‹ Gabalum ChristianumChapitre 124 sur 126 · JOHANNES FILIUS MAGISTRI COSIMATI FECIT HOC OPUS · texte numérisé non relu

JOHANNES FILIUS MAGISTRI COSIMATI FECIT HOC OPUS

On pense, avec une grande probabilité, que le neveu de Guillaume Durand, qui portait le même nom que l'oncle et qui lui succéda sur le siège de Mende, a composé l'épitaphe qu'on vient de lire. C'est en mémoire du jour où son oncle était mort que le neveu fonda, à Mende, le collège de Toussaint qui depuis long-temps a cessé d'exister dans celte ville épiscopale.

Il nous reste maintenant h discuter plusieurs opinions émises sur cet illustre personnage. A-t-il appartenu à l'ordre des Dominicains ? Le Père Echard , !'eligieux de cet ordre, a cherché à démontrer qu'en

effet Durand en fut membre. Entre autres preuves il considère comme la plus concluante celle qui résulte de la délibération qui eut lieu entre l'archevêque de Bourges et plusieurs autres prélats réunis à Clermont, sur la confirmation qui devait être prononcée en faveur de Guillaume Durand , élu évêque de Mende , ils lui donnent le titre Aq frère , fratris Diirandi elecli episcopi Mimatensis. 11 n'est guère possible de partager l'opinion d'Echard, car entin on pouvait bien donner à Durand celle qualification monacale de f7'ère puisqu'il était chanoine régulier de Maguelone, ainsi qu'on l'a vu. D'ailleurs cette qualification , donnée à Durand, ne prouve pas plus qu'il était dominicain que membre de toute autre congrégation religieuse. Aussi les Augustins ont-ils, à leur tour, cherché à le revendiquer pour l'honneur de leur ordre. Cette lutte prouve combien grande devait être l'estime que les contemporains et leurs successeurs vouaient à celte haute personnification de la science et de la vertu. Il paraît indubitable que Guillaume Durand n'a jamais appartenu à aucun ordre religieux et qu'en ce qui touche l'ordre de Saint-Dominique on l'a confondu avec Guillaume Durand, de Saint-Pourçain, qui fut d'abord Dominicain, ensuite évêque du Puy et enfin de Meaux , Meldensis^ que certains auteurs, peu instruits dans la géographie ecclésiastique, ont traduit par Mende. Ce prélat qui a beaucoup d'analogie, outre son nom el prénom , avec l'évêque de Mende , par ses ouvrages sur le droit, mourut en 1555.

Pour ce qui est de l'opinion qui a voulu faire de notre évêque de Mende un religieux Augustin , elle n'est appuyée sur aucune preuve. 11 a suffi qu'un écrivain de cet ordre ait avancé cette prétention pour que des biographes plagiaires et sans critique aient à leur tour émis ce sentiment tout-à-fait gratuit.

Toutefois il est certain que les restes mortels de Guillaume Durand, de Mende, reposent dans une église qui appartient aux religieux de Saint-Dominique, à Rome, et que dans le couvent qui y est attenant réside le général de cet ordre. C'est l'église de la Minerve dont il a été déjà parlé. Ceci néanmoins ne prouve encore rien, car Moroni dans son Dictionnaire d'érudition ecclésiastique, publié récemment en Italien, indique plusieurs autres sépultures de celle église. On y remarque, dit-il , les tombeaux du cavalier Pucci , du cardinal Tibaldi , du cardinal Frangipani, de Tornabuoni, de Fabretti, de Paul Manuce, deBraggi, d'Ubaldini. Puis Moroni nomme le mausolée de Durand, le célèbre liturgisle et canonisle : // sepolcro di Monsignor Durando célèbre lilurgico» Les personnages nommés avant ce dernier n'étaient pas, à coup sûr, des Dominicains. Moroni ne désigne qu'un seul religieux de cet ordre inhumé dans l'église de Sainte-Marie de la Minerve. C'est le trèsillustre et célèbre peintre, Angelico di Fiesole, dont Michel-Ange disait , en admirant ses tableaux : « Je » crois que ce frère va au ciel pour considérer les » visages des bienheureux et qu'il redescend ensuite

» pour les peindre. » (/o credo clie quesio fraie vade in cielo a considerare quel beau volti e poi li venga a dipingere qiiaggiù fra noi.

A côté de Guillaume Durand reposent , en la même église , les corps des papes Léon X , Clément VII, Paul IV, Urbain VII et Benoît XIII. Tous ces détails intéressants sont extraits de l'ouvrage précité, de Gaëtano Moroni, dont je possède 51 volumes et qui en aura soixante.

On lit, dans quelques auteurs, que Guillaume Durand mourut et fut inhumé à Nicosie, dans l'île de Chypre. On a confondu l'oncle avec le neveu , qui fut aussi évêque de Mende sous le nom de Guillaume Durand. Celui-ci mourut en effet en Chypre, en l'année 4528, mais n'y fut pas inhumé.

L'auteur de l'Histoire du droit romain, P. C. de Savigny, dans sa notice sur Guillaume Durand, réfute les sentiments erronés qui ont été émis sur ce grand évêque. Ainsi on a dit à tort et sans la moindre preuve qu'il avait fait des vers en langue provençale ou méridionale , car sous le nom de Provence on comprenait, surtout au treizième siècle, tout le midi de la France. On a prétendu aussi , sans en fournir la plus légère preuve , qu'ayant jeté les yeux sur une demoiselle française, qu'en son jeune âge il recherchait pour l'épouser, et ayant appris la nouvelle de sa mort, cet événement, qui était cependant faux, le fit mourir lui-même de chagrin en 1270. Or on a vu que Guillaume Durand ne mourut qu'en 1296.

II est temps de passer à la revue historique et littéraire des ouvrages qui ont placé Guillaume Durand parmi les écrivains les plus érudils du moyen-âge. C'est même ici très-certainement la principale cause de la renommée qu'il s'est acquise , car les fonctions qu'il a remplies, la prudence et le courage dont il a fait preuve, dans les conjonctures les plus difficiles, n'auraient point conquis à son nom la gloire immortelle dont il rayonne encore de nos jours.

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