urbain V. En ce cas, ce cardinal serait le neveu de ce pontife. On croit que Pierre Blavi naquit au château de la Garde-Guérin, qui est, de nos jours, une ruine assez remarquable du village de ce nom , dans le canton de Villefort. Blavi fut docteur en droit canon et civil. L'antipape Benoit XIII (Pierre de Lune) le créa cardinal diacre du litre de Saint-Ange. Mais bientôt Blavi se détacha du parti de cet antipape, et s'étant rendu à Pise il contribua à l'élection d'Alexandre V, qui le créa car-
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tbinal du lilre des SS. Jean et Paul. On a cependant prétendu qu'il conserva jusqu'à sa mort son premier lilre de Saiat-Ange, qu'il avait reçu en 1596. Il mourut à AvigncMi en 1409. Son corps fut inhumé à Villeneuve-lez-Avignon, entre les deux églises de Saint- André et de Saint-Marlin. Son épitaphe en trente vers latins le représente comme doué des plus excellentes qualités du cœur et de l'esprit. Elle débute par ce« deux vers qui forment un jeu de mots, selon le goût de l'époque :
Hac tegitur petra Petrus cognomine Blavi Gaballitamts. Sis sibij Cliriste, plus.
Nous traduisons littéralement : « Est couvert sous » celte pierre Pierre du surnom de Blavi, gabalilain » (ou Gévaudanois ). Christ soyez pour lui plein de » miséricorde. »
Le huitième distique attribue au cardinal Blavi les plus éminentes vertus :
Priidena et casliis, fmmilisj plus, atque benignus ,
Sobrhis et largus et requiettis erat.
Ces vers ne sont pas d'une poésie régulière, mais on doit savoir qu'au moyen-âge on ne se piquait guère d'observer les règles de la versification latine :
« Blavi fut prudent, chaste, humble, pieux et » bienfaisant. Il fut sobre , libéral et de mœurs pai- » sibles. »
A la suite des cardinaux de Canilhac, Bragose, Anglic de Grimoard et Blavi, nous eussions vivement désiré de pouvoir mentionner Guillaume de Chanac.
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Ce prince de l'Eglise a élé considéré par quelques écrivains gévaudanois comme naiif de Monde ou du moins de ce diocèse. Nous avons démontré en son lieu que celle famille de Chanac est originaire du Limousin. Nous n'avons point à revenir sur cet objet, quoiqu'il nous soit pénible de contredire les assertions de nos honorables compatriotes et de ne pouvoir pas ajouter à nos quatre cardinaux du quatorzième siècle cet éminent prélat. Mais le respect dû à l'histoire nous impose cette élimination.
Nous avons maintenant à présenter, avec une certaine étendue, des détails biographiques sur la plus grande et la plus pure illustration de notre contrée gabalilaine, non seulement dans le quatorzième siècle, mais dans tous les temps. (Voir la note du présent chapitre à la fin du volume.)