‹ Gabalum ChristianumChapitre 120 sur 126 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Note sur le Chapitre IL

Nous croyons devoir ici faire ressortir plusieurs analogies qui existent entre saint Firmin , martyr , premier cvèquc d'Amiens, et saint Firmin, évêque de Mende. Selon nous, les observations qui suivent ne seront pas dépourvues d'un certain intérêt. L'histoire ecclésiastique nous apprend que saint Firmin d'Amiens naquit à Pampelune, en Espagne ; qu'il passa en France et fut élevé à Nîmes par saint Honest; qu'il y fut sacré évêque ; qu'il alla ensuite évangéliser les Albigeois, les Agenais, les Arvernes, les Andes, les Bellovaques et qu'enfin il se fixa à Amiens. Les trois premiers peuples qui eurent le bonheur d'entendre saint Firmin sont assez voisins du Gabalum. Mais que sont ces peuples Andes ? Les historiens nous disent que ce sont les habitants de la province actuelle d'Anjou. Les Bollandistes trouvent assez extraordinaire l'écart immense de cet évêque partant de l'Auvergne pour l'Anjou, afin de venir ensuite chez les peuples du Beauvoisis ou Bellovaques. Mais est-il irréfragablement certain que les peuples Andes ne soient autres que ceux qui peuplent les rives de la Basse-Loire et qui confinent à la Bretagne? Sans nul doute, les anciens Andes habitaient le sol des modernes Angevins dont Angers est la capitale. N'y aurait-il pas pourtant dans les Gaules quelque autre peuple qu'on pourrait aussi nommer Andes? Il nous est très-permis de croire que les Cabales ou Gévaudanois pouvaient aussi bien être appelés Andes à cause de leur capitale Anderitum , dont le sol est aujourd'hui occupé par le bourg de Javols. Cela est d'autant mieux fondé qu'il

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existe bien des contrées dont l'appellation sort de la même racine. Telles sont les localités connues sous le nom de Andelium, les Andelys-, Andetnatumim , Langres; Andes, Andes, patrie de Virgile; Andenesium , Ancenis; Andelaus, Andelot, en Champagne. Dans le Gévaudan, nous avons au territoire de Servières un village qui porte encore le nom de Andes j les Andes. Ainsi donc, selon notre opinion , saint Firmin, après avoir prêché l'Evangile aux peuples des territoires d'AIbi, d'Agen et de l'Auvergne, aura pu redescendre vers les Andes ou Gabales pour leur procurer la môme faveur. Puis en traversant de nouveau l'Auvergne, il aura pu se rendre sur le territoire de Bcauvais, en droite ligne, et enfin arriver à Amiens, non loin de Beauvais. Le saint apôtre aura donc pu ne pas faire vers Angers cet immense détour que les Bollandistes regardent comme extraordinaire.

Maintenant plusieurs difficultés se présentent. L'histoire ecclésiastique et profane ne reconnaît qu'un seul peuple nommé en latin Andes dont on a fait Andenses j ayant pour capitale Andegavunij d'où en français sortent les appellations d'Anjou, d'Angevins et d'Angers. S'il est pourtant vrai que les peuples dont Anderitum était la capitale ont pu s'appeler en latin Andes j et que nous traduisons par la même dénomination d'Andes ou d'Andois, en français, que répondra- t-on? On répliquera qu'il n'existe aucun monument écrit à l'appui de cela. Nous en convenons, mais nous aurons toujours à présenter l'ancien nom à'Anderitunij plus tard Gabalum, et enfin Javols, et puis encore le village d'Andes , assez voisin de Javols. Le Gévaudan , pour ainsi dire enfoui dans ses montagnes, a été trop long-temps dédaigné par les savants. Nous serions heureux si celte analogie était enfin sérieusement étudiée par des érudils versés dans l'antiquité géographique de la France. On a vu pendant des siècles les monnaies de Banassac attribuées à Bagneux près Paris, parce que Banassac était inconnu des savants, et que Bagneux, aux portes de la capitale, leur

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était beaucoup plus familier. L'erreur n'en était pas moins réelle.

