‹ Gabalum ChristianumChapitre 125 sur 126 · NOTIONS LITTERAIRES · texte numérisé non relu

NOTIONS LITTERAIRES

L'ouvrage le plus considérable que Guillaume Durand ait publié est bien sans contredit celui qui a pour titre Spéculum Jiidiciale, mais qui est plus connu sous le nom de Spéculum Juris , Miroir du droit. Il convenait éminemment à un savant professeur de jurisprudence dans l'université si fameuse de Bologne de composer un livre de cette nature. Dans nos temps modernes ce serait chose étrange de voir un chanoine , un doyen de Chartres , un chapelain du pape offrir aux avocats, aux juges des tribunaux séculiers, une œuvre qui leur présenterait le corps complet des lois civiles et les règles qui doivent les guider dans leur profession. Il est bien vrai qu'en plein dix-neuvième siècle nous avons vu des avocats , des procureurs-généraux de cours souveraines offrir au clergé des Manuels de droit canonique, et qui plus est se plaindre amèrement quand l'épiscopat s'est levé pour condamner leurs écrits. Si de nos jours des anomalies de ce genre sont frappées d'improbation, il n'en était pas de même au moyen-âge où le clergé seul, ou à peu près, avait le monopole de la science. En ce temps-là l'étude du droit civil était inséparable de celle du droit canon.

Le Spéculum de Durand est, en effet , un grand traité pratique du droit civil et canonique, où, pour employer les expressions de M. Victor Le Clerc : « la jus- » tice laïque disparaît sans cesse sous le nombre et » l'autorité des lois de l'Eglise. » Durand déroule en ces termes le plan de son œuvre colossale : « Je veux » former un miroir judiciaire où les juges, les avo- B cats , les notaires , les parties , les témoins et toutes » autres personnes puissent voir comment dans les » procès ordinaires et extraordinaires, civils et cri- » minels , et dans chaque point de toute cause, il leur » importe de se conduire pour s'acquitter exactement » de leurs devoirs. »

Durand a divisé son Spéculum en quatre livres. Le premier de ces livres est à son tour partagé en quatre parties. Le second en contient trois. Le troisième, qui est le plus court, est une sorte de code d'instruction criminelle. Le quatrième est un recueil de formules.

Dans le premier livre, on voit que Durand avait été lui-même avocat. Il y parle avec éloquence des devoirs de cette profession. « Les avocats, dit-il, qui éclaircis- » sent les faits douteux d'une cause, et qui parla force » de leur défense , dans les affaires privées et publi- » ques , relèvent ce qui est tombé et réparent ce qui » menace ruine, ne sont pas moins utiles au genre » humain que s'ils prenaient les armes et répandaient » leur sang pour sauver leur patrie et leur famille. Ils » combattent en effet, ils combattent, lorsque, forts » de l'appui qu'ils trouvent dans cette voix qui fait

» leur gloire, ils défendent l'espérance, la vie et les » enfants des malheureux, d

Si Durand fait ainsi ressortir la noble fonction des avocats et leur incontestable utilité , il ne manque pas non plus de tracer d'une main ferme les devoirs qui leur sont imposés. Il les engage à ne point se livrer à une loquacité excessive et à parler toujours à propos. Au milieu de ces graves colonnes latines il cile plusieurs proverbes dans la langue de son pays natal. Tel est celui-ci relatif au babil des avocats :

a Mai val calar que fol parlar. »

Vaut mieux se taire que de parler en insensé.

Quant à la courtoisie réciproque dont les avocats doivent user il cite cet autre proverbe :

« Per gent parlar bocca non ca. »

La traduction enlèverait à cet adage tout sou sel.

Le Spéculum Judiciale a joui , dès son apparition , d'une faveur universelle. De l'Italie il se répandit promptement dans toute l'Europe. Dès l'an 1306, le cardinal Fridoli , ancien évêque de Béziers , en fit une table raisonnée , sous le titre de Inveniarium. Jean d'André et Baldus y firent de très-utiles additions. P.-C. de Savigny dit que même dans les temps présents on peut regarder cet ouvrage comme une des sources les plus importantes pour l'histoire du droit.

Il existe un très-grand nombre de manuscrits do cet ouvrage dans plusieurs bibliothèques publiques. Paris en possède quelques-uns. On en trouve dans celles de Cambrai, Saint-Omer, Airas, Amiens, Char-

très, Reims, Troyes, Lyon, Grenoble. En Italie on peut citer la bibliothèque du Vatican , celle du Mont- Cassin, de Milan et autres. L'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne n'en sont pas dépourvues.

Dès les premiers temps de l'imprimerie le Spéculum fut reproduit par la presse. La bibliothèque nationale à Paris possède les plus anciennes éditions. On y en voit une qui a paru à Rome en 1470. Les premières sont en caractères gothiques , mais celle-ci est en caractères romains. Il serait trop long d'énumérer les éditions parues dans le seizième siècle. Au dix-septième, on a montré moins d'empressement h reproduire cette œuvre capitale. Il en existe une édition très-correcte imprimée à Francfort, en 1612. Elle est en deux volumes in-folio dont chacun contient deux tomes. La dernière édition est de 1678. P. -G. de Savigny compte trente-huit éditions du Spéculum.

