LE PAPE URBAIN V
Guillaume de Grimoard naquit à Grisac, village qui fait aujourd'hui partie do la commune et du canton de Poni-de-Montvert , arrondissement de Florac. Son père était le seigneur du lieu et chef d'une des plus anciennes et des plus nobles familles du midi de la France. Sa mère fut Amphélise de Sabran , soeur de saint EIzéar. 11 existe une singulière divergerxe d'opinions sur le lieu de sa naissance. Nous allons textuellement citer un passage de V Histoire des ^ouve-
rains pontifes ramains par le chevalier Artaud de Montor. « II y a des auteurs qui soutiennent que ce » pape n'est pas né à Grisac. Roderic Sanches , his- » torien espagnol , le fait Lombard ; Thomas Walsin- » gham le dit Anglais; Antoine Yeppes veut qu'il soit » né à Toulouse; Bernardin Cori soutient qu'il est né » à Sulmone : Matthieu Villani pense qu'il est né à » Beaucaire; Etienne Baluze déclare que ce pape est » né à Limoges , et il rapporte en faveur de son opi- » nion cinquanle-sept auteurs, et une antique ins- » cription qu'on lit dans le cloître des pères Augustins » à Toulouse. En combinant cette opinion avec beauif coup d'autres, on peut assurer que ce pontife , ori- » ginaire de Limoges, est né à Grisac, diocèse de » Mende, dans le comté de Qévaudan. »
Le chevalier Artaud de Montor ( personnellement connu de l'auteur du présent travail, et qui a beaucoup regretté la perle de ce savant, mort en novembre i849), tout en reconnaissant que Urbain V est né à Grisac, a commis cependant une erreur en disant que la maison de Grimoard était originaire du Limousin. Mais cela est peu important. Pour quiconque est instruit des œuvres pieuses de ce grand pape dans le Gévaudan, il ne peut exister le moindre doute sur la contrée qui vit naître Guillaume de Grimoard. Il est permis de s'étonner pourtant que des hommes érudits, tels que ceux qui sont cités par le Chevalier Artaud , aient pu se livrer h d'aussi étranges divagations sur la contrée où ce pontife illustre vit le jour.
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Quelle est la date de cette naissance ? Il nous est impossible de désigner au juste l'année et le mois, malgré toutes nos recherches. On pense seulement que ce fut vers l'an i509 ou i5i0. Très-jeune encore il commença son noviciat dans le monastère des bénédictins de Chirac, dont la position hors de l'enceinte de cette dernière petite ville , comme c'était l'usage , a fait donner le nom de Monaslier , Monaslerium ^ au village qui se forma autour de ce cloître. Ce n'est donc point h Clairac , dans l'Agénois , comme le dit , par erreur, le Chevalier Artaud , dans son histoire précitée. Après avoir fait sa profession monastique Guillaume enseigna avec beaucowp d'éclat le droit canon à Montpellier, à Toulouse, à Paris et à Avignon. Il remplit les fonctions de vicaire-général au-> près des évéques de Clermont et d'Uzès.
Vers l'an 1555 , Guillaume de Grimoard fut élu abbé de Saint-Germain d'Auxerre, et en 1558 il devint abbé de Saint-Victor de Marseille. Sa haute réputation de science et de piété détermina le pape Innocent VI à l'appeler auprès de lui à Avignon, d'où ce pontife l'envoya à Naples, auprès de la reine Jeanne, pour l'aider à gouverner ce royaume après la mort de Louis de Tarenle , second mari de cette princesse. Or ce décès avait eu lieu le 26 mai 1562. Guillaume allait en même temps remplir les fonctions de nonce auprès des Visconti, qui gouvernaient alors le duché de Milan.
En la même année, le 12 septembre, mourut le
pape Innocent VI. Dès le 22 du même mois, les cardinaux au nombre de vingt enlièrent en conclave pour élire son successeur. Dix-neuf voix se réunirent sur l'un d'entre eux qui en était digne par ses vertus. On croit que c'était le cardinal Hugues Roger, déjà évèque. Mais ce prélat refusa la tiare , malgré les vives sollicitations de ses collègues. Rien ne put vaincre son humilité. Le sacré-colIége procéda à une nouvelle élection. Celui qui eut le plus de voix fut Raymond de Canilhac, dont nous avons déjà parlé. On le nommait le cardinal de Toulouse, parce qu'il occupait ce siège. Ce cardinal recueillit onze suffrages, mais ce nombre ne suffisait pas. On faisait chaque jour des prières dans le conclave pour obtenir un prompt et heureux résultat. Les cardinaux gascons, sujets du roi d'Angleterre qui était duc d'Aquitaine, s'étaient séparés des autres cardinaux et le conclave était ainsi divisé. On résolut enfin de chercher un souverain pontife hors du collège des cardinaux. Ceux-ci jetèrent les yeux sur Guillaume de Grimoard , abbé de Saint-Victor, qui n'était même revêtu que du caractère de la prêtrise et qui était alors en Italie, comme il a-été dit. Guillaume de Grimoard, sur les vives recommandations d'Aigrefeuille , fut élu pape le 28 octobre i3G2. Il paraît cependant que l'élection avait précédé ce jour; car, selon les auteurs de Yllisloire de l'Eglise gallicane, ce fut le 28 octobre que Guillaume, auquel on avait ordonné de se rendre à Avignon, arriva dans cette ville. Le Chevalier Ar-
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taud fixe celte arrivée au 31 octobre. Le nouveau pape avait alors cinquante-trois ans.