Nouvelle difficulté. La légende de saint Firmin, évoque d'Amiens, rapporte que ses reliques furent miraculeusement découvertes en 015 par une révélation faite à saint Salvi , SalviuSj un de ses successeurs. Il est vrai aussi qu'en 1678 on découvrit à Saint-Acheul , près d'Amiens , au milieu do l'église, six tombes, entre lesquelles on crut voir celle qui renfermait le corps de saint Firmin. Cependant le chapitre de la cathédrale réclama l'honneur d'avoir possédé, depuis G15, les reliques de ce saint évêque. Les religieux de l'abbaye de Saint-Acheul soutinrent que ces mêmes reliques venaient, au contraire, d'être retrouvées dans une de ces six tombes. Il y eut procès devant le Conseil d'Etat et les chanoines de la cathédrale gagnèrent leur cause. Nous dirons, en passant , qu'il est sans doute permis de ne pas considérer la décision de ce conseil laïque comme un jugement infaillible. Quoi qu'il en soit, voici une singulière analogie. Le corps de saint Firmin d'Amiens n'est découvert en 615 que par une révélation, et dans ce môme temps, les reliques de saint Firmin de Mende sont découvertes, à leur tour, dans le bourg de Banassac, par une inspiration miraculeuse. La révélation faite à saint Salvi, dans le septième siècle, est si peu considérée comme un fait authentique et irrécusable que, commme on voit, les religieux de Saint-Acheul l'attaquent en 1678. Le débat n'est dirimé en faveur de la révélation de 615 que par un jugement qu'on est très-libre de ne pas considérer comme doctrinal. Où voulons-nous en venir avec ce récit? Nous voulons arriver à justifier la discussion que nous avons entamée sur le fait de la découverte des reliques de saint Firmin à Banassac. Youlons-nous pourtant jeter un doute sur ce dernier point? Nullement. Nous res. pectons les deux révélations d'Amiens et de Banassac et nous les concilions ainsi qu'il suit :

La même légende de saint Firmin d'Amiens nous apprend qu'après le martyre de ce saint évêque, dans sa prison, le

sénateur Faustinien recueillit ces restes précieux. Qui oserait affirmer que certaines parcelles de ces ossements ne furent point transportées dans le Gévaudan, à une époque où l'on pouvait savoir que saint Firmin avait été momentanément évêque de ce pays? La révélation que reçut Ingellinus, prévôt du monastère de Saint-Martin de la Canourguc, ne pouvait-elle pas consister à lui apprendre que ces ossements étaient sous l'autel de saint Julien de Banassac? On peut nous objecter que, dans la légende de saint Firmin de Mende, on lit que le corps de ce saint évêque y était resté long-temps dans l'oubli : Ibi dm sanctum corpus in oblivione fuit. H s'agit donc d'un corps, nous dira-t-on, et non point de quelques parcelles. Nous répondons qu'en matière de reliques, on a pris et on prend souvent la partie pour le tout. Cette expression de corpus, corps, ne saurait donc être une difficulté sérieuse. On sait bien que chacune des trois grandes basiliques de Rome, Saint-Pierre-du- Vatican, Saint-Jean-de-Lalran et Saint-Paul, se glorifie de posséder le corps de saint Pierre, et pourtant ce corps du prince des apôtres est partagé en trois principaux fragments , sans compter d'autres parcelles dont plusieurs autres Eglises s'honorent d'être enrichies. Nous disons bien plus : c'est que si le corps entier de saint Firmin de Mende eut existé sous un autel de Banassac ou de la Canourgue, cet autel n'aurait pas été placé sous le vocable de saint Julien, mais bien sous celui de saint Firmin. Cette raison nous paraît péremptoire. Nous croyons donc, avec plus de probabilité que jamais, que la révélation faite à Ingellinus avait pour but la découverte de quelques reliques de saint Firmin évêque d'Amiens, lequel aurait évangélisé les Andes ou Cabales et aurait pu être classé parmi les évêques de iMende.

