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NOTIONS BIOGRAPHIQUES

Au milieu de ce moyen-âge trop long-temps inapprécié, et qui de nos jours a obtenu une si brillante réhabilitation , apparaît une figure digne d'être étudiée, un personnage qui appartient presque autant à la vie politique et civile qu'à la vie religieuse et à l'histoire du catholicisme. Il est généralement connu sous le nom patronymique de Durand, mais on le trouve aussi fréquemment désigné sous les appellations latines : de Durandiis, Durantes j Durantis ^ Duranti , Durandi , et en français sous celles de Durant et Durand. M. de Savigny le nomme Guillaume Durantis, et M. Victor Le Clerc retranche la dernière lettre pour en faire Duranti. J'ai cru devoir le dési-

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gner sous le nom le plus commun , qui est celui de Durand. Cette appellation est très-répandue comme nom de famille dans toute la France , et surtout dans les provinces méridionales.

On a beaucoup et long-temps disputé sur le lieu qui vit naître Guillaume Durand. Le Dictionnaire liislorique de Ladvocat et plusieurs autres ouvrages du même genre placent le berceau de ce grand homme à Puymoisson , dans l'ancien diocèse de Riez, aujourd'hui celui de Digne, département des Basses- Alpes. On le fait provençal d'origine, parce que dans quelques-uns de ses ouvrages il dit, en parlant de lui , nos verô provinciales. On n'a pas réfléchi que provincialis signifie tout à la fois provençal et habitant de la province ou provincial. Dom Vaissète, dans son Histoire du Languedoc , assigne pour lieu de naissance à Durand le bourg de Paymisson, qui appartenait h l'ancien diocèse de Béziers. C'est aujourd'hui une commune du canton de Murviel, dans l'arrondissement dudit Béziers, au département de l'Hérault, diocèse de Montpellier. L'Epitaphe qui se lit sur la tombe de Guillaume Durand, dans l'église de Sainte- Marie de la Minerve, h Rome, ne laisse aucun doute à cet égard. Nous la donnons textuellement à la fin de celte première partie.

Guillaume Durand naquit donc à Puymisson , au diocèse de Béziers, vers l'an de grâce 1250. On ne connaît rien de bien certain sur la famille de Durand. Elle semble néanmoins avoir été distinguée, si l'on

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en juge surtout par les soins qui furent donnés à Guillaume. Après ses premières études, il se livra très-spécialement au droit canon et au droit civil. Déjà , depuis plus d'un siècle , l'Italie avait donné le signal de ce genre d'étude, auparavant fort négligée, et le midi de la France s'était associé à cet élan. Il est probable que le jeune Durand se plaça sous la direction de maîtres habiles, surtout à Montpellier où la jurisprudence jetait un assez grand éclat. D'après divers actes on juge qu'à l'âge de vingt-quatre ans Guillaume était clerc de l'Eglise de Narbonne, et qu'antérieurement à l'an 1251 il avait été chanoine régulier de Maguelone, dont on sait que le siège épiscopal fut plus tard transféré à Montpellier. Cela nous confirme de plus en plus dans l'opinion que nous avons adoptée sur le lieu de naissance de Guillaume Durand.

On pense aussi que Durand alla , à peu près vers l'an 1254, à Paris, pour y suivre les cours de l'Université. Cela semble résulter de ce qu'il dit dans le livre YI , chap. 77 de son Rationale divinorum officiorum, au sujet de la sainte couronne d'épines : « sa- » chez, dit-il, que cette couronne est faite de joncs » marins telle que nous l'avons vue dans les trésors » du roi de France. » Or, cette couronne que saint Louis avait rachetée des Vénitiens, en 1239, était une des plus insignes reliques de la Sainte-Chapelle de Paris. Toutefois , il se pourrait que Guillaume eût vu la vénérable relique en Languedoc, à l'époque où

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saint Louis , revenant de sa première croisade , parcourut cette province , en 1254. On n'ignore pas que ce pieux roi emportait avec lui dans ses excursions plusieurs reliques. Durand aurait donc pu voir , h Nîmes, cette sainte couronne, lorsque l'archevêque de Narbonne s'y trouva avec saint Louis. Il nous paraît cependant plus certain que Durand vit la sainte couronne d'épines à Paris même, car du Boulay, auteur de l'Histoire de l'Université de Paris , assure que Guillaume Durand fut connu dans cette ville par Jacques Savelli , qui devint pape sous le nom de Honorius IV. C'est ce même pontife qui confirma l'élection de Guillaume Durand à l'évèché de Mende.

