‹ Gabalum ChristianumChapitre 119 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

]\ote sur le Chapilre III.

En ne faisant remonter qu'au milieu du troisième siècle l'établissement du siège épiscopal du Gévaudan, nous suivons la tradition qui nous est léguée par Grégoire de Tours, ce père de l'histoire ecclésiastique de France. Or, on sait que la chronique de cet historien place sous l'empire de Dèce la mission de saint Gatien ou Gratien à Tours, de saint Trophime à Arles, de saint Paul à Narbonne, de saint Saturnin à Toulouse, de saint Denys à Paris, de saint Aus- Iremoine à Clermont, de saint Martial à Limoges. Dèce, DeciuSj parvint à l'empire en 249.

On a cherché, surtout en ces derniers temps, à reculer cette mission jusqu'à l'empire de Claude, c'est-à-dire jusqu'au premier siècle de l'ère chrétienne, et l'on a prétendu que ces fondateurs des susdites Eglises avaient été envoyés dans les Gaules par l'apôtre saint Pierre lui-même, ou du moins par saint Clément, qui fut élu pape vers l'an 90 de J.-C. Un savant prelre de la société de saint Sulpice , qui a publié récemment un ouvrage très-remarquable sur l'apostolat de saint Lazare à Marseille , ainsi que sur sainte Marie 31adcleine, sainte Marthe, etc., soutient avec beaucoup de talent ce dernier sentiment. Après avoir présenté plusieurs arguments en faveur de sa thèse, l'auteur cite un manuscrit qui a appartenu jadis à l'Eglise d'Arles et qui est maintenant déposé sous le numéro 5557 à la bibliothèque nationale. Ce monument est du onzième siècle. On y lit, contrairement au célèbre passage de Grégoire de Tours, que l'apôtre saint Pierre envoya dans les Gaules, sous l'em-

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pire (le Claude, plusieurs missionnaires pour y prêcher la foi, et on y nomme Trophime, Paul, Martial, Austremoine, Gratien, Saturnin et Valère. S'il faut préférer ce témoignage à celui (le Grégoire de Tours et s'il est vrai (jue saint Sévérien et saint Privât ont été les disciples de saint Martial et de saint Austremoine, il faudra croire que le siège épiscopal de Mende date du premier siècle de l'ère chrétienne et qu'il y a eu dès ce temps-là des disciples de J.-C. dans le Gévaudan.

Pour nous borner en ce moment aux difficultés qui naissent de l'adoption de ce sentiment, nous demandons comment on pourra concilier le martyre de saint Privât avec cette date. L'histoire, comme on l'a vu, ne parle que d'une invasion des peuples Alamanni sous la conduite de Crocus, vers le milieu du troisième siècle. Quelques auteurs même placent cette inv^asion, et par conséquent le martyre de saint Privât, au commencement du cinquième siècle, ainsi que nous l'avons exposé. Il faudrait, en ce cas, regarder comme un récit mensonger le martyre de ce saint évêque du Gabalum mis à mort par les soldats de Crocus.

Ce n'est pas tout. Si saint Privât a été évêque du Gévaudan au premier siècle de l'ère chrétienne, il faudra admettre une longue interruption dans le catalogue de nos évoques jusqu'à saint Firmin, qui n'apparaît que vers la fin du troisième siècle ou même au commencement du quatrième. Nous convenons que les noms des successeurs de saint Privât jusqu'à saint Firmin ont pu se perdre, soit parce que les 'annales de cette Eglise ont été négligées dans ces temps reculés", soit pour toute autre raison. Mais comment expliquer qu'un très-grand nombre d'autres sièges épiscopaux de France qui , selon le manuscrit précité , auraient été fondés dans le premier siècle, se trouvent absolument dans le même cas que notre siège gabalilain ? Les sept principaux sièges mentionnés par Grégoire de Tours, et qu'il faudrait reculer jusqu'au premier siècle, sont dans la même pénurie de noms des successeurs jusqu'au milieu du troi-

sième siècle. Ce sont les sièges de Tours, Arles, Narbonne, Toulouse, Paris, Glermont et Limoges. Là, du moins, et infiniment mieux que dans notre Eglise du Gëvaadan , on devrait avoir conservé les noms des successeurs immédiats de saint Gatien, de saint Tropbime, de saint Paul, de saint Saturnin, de saint Deuys, de saint Austremoine et de saint Marlial. Or, les catalogues épiscopaux de ces Eglises commencent au troisième siècle, de même que la succession des évéqucs de Mende. Il en est ainsi dans cinquante autres sièges épiscopaux de la France. Comment encore une fois expliquer tant de lacunes?