Les archives diocésaines d'Amiens et de Mende ne renferment, il est vrai, aucun document qui puisse venir à l'appui de cette translation de reliques. Nous ne trouvons rien qui nous autorise explicitement à confondre les deux gaint Firmin. Cola n'a rien qui puisse étonner, après

un si grand nombre de siècles et tant de bouleversements religieux et civils. Il ne nous semble pas moins certain que nos inductions analogiques ne paraîtront point dépourvues de raison aux yeux des hommes r^'fléchis. Nous ajoutons qu'elles ne dérogent pas à la dignité des antiques Eglises d'Amiens et de Mende et que cette dernière en reçoit au contraire un nouveau relief.

La fête de saint Firmin d'Amiens est fixée au 26 septembre. Nous avons dit que celle de saint Firmin de Mende est célébrée le 16 janvier. Rien n'empêche de croire que cette dernière date est celle de la translation présumée des reliques ou bien celle de leur découverte par Ingellinus. Ce qu'il y a enfin d'important à remarquer, c'est que saint Firmin de Mende et saint Firmin d'Amiens ont été contemporains.

Nous joignons à ce qui vient d'être exposé une considéralion nouvelle. C'est qu'à Angers on ne fait pas même mémoire de saint Firmin qui, ainsi qu'on l'a vu, aurait pourtant évangélisé celte contrée, avant d'aller à Beauvais et à Amiens. Il est donc évident que l'Eglise d'Angers ne considère pas comme authentique la tradition sur laquelle nous avons émis un doute, et ceci corrobore singulièrement notre opinion sur la véritable signification du terme latin Andes qui s'applique aux peuples du Gahalum ou Gévaudan dont Anderitum était la capitale.

!\ote sur le Chapitre 111.

Il importe de remarquer que dans le cinquième siècle, Evarix, roi des Goths, exerça de grands ravages dans la partie méridionale de la France. Ce prince était arien et persécutait les catholiques. On lira ici avec plaisir et profil ce qu'écrit, à ce sujet, Sidoine Apollinaire, drns sa 6e let-

58 i NOTES.

tre (lu livre VII. Elle esl adressée au pape Basile, c'est-à- «lire à un cvêquc d'Aix, en Provence, qui portait ce nom. Dans le cinquième siècle, le litre de pape était commun au souverain pontife et à tous les évoques. On verra dans cette lettre que le saint et illustre évêque de Clermont parle du siège gabalitain qui, comme plusieurs autres, était vacant, par une suite inévitable de ces troubles religieux et politiques.

« Si le roi desGoths, Evarix, après avoir rompu et brisé l'ancienne alliance, protège par le droit des armes ou recule les frontières de son royaume, il ne nous est pas permis à nous pécheurs de nous en plaindre, ni à vous, saint pontife, d'en parler. De plus, si tu veux le savoir, il est de l'ordre que le riche soit vêtu de pourpre et de fin lin, que Lazare soit frappé d'ulcères et de pauvreté; il est de l'ordre que dans cette mystérieuse Egypte où nous cheminons. Pharaon marche paré du diadème, l'israëlite chargé de la hotte; il est de l'ordre que dans la fournaise de cette autre Babylone où nous sommes consumés, nous poussions avec Jérémie, vers la Jérusalem spirituelle, des cris et des sanglots entrecoupés, et qu' Assur, tournant du haut de son faste royal, foule à ses pieds le saîlnt des saints. Pour moi, en comparant le bonheur fugitif du monde avec l'éternelle béatitude de la vie future, je supporte plus patiemment les calamités communes. D'abord si je considère ce que je mérite , quelques malheurs qui puissent m'arriver, je dois les trouver trop légers; puis ensuite, je sais bien que c'est un puissant remède pour l'homme intérieur, si l'homme extérieur est battu dans Taire de ce monde sous les fléaux des vexations diverses.