En 1255, Durand partit pour l'Italie afin de se perfectionner dans l'étude du droit canonique et civil. Ses progrès le firent bientôt distinguer et lui procurèrent, après un examen brillant, le grade de Docteur. Il s'acquit une si grande réputation de savoir qu'il fut nommé à une chaire de professeur à Bologne et ensuite à Modène.

Dix ans après , en 1265 , le mérite de Durand jetait un grand éclat. Il s'occupait déjà de la composition de son Spéculum jiiris ou Miroir du droit. Le cardinal de Suze l'avait souvent employé comme assesseur. Le pape Clément IV , originaire, comme on sait, de Saint-Gilles , près de Nîmes, devint le protecteur de son digne compatriote et l'appela aux fonctions de chapelain apostolique et auditeur général du Sacré-Palais. Ce pape lui avait encore ac-

cordé deux canonicats , Tun à Beauvais et l'autre à Narbonne. On n'ignore pas que ces bénéfices n'obligeaient point en ces temps-là à une stricte résidence.

Durand se trouvait à Rome, en 1268, lorsque, au 28 novembre de cette année, le pape Clément IV mourut. Au bout de trois ans de vacance du Saint- Siège, les cardinaux élurent Thibaut, de Plaisance, archidiacre de Liège, qui prit le nom de Grégoire X. Ce pontife ayant convoqué, en 1272, un concile œcuménique à Lyon, pour mettre fin au schisme des Grecs, et cette assemblée se trouvant réunie en 1274, le pape voulut la présider en personne et emmena à sa suite Guillaume Durand. On sait que ce concile réunit cinq cents évêques, soixante -dix abbés , un nombre très-considérable d'autres personnages distingués et que saint Bonaventure s'y trouva. Durand fut donc témoin de celte auguste solemnité et sut tellement mériter la confiance des Pères du concile qu'il en devint un des secrétaires. Cette fonction, qui consiste h rédiger les actes de l'assemblée, est toujours confiée h des hommes d'une science et d'une probité reconnues.

C'est sous le pontificat de Grégoire que Durand publia le fameux ouvrage dont il a été fait mention , sous le nom de Spéculum jiidiciale. Il le dédia au cardinal Ottoboni de Fiesque, neveu d'Innocent IV. Ce cardinal étant devenu pape sous le nom d'Adrien V et n'ayant porté la tiare que pendant quelques semaines, Durand se vit frustré de son légitime espoir

de parvenir au cardinalat. Cela ne paraîtra pas étrange si l'on se rappelle que Durand occupait , h Rome, une prélature assez élevée. Dans sa dédicace il souscrit ainsi : Gidielmus Durantis Domi7ii Papœ siibdiacomis et capellanus. « Guillaume Durantis , sou- » diacre et chapelain du Pape. » inter Decretorum prof essores minimus, « le moindre des professeurs » en décrets, » c'est à-dire, en droit.

En 1279, Guillaume devint doyen de l'Eglise de Chartres. En outre , Grégoire X lui avait conféré une prébende dans l'Église de Laon , qu'il voulut faire plus tard passer sur la tête de son neveu; mais le roi de France, Philippe III, en vertu de son droit régalien, l'avait conférée h un autre sujet.

Nous n'avons point ici à nous occuper minutieusement des nombreuses missions qui furent confiées à Durand auprès de divers princes d'Italie pour les inviter à recevoir honorablement Clémence, fille de l'empereur Rodolphe , fiancée au fils aîné de Charles, prince de Salerne. Sous les pontificats de Nicolas IIÏ, Martin IV , Honorius IV et Roniface VIII , Guillaume exerça des fonctions très-pénibles et très-djffîciles en ces temps de troubles et de dissenssions, où les Guelphes et les Gibelins se faisaient une guerre acharnée. Il fut légat dans la marche d'Ancone et dans la Romagne. Ces pontifes devaient se faire une haute idée de l'énergie et de la prudence de ce personnage, puisqu'ils lui confiaient des charges qui exigeaient la réunion de ces deux précieuses qualités.