Quoi qu'il en soit, Guillaume de Grimoard accepta le suprême pontificat et fut consacré évêque le 6 noveujbre suivant. Le cardinal Aldouin Aubert, évêque suburbicaire d'Ostie, le couronna, mais le nouveau pape refusa la cérémonie ordinaire de la cavalcade , parce qu'il avait horreurdu faste, et d'ailleurs, comme le dit si bien le Chevalier Artaud, « il regardait la » dignité pontificale comme exilée, tant qu'elle rési- » dait à Avignon. » On sait que depuis plus d'un demisiècle, à celte époque, les papes ne résidaient plus à Rome. Avant son élection , Guillaume de Grimoard , en apprenant la mort d'Innocent VI , avait dit que s'il voyait jamais un pape qui songeât sérieusement à retourner à Rome, il serait content de mourir le lendemain.
On lui avait demandé, selon la coutume, quel nom il voulait prendre. Guillaume répondit qu'il adoptait le nom d'Urbain, parce que les quatre papes qui l'a' vaient porté avaient été d'une piété éminente. Il fut donc proclamé sous le nom de Urbain, cinquième du nom. Aussitôt il écrivit à tous les princes catholiques pour leur faire part de son élection et réclamer le secours des prières de tous les évêques et des chefs d'ordres religieux, auxquels il fil également part de son élection. Le roi de France Jean félicita le pontife pcir ses lettres et annonça qu'il allait se mettre en route poui" lui faire sa visite. En effet ce prince fil son
entrée dans Avignon le 20 novembre et eut plusieurs entrevues avec le nouveau pape. De son côté Pierre de Lusignan , roi de Chypre, vint visiter Urbain et se trouva à Avignon avec le roi Jean, qui , après avoir visité la Provence et le Languedoc, y était revenu. Le vendredi saint, 29 mars 1363, le pape ayant fait un discours très-touchant, le roi Jean déclara qu'il était résolu de faire la guerre aux infidèles et reçut la croix des mains du pape. Celte croisade avait été sollicitée par le roi de Chypre, mais bientôt, malgré l'empressement d'un très-grand nombre de personnages distingués qui s'étaient fait enrôler dans cette sainte guerre, plusieurs obstacles vinrent en empêcher l'exécution.
Dans le cours de celte année, le pape eut h prescrire de sévères mesures contre les hérétiques connus sous le nom de Vaudois, qui avaient empoisonné de leurs doctrines plusieurs provinces et notamment le Vivarais. Diverses erreurs furent anathématisées et la vigilance active d'Urbain Y réforma plusieurs abus. Nous ne pouvons avoir l'intention d'écrire ici une vie complète de ce grand pape et nous devons passer rapidement sur les événements de son pontificat, en relatant les plus importants.
Les conciles provinciaux, anciennement assez fréquents, ne s'assemblaient plus depuis un assez grand nombre d'années. Le pape écrivit aux archevêques et évoques pour les engager à reprendre ces salutaires usages. Dans sa lettre à l'archevêque de Reims, U
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finit par l'exhorter à tenir au plus tôt son concile provincial et lui ordonne de rendre compte au Saint- Siège de tout ce qu'on y aura réglé. Les prélats obtempérèrent à ces avis et l'on vit en 1365 les évêques des trois métropoles d'Aix, d'Arles et d'Embrun se réunir , le 14 mai , dans la ville d'Apt , pour y ouvrir un de ces conciles. A la fin du quatorzième siècle, on ne croyait guère qu'il fallût aux évêques une permission de l'autorité temporelle pour régler ce qui concerne la discipline ecclésiastique. Nous devons aussi remarquer l'ordre que le pape donnait aux évêques de lui rendre compte de tout ce qui s'était fait dans ces assemblées ecclésiastiques. On ne peut en effet comprendre l'unité catholique sans ce recours à la suprématie papale, car J.-C. n'a point promis l'infaillibilité à un concile provincial. Elle est assurée uniquement à un concile général présidé par le pape ou par ses légats. Plusieurs autres provinces de France tinrent, à leur tour, leurs conciles particuliers.