« Mais il faut l'avouer, quoique ce roi des Goths soit terrible à cause de ses forces, je crains moins ses coups pour les murs des Romains que pour les lois chrétiennes. Le seul nom de catholi({ue lui cause une telle horreur, dit-on, que vous le croiriez le chef de sa secte,

comme il esl le chef de ses peuples. Ajoulez encore la puissance de ses armes, le feu de son courage, la vi- ) gueur de sa jeunesse; l'unique travers de ce prince, ) c'est d'attribuer à la bonté de sa religion le succès de ses ) entreprises. Ainsi donc instruisez-vous promptement des ) maux secrets de l'état catholique, pour y apporter en ) toute hâte un remède efficace. Le siège épiscopal de Bor- ) deaux, les sièges des peuples du Pèrigord, du Rouergue, ) du Limousin, du Gcvaudan, ceux des villes d'Eause, de

> Bazas, de Comminge, d'Auch, et beaucoup d'autres vil- ) les encore dont les pontifes ont ètè moissonnés par la

> mort, sans qu'on ait mis de nouveaux évcques pour con-

> fèrer les ministères des ordres inférieurs, ont vu s'étendre au loin l'image de ces ruines spirituelles. Le mal augmente tous les jours par le vide que laisse la mort des pontifes, et les hérétiques du siècle, comme ceux des âges passés, pourraient en être attendris, tant il est triste de voir les peuples privés de leurs évéques et désespérés de la perte de la foi. Dans les diocèses, dans les paroisses, tout est négligé; partout l'on voit des églises dont le faîte se dégrade et tombe, leurs portes sont arrachées, leurs gonds enlevés, l'entrée des basiliques est fermée avec des ronces et des épines ; les troupeaux , ô douleur ! viennent se coucher au milieu des vesfibules entr'ouverls et brouter l'herbe qui croît autour des saints autels. » Les désastres racontés par notre historien du cinquième

siècle contribuent beaucoup à expliquer les lacunes que nous signalons dans la succession des évéques gabalitains. On voit que de semblables désastres frappaient en mémo temps plusieurs diocèses méridionaux.

Nous ferons observer, en passant, que dans le texte latin Sidoine désigne l'Eglise de Mende sous le nom des peuples qui la composent Gahalilani. Il a nommé Bordeaux par son nom latin Burdigala , mais il n'a pas dit Gabalum qu'on pourrait traduire par Javols. Si ce passage ne prouve rien en faveur de !a ville de Mende comme siège épiscopal

on ce temps-là, on ne peut non plus y trouver rien de favorable à l'opinion qui place le siège épiscopal à Javols, Gabalum.

Note sur le Chapitre VII.

A la fin de ce paragraphe relatif à Etienne II, nous rapportons, d'après la Gallia Christianaj que cet évêque mourut en un lieu nommé Canogum. Celte localité doit être dans le diocèse de Mende. ]\Iais à quel lieu actuel doit être attribuée cette indication? On peut y voir la Canourgue et Chanac. Sans doute le vrai nom latin de la Canourgue est Canomca. Toutefois on ne saurait ignorer que dans le moyen-àge on ne se faisait pas faute de latiniser le nom vulgaire par une appellation qui s'en rapprochait plus que le vrai nom latin qu'on ignorait.

Ce qui contribue beaucoup à faire accepter cette version , c'est qu'en ces temps reculés le monastère de la Canourgue était florissant, et il n'est pas étonnant qu'Etienne II, parvenu à un âge très-avancé et devenu aveugle, se soit retiré dans cette communauté pour y terminer ses jours.

Quant à Chanac, il se pourrait aussi qu'un copiste mal adroit ait écrit Canogum pour Canacum. Mais, à l'époque dont nous parlons, Chanac ne possédait pas de château épiscopal et l'on sait qu'il n'y existait pas non plus de communauté religieuse. Nous croyons donc que le lieu Canogum où mourut Etienne II n'est autre que la Canourgue.