On sait, par exemple, que Lyon eut pour premier évêque saint Pothin , dans la première moitié du deuxième siècle, c'est-à-dire plus de cent ans avant saint Privât. Cette illustre Eglise connaît saint Irénée, successeur de saint Pothin, saint Zacharie qui succéda à saint Irenée, saint Helius ou Hély qui vient après saint Zacharie, Faustin qui succéda à saint Hély et qui vivait à l'époque où saint Sévérien et saint Privât évangélisaient le Gévaudan. Si les nombreuses Eglises qui, selon les contradicteurs de Grégoire de Tours, ont été érigées durant le premier siècle de notre ère ne peuvent (pas même une seule) nous offrir une suite d'évéques successeurs du premier, n'est-il pas logique de conclure que cette prétention à l'antiquité apostolique n'est nullement fondée? Pourquoi, d'autre part, accorderait-on une plus grande confiance au manuscrit du onzième siècle qu'au témoignage positif de Grégoire de Tours qui vivait dans le sixième siècle ?

Pour nous restreindre à notre objet spécial, il est utile de citer une contradiction que nous trouvons dans un auteur assurément très-estiraable , mais qui, tout en rejetant le document historique de Grégoire de Tours et en représentant saint Austremoine comme envoyé à Glermont par l'apôtre saint Pierre lui-même, se condamne par ses propres paroles. C'est le célèbre André du Saussay, évoque de Toul, dont nous avons un martyrologe gallican très-cstimé en deux

vol. in-folio. Cet écrivain (décédé en 1675) fait mourir saint Austremoine avec les saints Autolian , Lamine , Victorin , Maxime , à lépoque où Crocus s'empara de la ville de Clermonl. Selon ce calcul , saint Austremoine aurait été évêquc de Clermont pendant deux cent vingt ans !!

Pour ce qui regarde saint Martial , évêque de Limoges , nous émettons Tavis qu'il envoya saint Sévérien dans le Gévaudan. Quelques auteurs lui attribuent la mission de saint Privât dans la môme contrée. S'il était possible d'adopter la légende qui fait de saint Martial un des propres disciples contemporains de J.-C, et voit dans lui le jeune garçon qui fournit les cinq pains d'orge pour la multiplication des pains racontée dans l'évangile, la fondation de notre siège gabalitain remonterait très-baut, comme on voit. Or, une saine critique ne peut accepter une tradition de ce genre. On a objecté en sa faveur que le pape Jean XXII ordonna de placer saint Martial au rang des apôtres et des disciples ; cela ne saurait être une raison sérieuse. On donne bien le nom d'apôtres d'une contrée à ceux qui y ont apporté la lumière de l'Evangile. Saint François-Xavier est pour cette raison qualifié d'apôtre des Judes. On s'est aussi appuyé sur deux épi très de saint 3Iartial dans lesquelles il se dit contemporain du divin Sauveur. Le cardinal Bellarmin considère, après mûr examen, ces lettres comme apocryphes et en donne des raisons pcremptoires.

Il résulte de ce qui vient d'être exposé que saint Martial et saint Austremoine n'ayant fondé les Eglises de Limoges et de Clermont qu'au milieu du troisième siècle, leurs disciples saint Sévérien et saint Privât n'ont pu fonder que vers ce même temps l'Eglise de Mende.

Maintenant en ce qui touche la fixation du siège épiscopal du Gévaudan dans cette dernière ville, du moins immédiatement après saint Privât, nous nous complaisons à transcrire ici les observations si judicieuses de la Gallia cliristiana qui ont toutes nos sympathies :

Verisimile tamen est Mimalum vicuni post sancti Pri-

vati marlyrium j pace Ecclesiœ reddila^ frequentia factum esse celehrenij hocque loco episcopum et clericos sedem fixisse. Nec ohstat quod hi prœsules dicti sinl nihilominus Gabalitani ; non enim isti ità dicti sunt à vico Javoulsj sed à totà gente Gabalorum cui prœerantjqueui' admodùm diii dicti sunt Arverni episcopi qui apud clarum montem sedehantj non claromontenses...