Le 5 juin 136o , l'empereur Charles IV vint à Avignon et assista avec la nombreuse cour dont il était accompagné à la messe solennelle célébrée par le pape , le saint jour de la Pentecôte.
En 1566 , après avoir engagé les princes et les évêques à se montrer favorables à la guerre que l'on faisait aux Turcs qui d'ailleurs menaçaient d'envahir une partie de l'Europe, Urbain résolut d'accomplir le dessein qu'il avait formé depuis son couronnement , de partir pour Rome et de faire cesser ainsi le veuvage
de cette grande capitale du monde chrétien. Il eut à vaincre de très-vives oppositions, soit de la part de ses cardinaux qui étaient presque tous Finançais, soit de la part du roi de France, qui voyait avec un grand regret la cour pontificale s'éloigner de ses Etals. Un célèbre docteur de Paris fut envoyé même à Avignon pour détourner le pape de ce projet. C'était Nicolas Oresme. Dans un discours où il étalait l'éloquence de mauvais goût de ce siècle , l'envoyé de Charles V soutenait que la France a toujours été, même du temps des druides, le pays le plus pieux de l'Univers; qu'on y possède toutes les reliques de la Passion de Notre Seigneur; que la France est la contrée la plus savante du monde; que les papes y ont constamment trouvé des défenseurs pleins de zèle, etc; qu'enfin elle est le milieu de l'Europe et la patrie du pape. D'autre part, le célèbre Pétrarque avait déjà conjuré le pape, par plusieurs lettres, de transférer son séjour à Rome, et certainement les raisons qu'il alléguait étaient beaucoup plus convainquantes que celles du docteur de Paris. Malgré la résistance très-énergique des cardinaux et surtout de Bragose, qui était son compatriote, ainsi qu'on l'a vu , Urbain V fixa le temps pascal de l'année 1567 pour effectuer son voyage. Il donna des ordres pour faire réparer les palais de Rome qui, depuis long-temps inhabités, tombaient en ruine. Mais auparavant il s'occupa de la réforme de la célèbre université de Paris et dressa pour cela un règlement des plus sages.
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Le 7 janvier d567, le pape, accompagné de douze cardinaux, partit d'Avignon pour Montpellier, afin de visiter le monastère qu'il y faisait bàiir sous le titre de Saint-Benoit et de Saint-Germain. L'église de ce monastère est aujourd'hui la cathédrale de cette ville, sous l'invocation de saint Pierre. Urbain fut reçu magnifiquement par les magistrats et le duc d'Anjou , qui l'accompagna h pied jusqu'à l'hôtel-de-ville , qu'on lui assigna pour logement. Il y séjourna deux mois au milieu d'un grand concours d'évêques et de seigneurs accourus de toutes parts. Après avoir consacré l'autel de l'église qu'il avait édifiée, le pape reprit le chemin d'Avignon pour se préparer prochainement au voyage de Rome. Le 50 avril , il partit pour Marseille suivi de tous ses cardinaux , à l'exception de quatre , parmi lesquels était Raymond de Canilhac. Ils aimaient trop la France pour vouloir aller se fixer en Italie. Les autres, il est vrai , suivaient le pape, mais se considéraient comme des hommes envoyés en exil. Urbain revit avec un plaisir infini sa chère abbaye de Saint-Victor, dont il avait restauré les bâtiments et dont il avait agrandi la juridiction.
Enfin, le 19 mai, le pape monta sur une galère de Venise que suivaient vingt-trois autres galères et un grand nombre de bàtimenis de toute espèce fournis par la reine de Sicile , par les Génois et les Pisans. Le 9 juin, il arriva h Viterbe, oiiii séjourna quatre mois, enfin il entra dans Rome le d6 octobre, au milieu des joyeuses acclamations du peuple. La veille de Tous-
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saint il célébra la messe sur l'autel de Saint-Pierre, où , depuis Boniface VIII , le saint sacrifice n'avait pas été offert. Pétrarque était enfin arrivé au comble de ses vœux les plus ardents et il en exprimait au pape en termes éloquents toute sa gratitude.