Dans le même chapitre, à la suite de ce dernier prélat, nous plaçons Odilon de Mercœur, qui est le même qu'Odilon du Tournel, ainsi que cela a été démontré. En 1851 , nous avons tenu dans les mains, aux archives nationales de Paris, une charte d'Odilon de Mercœur datée du mois de juin 1266. Elle porte deux sceaux. Le premier est en rire verte et a trente-cinq millimètres de diamètre. On y

voit un éveqiic sur un siège à pliants figurant deux serpents dont les têtes forment les accoudoirs très-saillants. L'évêque bénit de la main droite, avec le pouce et les premiers doigts, more papalî. La main gauche est moins élevée. La tète est coiffée d'une mitre très-basse. Le prélat est revêtu d'une casuluj sur le devant de laquelle descend une bande, en guise de Pallium. Autour sont écrits en caractères gothiques les mots : Sigil. Mimatensis Capitule. Le revers de ce sceau est bombé. On y voit une figure de femme ayant à sa droite un croissant de lune et à sa gauche une étoile. On lit autour : S. Béate Marie. C'est la sainte vierge patronne de la cathédrale de Mende.

Le deuxième sceau de cette charte est de figure oblongue, en cire verte. On y voit un évêque costumé comme ci-dessus et autour on lit : Odilonis Dei gracia Gahalitanorum Epis. Au-dessus de la tête de l'évêque est une croix grecque.

La charte commence par ces mots : Omnibus psentes literas inspecturis Odilo diuina permissione Mtmmaten. Eps sait in Dno. Dans cette charte il s'agit de diverses transactions de cet évêque avec son chapitre.

Après Odilon de Mercœur, Etienne III occupa le siège de Mende et eut pour successeur immédiat le célèbre Guillaume Durand. Par ces quelques mots nous réfutons deux erreurs qui ont été commises dans le catalogue de nos évêques. La première qui, à la vérité, n'a pas été généralement acceptée, confond Etienne II et Etienne III pour n'en faire qu'un seul prélat. En ce cas, cet unique Etienne aurait gouverné l'Eglise de Mende pendant plus de soixante ans et il serait impossible d'assigner une place chronologique à Odilon de Mercœur.

La seconde erreur est plus considérable en ce qu'elle place un Julien, cardinal de Saint-Pierre-aux-Liens , en l'année 1270. Cette erreur est commise par la Gallia Christiana. Nous réservons pour la note sur le chapitre XI les documents qui sont relatifs à la réfutation de cette erreur.

Nous ne disons rien ici d'une autre erreur de la Gallia Chrisliana qui fait deux cvêques d'un seul Odilon. Nous avons rectifié celle-là en son lieu.

Note sur le Chapitre VIII.

Une charte de l'an 1317 appartenant aux archives nationales de Paris et munie de quinze sceaux pendants mentionne Guillaume Durand le neveu qui y est indiqué par la seule lettre G. accompagnée du titre épiscopal. Le sceau de ce prélat est en cire rouge. La face représente un évêque tenant de la main gauche une crosse et bénissant de la main droite, de la même manière que sur le sceau d'Odilon de Mercœur. Il a une mitre très-basse. Cette figure est enchâssée dans un encadrement gothique. On ne peut apercevoir de la légende que les mots Comilis Gah. le reste est effacé. Sur le revers est une empreinte de la grandeur d'une pièce de vingt francs. Ceci est une figure d'évéque mitre et crosse. Cet évêque tient de la main droite une épée nue. On lit autour en caractères gothiques : Sigil G. Epi Mimatensis. Il s'agit dans cette charte de divers hommages temporels. L'épée nue que tient Guillaume est un symbole manifeste de l'autorité temporelle dont jouissaient les anciens évoques de Mende.

INole sur le Chapitre XI.