Dans im acte daté de 1281 qui fait partie des archives de l'Eglise de Ravenne, Durand s'intitule : Doyen de Chartres , Chapelain du pape , Vicaire-général pour le spirituel de la Romagne, de Rologne, du comté de Rertinoro. Dans un autre acte, le nom de Durand se trouve parmi ceux des comtes réunis h Caslrocaro qui , le 22 février 1282 , jurent obéissance au comte Jean Appia ou de Epa. Des lettres adressées à Durand, par Martin IV, démontrent que ce vicaire-général pour le spirituel partageait avec le comte l'autorité temporelle. Enfin nous voyons , en 1284 , Durand , gouverneur de la Romagne , avec le titre de comte , comme successeur de Jean de Epa , qui venait de mourir. Dans le cours de l'année précédente, Guillaume était qualifié de trésorier de l'Eglise Romaine et avait été chargé par le pape d'emprunter dix mille livres tournois pour les frais de la guerre déclarée h la faction gibeline. On le voit prenant une part très-active h ces expéditions militaires et c'est ce qui a fait croire à plusieurs auteurs qu'il avait luimême commandé les troupes en sa qualité de comte. Or, cela se réduit à ce qu'il avait la gestion du matériel, en même temps qu'il était chargé de juger les différends et de veiller sur la flotte. On ne saurait sur ce point consulter de meilleurs documents que son propre témoignage. Voici ce qu'il dit dans son Spéculum : « Un clerc peut être préposé à la conduite » d'une juste guerre , non point pour commander di- » rectement à des hommes de sang, mais pour ré-

» pondre aux soldats , fournir l'argent , exécuter les » traités , rendre des sentences , disposer toutes cho- » ses , comme nous avons fait nous-même dans la » guerre que l'Eglise de Rome a soutenue en Roma- » gne contre des cités révoltées. »

Il faut avant tout, pour bien juger , se reporter à ces époques déjà éloignées de nous, et si un doyen de Chartres, un chapelain du pape, se montrait de nos jours au milieu d'une armée pour disposer toutes choses^ il y paraîtrait assurément fort déplacé. Mais il n'en était pas ainsi au treizième siècle, et cela devait être en un temps où toutes les branches des connaissances humaines étaient concentrées dans le clergé.

Pendant celte guerre , les Gibelins avaient détrait le fort dit Délie Ripe, dans l'Apennin. Durand le fit rebâtir et lui donna son nom. CeCastrum Durantis subsista jusqu'à l'année 1655, en laquelle le pape Urbain VIII en fit la ville épiscopale du nom d'Ur barda, à trois lieues d'Urbino. On voyait à l'hôtel -de-ville à'Urbania, au-dessous des armes de Durand, cette inscription latine :

Fulget in liis armis Guillelmus marchio magnus Durantis , terrœ primus, Speculi quoque auctor Mille ducentis octoginta quatuor annis.

Au lieu du titre de comte on donne ici à Durand celui de marquis, marchio magnus, parce que la marche d'Ancone était alors comprise dans son gouvernement. Guillaume exerça les fonctions civiles et militaires dont nous avons parlé jusqu'au commencement de l'année 1287.

ÉVÊQUE DE MENDE, l*' PARTIE. 411

Comment concilier cette date avec sa nomination h l'évêché de Mende, en 1285? C'est ce qui sera facile. On sait qu'à celte époque, et long-temps encore après, les évoques étaient élus par les chapitres cathédraux. Guillaume de Narbonne , archidiacre de Razès, avait refusé le siège de Mende. Les électeurs ne pouvant s'entendre sur le choix d'un autre sujet eurent recours à un compromis. Quatre chanoines furent délégués pour procéder h cette élection. Après une mûre délibération , ils jetèrent les yeux sur Guillaume Durand qui leur ^était recommandé « par » la maturité de l'âge , la gravité des mœurs et la » science des lettres. » L'élu était depuis long-temps absent de France, et il fallait que sa réputation fût bien éclatante pour être parvenue à ces chanoines d'une ville oii les retentissements des gloires mondaines n'avaient pas un grand écho. Peut-être aussi, et cela ne nous semble pas improbable, Guillaume de Narbonne, en motivant son refus , avait-il recommandé aux chanoines de Mende cet ancien clerc de la noble métropole. Quoi qu'il en soit, Guillaume Durand fut élu. Il était alors âgé de cinquante-cinq ans. Simon de Beaulieu , archevêque de Bourges et métropolitain de Mende, fut informé de cette élection par une lettre capitulaire du 25 avril 1285. Le pape Honorius III approuva cet acte par une bulle datée de Rome, h Sainte-Sabine, le 4 février 1286.