« 11 est pourtant vraisemblable que le hameau de Mimatum (Mende) devint célèbre, après le martyre de saint Privât et quand la paix fut rendue à l'Eglise à cause des peuples qui venaient honorer ce tombeau, et que l'évêque avec son clergé fixa en ce lieu sa demeure. Rien n'em- I) pêche que ces prélats aient pris la qualité d'évèques gabalitains, car ils n'ont pas pris ce titre à cause de Ja- ) voulx, mais ils l'ont tiré de toute la contrée des Gabales dont ils étaient les pasteurs. C'est ainsi qu'on a donné le titre d'évèques d'Auvergne aux prélats qui siégeaient à Clermont, au lieu de les qualifier évoques de cette ville.»

l\ote sur le Chapitre Vil.

Durant le cours de l'impression de noire ouvrage, nous avons reçu communication de Tacte de fondation de l'église de Langogne. 11 est vrai que cet acte se lit dans la note XV du deuxième tome de ï Histoire du Gévaudan , par l'abbé Prouzet. Mais la copie que nous avons sous les yeux est plus ample et contient un plus grand nombre de documents. Nous ne voulons cependant qu'en traduire le début qui est empreint des sentiments de la foi la plus vive et en même temps d'une naïve simplicité qui est le cachet de l'époque.

« Que la sainteté, la charité et l'humilité des hommes » justes aient pour entendu que moi, Eliennc, vicomte d'o- » rigine assez noble, satis nohilem, ai joui d'une longue

» vie et que mon épouse Agelmode (ou Angelmode) a vécu » dans des sentiments d'humilité. Sans doute à cause de nos » péchés et par un effet de la justice divine, nous n'avons » pas eu d'enfant mâle, ce qui nous a causé une grande » affliction. Pendant que plongé dans le chagrin je dormais, » j'ai eu une vision durant laquelle il m'a été ordonné de » construire en l'honneur des SS. Gervais et Protais une » église, dans le territoire de Milat (lyi territorio Milatensi). » Après mon réveil et celui de mon épouse, ma compagne » m'a révélé qu'elle avait eu une vision pareille à la mienne. » A la suite de cela nous nous sommes disposés à partir » pour Rome. Nous y sommes arrivés le 6 septembre, et » sous la protection de N.-S. J.-C. nous nous sommes ren- » dus à l'autel de saint Pierre devant lequel nous avons » prié et veillé. Vers minuit, au milieu du mois d'octobre, » pendant que nous étions endormis, la même vision s'est » renouvelée pour chacun de nous deux. Dès le matin, » nous avons fait notre visite au Souverain-Pontife et lui » avons rendu compte de nos deux visions. Alors le Sou- » verain-Pontife, élevant les yeux au ciel et joignant les » mains, a béni le Seigneur qui sauve ceux qui espèrent en » lui , et ayant assemblé les principaux personnages de la » ville de Rome , il leur a raconté les merveilles dont le Sei- » gneur nous avait gratifiés dans notre sommeil. Tous aus- » sitôt d'une voix unanime et poussant de grands cris ont » béni le Seigneur. Le Pontife, en leur présence, nous a en- ») joint, au nom de la sainte pénitence, de partir pour le » pays que le Seigneur nous avait indiqué dans nos songes » et d'y bâtir une église en l'honneur des SS. martyrs, et » nous a dit : si après l'édification de ce temple vous jouissez » encore de la vie, revenez pour me voir. Puis il nous a » donné sa bénédiction. Pleins de joie, nous sommes revenus » et avons fait bâtir l'église conformément aux ordres de » Dieu et à ceux du Souverain-Pontife. Nous avons donné » à celle église assez de nos biens pour suffire à l'entretien » de douze chapelains et d'autres clercs, ainsi que des per-

^OTES. O/.')

» sonnes nécessaires au service de cette église, afin que tous » puissent y être honnêtement sustentés. Nous sommes re- » tournés à Rome et nous avons visité notre vénéré seigneur » le Souverain-Pontife, qui nous a ordonné de faire offrande » et donation de cette église sur le très-saint corps du bien- » heureux Pierre. Nous l'avons fait et avons promis avec » serment pour nous et les nôtres de défendre cette fondan tion, selon notre pouvoir. Le Souverain-Pontife a pro- » mis à son tour à Dieu et à nous de ne jamais aliéner de » l'Eglise romaine le sanctuaire par nous édifié. »

La suite de cette charte nous fait connaître que le pape donna aux deux époux une parcelle du bois de la vraie croix et des reliques des deux saints Gervais et Protais, en même temps qu'un privilège écrit sur parchemin avec du jonc marin, in junco marino scriptum in pergameno. Ce privilège consiste surtout en une exemption de toute autre espèce de juridiction que celle du pape. Vient ensuite l'acte de donation en faveur du nouvel établissement monastique, avec renonciation des terres et domaines qui lui sont affectés. Enfin, le tout est terminé par la confirmation solennelle des actes ci-dessus par Pierre, roi d'Aragon, comte de Barcelonne et seigneur de Montpellier, duquel le Gévaudan relevait à cette époque.