Le 5oc des évoques connus de Mende est Julien de la Kovère, cardinal de Sainl-Pierrc-aux-Liens, ainsi que nous l'établissons au chapitre précité. C'est ici (jue doit trouver sa place le document par nous découvert aux archives na-

lionalcs , et par le moyen duquel nous avons pu corriger l'erreur de la Gallia Christiana suivie par tous les auteurs de catalogues épiscopaux , et même par Hugues du Tems qui a pourtant relevé d'autres erreurs dans l'œuvre si importante des frères Sainte-Marthe. La pièce qui suit a été copiée par nous le 10 janvier 1831, sur l'original en parchemin conservé au trésor des susdites archives. Nous avons reproduit, autant que possible, l'orthographe de ce document :

« Euslaclie de Leuis archevesque d'Arles a honnorables n seigneurs messires le président et gens de la chambre » des comptes du roy nostre sire a Paris et a tous autres " salut ensemble honneur. Savoir faisons que aujourdhuy » XXe jour du mois de may l'an de grâce mil ce. ce. » soixante-dix-neuf et en présence de nobles et sages hom- » mes messire Guy d'Arpajou conseiller et chambellan du » roy nostre sire, messire Anthoine de Morlhon conseiller n et président en la cour de parlement du roy nostre sire, » seigneur de Castelmarin en Rouergue, messire Jehan de » Voysins, chevalier, visconte et sieur Dambrai chambellan » dudict sire, Pierre de Carmaing escuier baron de Léon- )> nar et seigneur de Negrepelisse en Quercy, maistre Loys » Toussaint notaire et secrétaire dudict seigneur et maistre » de la chambre des comptes à Paris ambassadeurs en- » uoyés deuers nostre S. Père par le roy nostre sire , n messire Charles de Manel prothonotaire de nostre S. Père » le pape et arcidiacre en l'église de Liège a ce requis et » appeliez, très reuerend père en Dieu et mon très hono- » rable seigneur monseigneur messire Julien cardinal de » sainct Pierre ad uincula euesque de Mende et conte de » Geuaudara nous a présenté en son hostel à Rome certaines » lettres royaulx signées par le Timdo et scellées en cire » jaune du grand scel du roy nostre sire desquelles la te- » neur est telle :

» Loys par la grâce de Dieu roy de France a nos âmes » et féaulx conseillers l'archeuesque d'Arles et l'euesque de

» (mot illisible) salut et dileclion. Comme nagucres noslre » S. Père le pape a ma prière et requeste ait pouriien nos- » tre très cher et grant amy le cardinal de sainct Pierre ad n uincula de l'euesché de Mende uacant par le trépas du » dernier euesque en possession d'iceluy au moyen du tem- » porel duquel messire ledict cardinal nous doibt et est » tenu de faire le serment de fidélité ce que bonnement ne » luy soit possible faire ne uenir par deçà pour le faire en » nos mains, obstant les grandes charges, affaires et occupa- » tions qu'il a continuellement tant de nous que autrement » a l'entour de la personne de nostre S. père. Maiz ce néant- » moins il doubte que par faulte dudict serment de fidélité » a nous non fait on luy uoulsist faire aucun empeschement » en la jouissance dudict temporel d'iceluy euesché , par » quoy soit besoing pour faire et receuoir le serment de fi- » délité commettre et depputer aucuns de par nous ayant » de ce pouuoir sauoir nous faisons que nous confions a » plein de nos loyaultés et expériences , nous auons commis, » ordonnez etdepputez, commettons, ordonnons et deppu- » tons par ces présentes et chacun de nous en l'absence de » l'autre et nous auons donné et donnons pouuoir, autho- » rite, commission et mandement de grâce spéciale et au- » thorité royalle par ces mêmes présentes de receuoir et » prendre dudict cardinal de sainct Pierre ad uincula pour » et au nom de nous ledict serment de fidélité à nous (mots » illisibles) dudict temporel d'iceluy euesché de Mende.

» Pourquoy, etc.

» Iceluy très reuerend père en Dieu monseigneur le » cardinal ayant l'estole au col jure sur les saincts euann giles de Dieu d'estre bon et loyal au roy nostre sire en- » uers tous et contre tous et a signé.