Durand n'avait voulu accepter qu'après avoir consulté le pape, à cause des engagements qu'il avait

avec le gouvernement pontifical. Puis, après ce con senlement, l'évêque élu ne pouvait, à cause de ses fondions en Italie, aller lui-même à Bourges pour solliciter sa confirmation , selon l'usage de ce tempslà. Alors Bouiface de Lavagua , archevêque de Bavenne , qui avait connu Durand au concile de Lyon , fut chargé de prendre les informations canoniques , en sauvegardant néanmoins les droits du métropolitain de l'Aquitaine. Ces informations ayant été favo^ râbles, le pape sanctionna le choix et Durand prit possession de l'évêché de Mende, par procureur. Ainsi l'élection de Durand s'accorde parfaitemeni avec son séjour en Italie , quoiqu'elle ait eu lieu en i285 et qu'il n'ait pu occuper personnellement le siège de Mende que sis ans plus tard.

En effet, au mois de juillet de l'an 1291 , Guillaume Durand fit sou entrée à Mende, qui , depuis plusieurs années, soupirait après cet heureux jour. Aussitôt après son arrivée , le nouvel évêque reçut l'hommage de Bérand , sire de Mercœur , pour les terres que ce seigneur possédait dans le Gévaudan. On a cru que Guillaume avait assisté au concile de Bourges, en 1290, mais c'est à tort, puisqu'on ne voit le diocèse de Mende représenté dans ce concile que par un vicaire-général député du chapitre.

En 1292, Durand réunit à sa mense épiscopale l'église paroissiale de Saint-Médard , de Banassac. Une bulle de Nicolas IV , mort le 4 avril 1292 , confirma cette réunion bénéficiale, et sous l'épiscopat de

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Guillaume Durand , neveu , les papes Clément V et Jean XXII confirmèrent à leur tour ce qui avait été fait par Nicolas IV.

La renommée que Guillaume s'était acquise par ses ouvrages (dont nous parlons en détail dans la 2*^ parlie de ces notions ) devait le recommander haulemenl au pape Boniface VIII qui, d'ailleurs, ne pouvait avoir oublié les services que cet illustre personnage avait rendus à la chaire de Saint-Pierre. L'archevêque de Ra venue, Boniface de La vagua , était mort, Durand fut appelé à ce grand siège. C'était en 1295. Notre évêque de Mende refusa cet honneur. Néanmoins, quelque temps après, il ne put se dispenser de retourner en Italie , car , dès le 27 novembre de la même année, le pape écrit aux Bolonais qu'il s'est décidé à placer h la tête de celte province Guillaume, évêque de Mende, « homme » d'un grand conseil, d'une prudence consommée et » qui connaît parfaitement le pays. » Ces paroles du pape sont , pour Guillaume Durand , un éloge bien mérité.

L'évêque de Mende quitta donc , en cette même année , sa ville épiscopale qu'il ne devait plus revoir et devint gouverneur de la Romagne et de la Marche d'Ancone,où il eut à lutter contre les rebelles qui ne voulaient pas défendre la ville de Bologne , menacée d'invasion par les troupes de la faction gibeline. Son énergie triompha cependant des plus grands obstacles dans une foule de circonstances qu'il ne

serait pas possible ici de signaler en délai!, et il se montra plus que jamais enflammé d'ardeur et de zèle pour défendre les intérêts du Saint-Siège.