Urbain s'occupa de réparer les édifices religieux, qui depuis long-temps avaient été négligés. Les têtes vénérées des apôtres saint Pierre et saint Paul étaient restées comme oubliées sous le maître-autel de Saint- Jean-de-Latran. 11 les en fit extraire pour les placer dans de magnifiques reliquaires du prix de trente mille florins d'or. Ce sont deux bustes d'argent du poids de douze cents marcs, enrichis de très-précieux ornements, et surtout de deux fleurs de lis de pierreries données par le roi de France Charles V. Ce fut pour la première fois qu'on vit le buste de saint Pierre chargé de trois couronnes et l'on croit que depuis Urbain V la tiare a été ainsi ornée d'un triple diadème. Les deux reliquaires sont placés sur une sorte de pyramide qui surmonte Fautel papal de Saint-Jean-de-Lalran .
En 1569 , Urbain V procéda à la canonisation d'Elzéar, comte de Sabran, que les peuples révéraient déjà comme un saint , à cause des nombreux miracles opérés par son intercession. On sait que la mère de ce pape était une sœur du comte de Sabran. On dit même que saint EIzéar se trouvant à Grisac, lorsque sa sœur accoucha de l'enfant qui devait porter la tiare, comme ce nouveau-né était venu au
monde dans un état d'horrible difformité, son oncle obtint de Dieu l'insigne faveur de réformer celle monstruosité et prédit même que ce jeune enfant serait un jour le premier des chrétiens. L'auteur qui raconte ce prodige est anonyme et il est le seul qui offre ce récit.
Nous arrivons à l'an d570. Le pape eut la satisfaction d'apprendre que les Grecs manifestaient l'heureuse intention de reconnaître la suprématie romaine. Le 21 octobre de l'année précédente, le pape, revêtu de ses habits pontificaux, avait reçu l'empereur Paléologue, qui s'était prosterné à ses pieds, et puis tous deux étaient entrés dans l'église, où Urbain V avait entonné le Te Deum. Mais, hélas ! ces démonstrations ne furent point suivies du succès qu'on devait en attendre, malgré la conversion de quelques hauts personnages Moldaves, Albanais, Russes et Géorgiens.
Nous avons vu que les cardinaux s'étaient montrés fort mécontents du séjour du pape h Rome. De nouvelles instances furent faites au poniife pour reprendre le chemin d'Avignon. On lui représenta que sa présence dans cette ville pourrait mettre un terme à la guerre qui avait lieu entre les Français et les Anglais. Le pape ne crut pas devoir se refuser à des excitations qui se couvraient du voile du bien public. Vers la fin de mai , il annonça son intention de repasser les Alpes. La célèbre sainte Brigitte de Suède, qui était alors à Rome , chargea son confesseur Alphonse , ancien évêque de Jaën , en Espagne , de dé-
clarer à Urbain V que, s'il quittait Rome, il mourrait peu de temps après son arrivée h Avignon. Elle assurait que la Sainte-Vierge lui avait fait cette révélation. Elle voulut en faire elle-même part au pontife. Urbain avait pris son parti, rien ne put l'arrêter. Les larmes des Romains ne purent le toucher davantage, et il répondit que son retour à Avignon lui était imposé par le désir de rétablir la paix et de servir ainsi les intérêts de l'Eglise universelle,
Urbain s'embarqua à Corneto le 5 septembre. li arriva à Marseille le 16 et à Avignon le 24. Dès les premiers jours de son arrivée , il s'occupa de provoquer un traité de paix entre le roi de France et Edouard , roi d'Angleterre, et prit des mesures pour s'aboucher avec ces princes. Mais bientôt il fut frappé d'une maladie mortelle et comprit qu'il ne devait plus songer qu'à sa dernière heure. Il reçut les derniers sacrements avec une foi vive et protesta qu'il n'avait jamais eu l'intention de rien faire qui fut opposé à la pureté du dogme catholique. On dit qu'avant sft mort il se fit porter devant un autel de saint Pierre, et que là, en présence de Dieu et des hommes, il déclara que la faute d'avoir quitté Rome ne retomberait pas sur lui, mais sur ceux qui en avaient concerté le dessein. Un peu avant le dernier soupir, on le vit couché sur un lit très-pauvre, tenant un crucifix en main et refusant, par un motif de parfaite modestie, de se laisser dépouiller de ses vêlements. Le saint pape rendit son àme à Dieu le 19 décembre
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1570, dans la neuvième année de son pontifical. Ses restes furent déposés dans la cathédrale d'Avignon et transférés dix-sept mois après dans l'église abbatiale de Saint-Victor de Marseille. Grégoire XI , son successeur, ordonna à dix cardinaux de se rendre dans cette dernière ville pour accompagner le corps du pontife et assister à la cérémonie de ses obsèques.