>' JuL. car. euesque de Mende » et conte de Geuandam. »

Cette pièce est plus que probablement imprimée pour la première fois, et si jamais on publie une nouvelle édition

de la Gallia Christiana , nous osons esp(''rer qu'après la lecture de ce document on ne placera plus dans le catalogue des évêques de Mende deux évêques cardinaux du même nom et du môme titre séparés exactement par deux sièclesl Pour ce qui est de l'unique Julien , évêque de Mende , prêtant son serment en 1479, nous avons dit qu'il monta sur la chaire de Saint-Pierre sous le nom de Jules II, comme successeur de Pie III. Il est superflu d'ajouter que le roy Loys , nommé dans ce document , est Louis XI qui régna de 1461 à 1483. Terminons en disant que c'est le seul document relatif au diocèse de Mende où nous rencontrions la contrée gabalitaine désignée deux fois sous le nom de Gevaudam au lieu de Gévaudan.

l\ote sur le Chapitre XIV.

Nous ne croyons pas devoir omettre un fait honorable pour le diocèse de Mende, relativement à Charles-Louis Salmon du Chatcllier, qui avait été appelé à recueillir la succession épiscopale de Etienne-Martin Morel de Mons. En 1828, l'auteur du présent travail eut l'honneur d'entretenir h Paris le vénérable évêque d'Evreux. Il fit part à ce prélat du regret qu'avait éprouvé le diocèse de Mende de n'avoir pu le posséder, et sur l'observation qui fut faite à ce digne évêque que le siège d'Evreux, situé au portes de Paris, devait en eflct lui plaire beaucoup mieux que ne l'eût fait celui de Mende , au milieu de nos montagnes de neige, monseigneur du Chatellier répondit : « Sans doute, » mon cher abbé, le climat de votre pays est plus froid )' que celui d'Evreux, mais les cœurs chez vous sont plus » chauds et cela mérite la préférence. Ma famille m'enga- » gea vivement en 1821 à préférer Evreux à Mende, pour » lequel j'avais reçu mes bulles et je dus céder, mais je » puis vous assurer que ce fut avec regret. »

INote sur le Chapitre XYIII.

En faveur des personnes lettrées, nous croyons devoir transcrire ici en son entier l'épitaphc qu'on lit sur le tom- Leau du cardinal Blavi ou de Rocheblave. sans vouloir essayer une traduction qui ne serait pas sans de graves difficultés. Nous la prenons dans le curieux ouvrage de D. Marlène , qui a pour titre : Voyages littéraires , 2e partie ^ page 298, édition de Paris, 1717.

Flac tegitur petra Petrus cognoraine Blavi

Gaballitanus. Sis sibi Christe plus.

Livida quam redimit leo candidus area signal

In clipeo proavis qui fuit iste cluens. Virtutum raeritis hune induit infula bina

Canonis ista sacri, cardinis illa fuit.

Prœbuit huic titulum Sacer Angélus, ordine fui si t

Qucm lenet aima levi stirps beue promerita. Officiumque suum bene gessit dum fuit illi

Ceu petra firma fides justitiœque libra. Tluic prelium favor et odium tîmor et fuit hostis

Mens intenta lamen tota placere Deo.

Templa gemunt, inopes plorant, viduœque, puellœ,

Quod patronus abest, publica resque simul. Prudens et castus, humilis, pius, atque benignus

Sobrius et largus et requietus erat.

Spiritui carncm docuit servire domatam.

Stratus cui durus, iîtque carina cibus.

Carminé Davidico Dominum placare solebat.

Semperque cantare. Tu miserere mei.

Scissio tum vestis dum fuit insita menti

Hujus sarciri si queat arle bona.

Sed contendentum Pétri retinere curilc

Ambitio lurpis obstitit inde sibi.

liujus nempe rei testis synodus generalis

Est sacra, quae Pisis concélébra ta fuit. Heu! mors sava virum metit hune dum crastina santœ

Passio LucisB coramemoranda foret.

Mille quater centis annis ter jungito ternos

Christi, die iterum, sis sibi Christe pius. Amen.

Au sujet du nom de Rocheblave que donne à ce cardinal le dictionnaire de Moreri, nous croyons utile de rappeler que la commune de Saint-Etienne-du-Valdonez a dans son enceinte un hameau du nom do Bassy, qui porta jadis celui de Rocheblave. Il nous paraît certain qu'un château était anciennement bâti sur cette hauteur qui domine la profonde gorge dans laquelle roule ses eaux la rivière de Bramont. Cette rivière traverse le vallon de Nize ou Néze, ainsi nommé d'un autre cours d'eau qui se joint à Bramont. Le château de Rocheblave était, selon nous, le titre féodal de la maison de ce cardinal, laquelle possédait en outre le château de la Garde-Guérin , près de Ville«fort.