Plusieurs chroniqueurs et historiens ont consigné dans leurs écrits les nombreuses péripéties de cette terrible guerre et le rôle considérable qu'y joua Guillaume Durand , en sa qualité de gouverneur des provinces qui en étaient le théâtre. Ils nous montrent l'évêque de Mende faisant son entrée solennelle dans les villes de Rimini, Césène, Imola, Faenza, Ravenne. Le 16 mars 1296, Durand écrivait de Rimini, aux habitants de Bologne , une lettre qui commence par Ténuméraiion de ses titres et c'est le seul passage de cette lettre qui puisse avoir quelque intérêt pour nous. Guilielmus (sic) Dei gratiâ episcopiis Mimatensis provinciariim Marchiœ Anconitanœ et Romandiolœ civitatis qiioqiie et comitatûs Britonorii rector m spiritiialibus et temporalibus generalis nobilibus viris Domino Giiilielmo de Lambertinis et cœteris de Bononia guerrce prœposiiis salutem in Domino. « Guillaume, par la » grâce de Dieu , évêque de Mende , gouverneur gé- » rai pour le spirituel et le temporel de la Marche » d'Ancone et de la Roniagne , ainsi que de la cité » (de Bologne) et du c@mté de Bertinoro , aux nobles » hommes, le seigneur Guillaume de Lambertini et » autres Bolonais préposés à la guerre, salut en no- » tre Seigneur.» Il paraît certain, pour le dire en passant, que ce noble Guillaume de Lambertini était un des ancêtres du grand pape Benoît XIV qui portait

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avant son élection le nom de Prosper Lambertini et dont la famille était distinguée, à Bologne, par son ancienne noblesse. La lettre dont on vient de lire le préambule est datée du 16 mars 12196, et se trouve dans les archives de la puissante ville de Bologne, la seconde des Eials-Bomains.

Cette année était le terme assigné par la providence à la vie si agitée de l'évêque de Mende. Au mois de septembre il avait été remplacé dans son gouvernement par Maxime de Piperno. Il était rentré dans la ville de Borne, lorsqu'une maladie grave vint l'enlever au monde , le jour même de la fête de tous les saints. Il n'avait que soixante-six ans, si la date de sa naissance est bien l'année 1230, car on lit dans quelques auteurs que Durand mourut âgé de soixanie-ciaq ans. Cette différence est insignifiante.

Le corps de ce grand prélat fut déposé dans l'église de la Minerve, où l'on voit encore son tombeau. Ce monument en marbre est l'ouvrage de Jean , fils de Cosimato, qui le décora de belles mosaïques, et qui était contemporain de Guillaume Durand. Dans la partie supérieure de ce mausolée est une niche cintrée que décore l'image de la Sainte- Vierge , tenant dans ses bras l'Enliint- Jésus, entre deux monogrammes qui donnent à Marie la qualité de mère de Dieu (fjLYiTYip Teoû). A droite on voit un évêque qui fait agenouiller devant la Vierge un autre évêque plus jeune que lui et que l'on croit être Durand. A gauche est saint Dominique. Dans la partie centrale qui est le

sarcophage , Durand est couché ayant la tête posée sur un coussin. Sur la base du monument sont cinq écussons en mosaïque. Ce sont les armes de l'évêque défunt que la Gallia Cliristiana décrit ainsi , en parlant du neveu qui lui succéda à Mende : « Ces armes sont » d'argent, à trois bandes d'azur, au chef d'argent, » à un lion issant d'azur, le même chef soutenu d'a- » zur, à trois étoiles d'or. » Ceci prouve suffisamment, à notre avis, que Durand était issu d'une famille noble dont les armoiries ont été conservées par les membres qui en sont descendus.

L'épitaphe est en vers latins qui ne sont point d'une poésie riche et régulière, mais qui expriment fidèlement les fonctions que Durand a remplies pendant sa vie et les ouvrages qui ont rendu son nom immortel. Elle est reproduite d'après Echard et Sarti qui l'ont donnée d'une manière plus exacte que plusieurs autres auteurs.

ffïc jacet egregius doctor , prœsul Mimatensis Nomme Duranti Guilielmus , régula morum. Splendor honestatis et casti candor amoris Altum consilns, speciosumj mente serenum Hune insignibant. Immotus turbine mundi, 3Iente piuSj sermone gravis j gestuque modestus, Eoptitit infestus super hostes more leonis. Indomitos domuit populos , ferroque*rebelles Impulitj Ecclesiœ victos servire coegit.