La fondation faite par Etienne et son épouse Agelmode eut lieu sous le pontificat de Silvestre, deuxième du nom qui occupa la chaire de Saint-Pierre depuis le 2 avril 999 jusqu'au 12 mai 1005. Ce pape était le célèbre Gerbert né à Aurillac, qui lui a récemment élevé une statue. L'évê vêque de Mende était Matafred, Matafridus. La confirma tion octroyée par Pierre d'Aragon est de Tan 1205.

Ce qui vient d'être exposé suffit pour démontrer que le monastère de Langogne, en l'honneur des SS. marhrs Gervais et Prolais, a été fondé sous les plus nobles auspices. Quatre visions surnaturelles, un grand et illustre pape, un riche et pieux seigneur du Gévaudan, un roi dont la puissance s'étendait sur les contrées sises en delà et en deçà

des Pyrénées , une affiliation à l'Eglise romaine , une exemption qui, au spirituel, soumettait exclusivement ce monastère au pape, tout concourt à entourer la fondation religieuse de Langogne d'un lustre qui lui est particulier.

La charte qui nous a fourni tout ce qu'on vient de lire, et qui mérite d'être conservée avec le plus grand soin dans les archives de la paroisse de Langogne, n'est, il est vrai, qu'une copie du titre primitif; mais celte copie, écrite il y a a deux siècles environ, est évidemment conforme à l'original.

La communication de ce document plein d'intérêt est due à l'obligeance de de M. l'abbé Bazalgette, curé récemment installé de la paroisse de Langogne.

Note sur le Chapitre IX.

En faisant connaître les divers noms latins sous lesquels est désignée la ville de Maruéjols, nous n'avons point mentionné une dénomination singulière qui n'a aucun rapport fivec le nom actuel. Nous lisons dans la géographie de Hubuer que cette localité a été anciennement appelée Salsusœ. L'étyraologie de ce nom dérive clairement des saules qui croissaient en abondance sur les rives de la Colagne , à une époque reculée.

Deux localités voisines de Maruéjols doivent leur nom à cette sorte d'arbres. Ce sont les villages des Salces et des Salelles, du nom latin SaliceSj saules. Nous croirions assez que les premières habitations qui s'élevèrent dans le vallon de Maruéjols formèrent un hameau qui prit le nom de SalsusŒj à cause de sa situation au milieu des saules. Plus tard, on dut y construire une chapelle ou église pour le service religieux, sous l'invocation de Marie. Le nom primitif disparut pour céder la place au vocable de l'église ,

NOTES. ÙiÔ

ainsi qu'on en a de nombreux exemples. De là dérive incontestablement le nom latin de Marengiunij plus ancien que celui de Maro/ogfiM m., c'est-à-dire lieu de Marie, et ainsi s'est formé le vieux nom en langue vulgaire de Mariége ou Maruége. L'étymologie est d'une évidence parfaite. Dans plusieurs anciens monuments cette ville est nommée Mariéjolsj ce qui appuie de plus en plus notre opinion.

La délivrance miraculeuse du prince ou du roi dont nous avons parlé au chapitre IX prouve que la dévotion à la sainte Vierge était établie d'une manière spéciale, dans ce lieu, avant l'époque de cet événement. D. Vaissète, dans sa Géographie Universelle^ dit que le chapitre de Notre-Dame de la Carce fut érigé par le pape Martin Y. En admettant ce fait tel que le présente le savant bénédictin, cette érection aurait eu lieu de l'an 1417 à l'an 143i, puisque c'est dans cet intervalle que ce pape a occupé la chaire de Saint- Pierre. Mais le chapitre collégial de Notre-Dame de la Carce a pu exister long-temps avant ce pontificat. Les évéques de Mende ont pu l'ériger sur la demande du prince ou du roi, délivré vers la fin du treizième siècle. Puis enfin le pape Martin V a pu sanctionner par une bulle cette fondation qui datait déjà de plus d'un siècle.

îSote sur le Chapitre XI.