A la suite du cardinal dont nous venons de reproduire l'épitaphe, nous arrivons, dans le chapitre XVIII, à la biographie du pape Urbain V. Il nous semble à propos d'y joindre ici une particularité que nous recueillons dans l'ouvrage précité de Dom Martène, l"^^ partie, page 277 :

» Le sépulcre d'Urbain V est à Saint-Victor de Marseille, » à côté du grand autel , et au-dessus se conserve la bierre » de bois dans laquelle il fut apporté d'Avignon. On voit n encore dans l'abbaye sa crosse d'yvoire, ses ornements » pontificaux, sa chape et ses sandales. Ce pape est un des » plus saints pontifes qui ait gouverné l'Église. On conserve » encore à Saint-Victor les informations qui furent faitqs »> de sa vie et de ses miracles pour procéder à sa canonisa- » tion. Le monastère est redevable à ce grand pape du grand » buste de vermeil doré qui renferme le chef de Saint- » Victor » .

Dom Martène parle de ce qu'il vil au monastère d.e Saint - Victor de Marseille en 1708 ou 1709. Bien des désastres

or,

ont fondu sur cette riche et illustre abbaye de bénédictins et probablement il n'existe plus rien de ce que mentionne le savant écrivain.

A ce qui vient d'être cité de Dom Martène, nous joignons la traduction des passages italiens de Gaëtano Moroni relatifs aux embellissements que le pape Urbain V fit exécuter dans l'église patriarcale de Saint-Jean-de-Latran , et dont il a été dit un mot dans l'esquisse biographique de ce grand pape, dans notre susdit chapitre XVIII. Il est bon de noter ici que la basilique de Saint-Jean-de-Latran est la cathédrale du pape , qu'elle tient par conséquent le premier rang parmi les églises patriarcales de Rome, dont Saint-Pierre du Vatican est la seconde, et que cette basilique de Latran est ainsi, selon les expressions des écrivains catholiques, la cathédrale de toutes les cathédrales du monde, l'église mère, chef et maîtresse de toutes les églises.

Voici la traduction sus-énoncée des passages de Moroni , dans son Dizionario di erudizione storico-ecclesiasUca :

« Urbain V fit plusieurs embellissements à la basilique » de Saint-Jean-de-Latran. En 1370, il transféra de la cha- » pelle du sanctuaire les têtes sacrées des deux princes de » l'apostolat et les plaça sur le tabernacle de l'autel pon- » tifical, après les avoir renfermées dans deux bustes d'ar- » gent ornés de pierres précieuses. »

Plus loin le même auteur s'exprime ainsi ;

« Au milieu de la croisée est placé l'autel papal orné » de quatre colonnes de granit qui soutiennent un taber- » naclc de forme gothique érigé par Urbain V et Charles V, » roi de France. Dans ce tabernacle le pape Urbain plaça » les têtes des apôtres saint Pierre et saint Paul, ainsi que » d'autres précieuses reliques. Dans sa partie supérieure il » est entouré d'une balustrade de fer doré. La sommité de » ce tabernacle est toute ciselée, et au-dessous est l'autel » pontifical en marbre dans lequel est conservé l'autel de » bois sur lequel saint Pierre et ses successeurs célébrèrent la

NOTES. 50o

» messe jusqu'à saint Sylvestre I. Ces pilastres et le gradin » de l'autel sont ornés de merveflleuses peintures de Borni » ou de Bernard de Sienne , et sous l'autel on voit la petite » chapelle nommée la Confession de saint Jean l'évangé- » liste peinte par Brughi. Dans cette petite chapelle, saint » Grégoire le grand déposa la tunique de l'apôtre bien » aimé du divin Sauveur. »

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