Comprobat of/iciis j paruit Romania sceptre Belligeri comitis , Martini tempore quarli. Edidit injure librum , ijuo jus reperitur

Et Spéculum jutais j Patrum quoque Pontificale Et Rationale divinorum patefecit.

Instruxit Clerum scriptis monuitque statutis. Gregorii denij Nicolai scita perenni Glosa diffudit populis sensusque profundos Scire dédit mentes corusca luce studentum. Quem memori laudi genuit provincia dignum Et dédit à Podio Missone diœcesis illum Inde Biterrensis. Prœsignis curia papœ Dum foret Ecclesiœ Mimatensis sede quietus Hune vocat; Octavus Bonifacius illum Promovet; hic renuit Ravennœ prœsul haberi. Fit cornes invictus simul hinc et Marchio tandem Et Romam rediit Domini sub mille trecentis Quatuor amotis annis, tumulante Minervà.

Subripit hune festiva dies et prima novembris. Gaudia cum sanctis tenet omnibus indè sacerdos Pro quo perpetuo datur hac celebrare capella.

Ces vers ne sont pas du tout faciles à traduire en français. Néanmoins M. Victor Le Clerc en donne letle traduction que nous transcrivons textuellement.

« Ici repose un excellent docteur , l'évêque de Mende ,

» Guillaume Duranti , la règle des mœurs. Une vertu écla-

» tante et toute la candeur du pur amour se joignirent en

» lui à la profondeur des conseils, à la beauté de l'exté-

» rieur, à la sérénité de l'âme. Calme au milieu des ora-

» gcs du monde, pieux, grave en paroles, modeste dans

» sa démarche, il combattit, lion terrible, les ennemis de

» la foi. Il dompta des peuples indomptés, repoussa les

» rebelles par le fer et contraignit les vaincus d'obéir à

l'Eglise. Témoin la Romagne, au temps de Martin IV, se soumettant au sceptre du prélat devenu comte belliqueux. C'est lui qui a publié le Répertoire du droit, le Miroir du droit, le Pontifical des évêques, le Rational des offices divins. Il a instruit le clergé par ses écrits et l'a dirigé par ses statuts. Il a expliqué aux peuples, par une glose perpétuelle, les constitutions de Grégoire X et de Nicolas , et aux yeux des étudiants , il en a fait briller les pensées profondes de la plus vive lumière. Cet homme si digne de gloire naquit en Provence, à Puymisson, au diocèse de Béziers. La cour d'un pape illustre l'appela , tandis qu'il se reposait de ses travaux dans son évêché de Mende; Boniface VIII voulut l'élever plus haut, mais l'évêque refusa d'être archevêque de Ravenne. Toujours invincible, il fut comte et enfin marquis. Revenu à Rome, l'an de Notre-Seigneur 1296, il y trouva la mort qui l'a conduit à ce tombeau de la Minerve, pendant la fête du premier jour de novembre. Voilà pourquoi le prélat jouit maintenant ici de la vie céleste avec tous les saints , et on célèbre pour lui le sacrifice à perpétuité dans cette chapelle. »

Les deux derniers vers, tels qu'ils sont traduits, présentent un sens assez étrange, car s'il est vrai que le défunt jouisse dans le ciel de la gloire avec les saints, il n'a nul besoin du sacrifice perpétuel que l'on célèbre pour lui. N'en déplaise à M. Le Clerc, il me semble que l'on pourrait traduire ces vers ainsi qu'il suit: « Ce pontife, sacerf/os, jouit maintenant » de la joie de tous les saints et c'est pour cela que » ses restes ont été déposés dans cette chapelle où

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» l'on offre perpétuellement le saint sacrifice. » Sans doute les termes pro quo semblent annoncer que l'on célèbre pour l'âme du défunt , mais ils peuvent aussi bien exprimer que le sacrifice est offert en sa présence, proj devant lui ou ses restes, en cette chapelle.

Sur la tombe même est une autre inscription plus courte. Elle est ainsi conçue :

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