Nous avons rapporté dans les chapitres précédents les nombreux bienfaits dont ce pape combla son pays natal en y construisant des églises , en y érigeant des collégiales, en dotant la cathédrale de Monde de précieux dons.
Maintenant nous allons placer ici plusieurs passages extraits d'un ouvrage qui vient de paraître (en novembre i 852) sous le titre de : Histoire de lapapauié pendant le XIV^ siècle, par M. l'abbé J.-B. Christophe , curé dans le diocèse de Lyon. Après avoir , dans son tome ii , fidèlement narré l'histoire du pontificat de notre saint pape, l'auteur termine ainsi :
« L'amour que l'on portait à Urbain V se révéla h » sa mort par une explosion universelle de douleur, » de même que pendant sa vie il s'était manifesté » par un élan général d'enthousiasme. A Bologne, » la consternation fut extrême. La noblesse prit le » deuil, les affaires restèrent suspendues pendant » huit jours comme dans les grandes calamités , et )> l'on y célébra, le 5 janvier, pour le repos de l'âme. » du bon pape, un service qui fut presque un événe- » ment; car les princes, les seigneurs voisins et plu-
» sieurs villes s'y firent représentei'. Urbain V élail » digne de provoquer ce témoignage public de Tes- » time et de l'affection des peuples. On a écrit de lui » que, pendant le cours de son administration , il ne » fil jamais aucun mécontent. Cet éloge, que n'a » point démenti la postérité, si rigoureuse envers » les souverains, vaut à lui seul tout un panégyrique » et nous donne la mesure de l'homme. Notre pon- » tife connut, en effet, un grand secret ignoré de la » plupart des princes , celui de régner pour les peu- » pies et non pour soi. La justice fut constamment » la règle de ses actions, il la recommandait aux » cardinaux, il la recommandait aux rois, et en pu- » nissail sévèrement les violateurs. Accessible à tous, » affable pour tous, il Tétait principalement pour les » pauvres. Il partageait avec eux les mets de sa table, » s'inquiétait de leurs besoins, de leurs maladies, » faisait rechercher avec soin ceux que la honte de » paraître nécessiteux retenait captifs dans leurs » maisons , pensionnait les veuves , servait de père p aux orphelins, dotait, selon leur condition, les » filles nubiles, afin que leur vertu pût trouver une » sauvegarde dans le mariage.
» Urbain ne possédait pas seulement les qualités » qui font les bons princes, il pratiquait encore les » vertus qui font les saints. Chaque jour, après avoir » dévotement confessé ses péchés, il célébrait le sa- » crifice de la messe ou y assistait. Sa ferveur dans la » prière allait quelquefois jusqu'à lui faire verser
d'abondantes larmes. Sa manière de vivre était celle du religieux le plus austère ; il n'y admettait aucune satisfaction pour la nature; son repas était frugal et assaisonné d'une pieuse lecture; il jeûnait le carême et Tavent tout entier; le mercredi , le vendredi et le samedi de chaque semaine il ne prenait que du pain et de l'eau. Nous ne parlerons point de ses secrètes macérations qu'il savait ajouter h ce régime sévère. L'or et Targeni, disait-il , ne sont que de la terre souillée ! Aussi n'en voyait-on point dans ses appartements. Tout y respirait la simplicité : sa chambre ressemblait plutôt à la cellule d'un pauvre moine qu'à la chambre du chef suprême de l'Eglise. Le népotisme lui était en horreur. JNous avons vu qu'il n'éleva aux dignités de l'Eglise que deux membres de sa famille dont le mérite personnel était incontestable. Les autres durent se contenter de simples bénéfices ou de quelque emploi dans la cour romaine. Quant aux laïques, aucun ne lui dut sa fortune. Il s'opposa même à ce que son père acceptât une pension de 600 livres que le roi de France lui offrait en considération du pape, et il voulut que son neveu, auquel l'héritage paternel revenait tout entier, choisît une compagne dans un rang inférieur au sien. Sa sainteté éclata après sa mort par des miracles si nombreux que le roi de France , le roi de Danemarck , la reine de Naples, les évêques de Languedoc et de Provence sollicitèrent sa canonisation. Enelfel, Clé-
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» ment VU commença des procédures; des informa- » lions furent recueillies. Mais le malheur des temps » empêcha l'Eglise de terminer cette affaire. Depuis » elle n'a plus été reprise. Urbain V a laissé quelques » opuscules en vers et en prose et un volume de let- » 1res dont le manuscrit est conservé au Vatican. »
( Voir la note de ce chapitre , à la suite de celle relative au cardinal Blavi , à la fin du volume. )
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