Trop long-temps l'édification de la cathédrale de Mende a été une question problématique. Certains auteurs ont fait honneur de l'intégralité de celte œuvre au pape Urbain Y. Certains autres ont prétendu que François de la Rovère , évêque de 3Iende, fit reconstruire totalement cet édifice sacré, au commencement du seizième siècle. Des preuves authentiques fournies par les documents les plus précis et exposées dans ce chapitre il résulte que le pape Urbain V

n'a été que le promoteur d'une œuvre qui devait se terminer long-temps après sa mort. Les noms des architectes méritaient assurément d'être tirés du profond oubli dans lequel ils furent pendant un si long temps ensevelis. Nous avons toujours à regretter de ne pas connaître les noms des architectes qui ont élevé les deux clochers; nous aurions à leur payer un juste tribut d'admiration. Toutefois ce qui vient d'être dit au sujet du pape Urbain V ne saurait lui ravir la gloire d'avoir jeté les fondements d'une nouvelle cathédrale à Mende et d'avoir donné à celte œuvre une impulsion qui n'a pas été stérile.

Note sur le Chapitre XIÏ.

Le bulletin de la société d'agriculture, industrie, sciences et arts de la Lozère, a publié, dans son numéro du mois de juin 1852, un document très-curieux qui remonte à l'époque fatale de la prise de Mende par Merle. Nous croyons devoir le reproduire ici comme preuve testimoniale de ce que nous disons, sur la démolition sacrilège de la cathédrale de Mende, dans le susdit chapitre.

« En premier lieu la grande église elle a esté

» presque du tout abattue ne restant aucun couuert ains » seulement quelques murailles et voultes de chapelles et » parce que ladite église estoit bastie d'une fort bonne ma- » tière et que mal aisément ledit cappilaine Merle et ses » dites trouppes pouuoyent exécuter la pernicieuse volonté » qu'il avoyt de la desmolir. Ils saydarent d'un nouueau » artifice et feyrent descouurir jusques au plus bas que le » fondement une partie des pilles soubstenant ladite grande »> église et après feyrent appuyer lesdites pilles de grandes » pièces de bois jusqu'à ce qu'ils eurent entièrement sup- » planté et appuyé tous les fondements desdites pilles et ce

-> faict fcyront apporter grande quantité de boys sec et » quelque quantité de pouldre au présent bas et fondement » desdites pilles et ainsi encore soubstenus par le moyen » desdits attaincts et appuyement et moyennant le feu au » môme instant qu'il eust bruslé lesdits attaincts feust » thumber lesdites pille et édifice principal de ladite église » laquelle auparauant ladite priuse de ladite ville estoit re- » marquée et recogneue pour Tune des plus belles de ce » royaume et de tant que par le moien de tous les artifi- » ces desquels il estoit peu aduiser ils trouvarent que le » supplantement ne seruirait d'aucune chose pour la des- » molition des clochers ils tentarent de les faire abattre par » le canon duquel ils feyrent tirer plusieurs coups tant » par le bas que hault rompirent et desmolirent quelques » petits pilhiers par lesquels estoient soubstenus les allées » d'entour ledit clocher et est chose notoire qu'en toutes » les églises n'y ont laissé aucune vitre porte serrure cou- » uert ou ferrement comme on peut encore oculairement » juger par l'inspection du lieu et oultre ceste desmolilion » ils feyrent rompre toutes les cloches estant au clocher... » et entre autres une qu'on estimoit des plus grandes de » France laquelle ils ne peurent rompre a coups de mar- » teaux et marres quoy voyant ils usarent d'ung nouueau » artifice qui fust de mettre au dessoubs et aux enuirons » de ladite grande cloche grande quantité de boys sec et » de la chauffer de telle sorte qu'après avec lesdits marres » ils la rompirent en pièces et de la matière desdites clo- » ches ledit Merle en feist faire deux pièces de batterye.»

Ce qui vient d'être transcrit du document précité du seizième siècle est un récit épistolaire des désastres que Monde eut à subir en ces temps-là. Le style de cette pièce conservée aux archives de la Lozère est à peine supportable , même pour l'époque où elle a été écrite, mais cela milite en faveur de la véracité du récit.

Ce qu'on raconte ici de la démolition de la cathédrale de Mende, par le moyen du feu mis aux étais dont on avait

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préalablement garni le dessous des piliers et que l'auteur du précédent récit nomme des atiaincls , a été exécuté littéralement à Tours, en 1794, pour la démolition de la célèbre et immense abbatiale de Saint-Martin. On avait choisi pour cette exécution le 14 novembre, jour de la fête de ce saint évêque I Les génies de l'hérésie calviniste et de la démagogie révolutionnaire sont évidemment sous le coup des mêmes inspirations...

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