Le second ouvrage, composé par notre éminent évêque de Mende , a pour titre : Bepertonumjuris canonici. Ge livre est connu aussi sous le nom de Breviarium aureum. Le Répertoire du droit canon ou Bréviaire d'Or est divisé en cinq parties. Ge sont des citations sur les Décrétales, rangées selon l'ordre des titres. Le cinquième livre surtout intéresse les prêtres chargés de la conduite des âmes. Il l'intitule : Memoriale Sacerdotum ou Aureum Confessorium. Il y traite ce qu'il faut considérer dans chaque péché et marque la pénitence qui doit être imposée. 11 y établit la distinction entre les péchés mortels et les véniels,

y rappelle les règles des théologiens par une foule de cas difficiles etc. Le Repertorium a été publié , soit en manuscrits , soit par la presse , en très-grand nombre de fois, en un volume in-folio. On trouve des éditions en un volume grand in-8". L'édition de J579 en caractères gothiques est de ce dernier format.

Après les deux ouvrages mentionnés vient par ordre de date le Commentaire sur le concile général de Ijjon. « Ce Commentaire, dit P.-C. de Savigny, offre » un intérêt particulier, en ce que Duranlis est le » rédacteur de ces décrétalesqui, après sa mort ont » élé insérées dans le Sextus. » Ces décrétales portent le nom de Grégoire X, qui présida au concile de Lyon , comme il a été dit antérieurement. On croit que le Commentaire a été composé par Durand, en 1277. Il est utile de recueillir un trait qui se fait remarquer dans ce Commentaire , au sujet des Grecs admis, comme on sait, à ce concile de Lyon, oii devait s'opérer leur réunion à l'Eglise catholique. Durand raconte que les évêques orientaux, ainsi que d'autres clercs envoyés par l'empereur de Constantinople, non contents de reconnaître que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, chantèrent en cette circonstance solennelle la formule : Filioque procedil, du symbole en langue latine. Puis il ajoute : Et utinàm quod ore cantaverunl corde credant! Utinàm eos ad hoc induxerit fervor et devotio fidei, non callidilas sivè melus. « Plaise » au ciel qu'ils croient de cœur ce qu'ils ont confessé f> de bouche ! Plaise au ciel que cette profession de foi

» leur ait été inspirée par la ferveur et la sincérité de » la foi et non point par la ruse ou la crainte ! » Durand connaissait parfaitement, comme on voit, l'esprit de duplicité qui caractérise les Grecs , et il manifeste par ses paroles le peu de confiance qu'il avait dans la durée et la bonne foi de cette réunion au centre du catholicisme. Les événements subséquents ont malheureusement prouvé que le secrétaire du concile ne s'était pas fourvoyé dans ses appréciations sur cette nation versatile et inconstante. Maïolo a dit faussement que l'empereur Paléologue assista au concile de Lyon , car il est certain que cet empereur grec se contenta de s'y faire représenter. Il en signa seulement les actes.

Nous arrivons maintenant à un ouvrage qui, sous tous les rapports, convient au caractère sacerdotal de son auteur et qui lui assure une place très-distinguée parmi les théologiens liturgistes. Pour ce qui me concerne et h cause de l'étude spéciale que j'ai dû faire de l'ouvrage en question pour mes Origines et Raison de la liturgie catholique publiées en 1844, je puis affirmer que cette œuvre se recommande par une érudition des plus vastes et qu'il est à peu près impossible de se dispenser de l'étudier , quand on veut acquérir une connaissance étendue de la science liturgique. Sans doute tout ce qui a rapport aux explications mystiques n'est pas constamment exempt d'exagération, et une saine critique ne peut pas accueillir tout sans exception. Mais il n'en est pas moins .certain

que c'est un livre capital dans son espèce : c'est le Rationale divinorum ofjiciorum. Cet ouvrage, pour emprunter les paroles du P. Mariana , cet ouvrage aussi pieux que vaste et savant fut composé par l'auteur avant son élévation à l'épiscopat. Il n'est pas nécessaire de dire qu'il en a été ainsi pour les autres productions dont il a été déjà parlé. C'est donc , pour le dire en passant, au milieu des agitations de sa vie et des nombreux travaux de ses charges que notre auteur a composé surtout son Rationale, qui semblerait avoir dû être plutôt le fruit de ses loisirs dans son paisible évêché de Monde. Il ne faudrait donc point prendre au pied de la lettre ce que l'auteur dit dans son Proœmium ou préface : « Quoiqu'on ne puisse » rendre raison de tout ce qui nous a été transmis » par nos devanciers, et comme néanmoins il faut » extirper tout ce qui serait sans raison , moi Guil- » laume par la seule miséricorde ou patience de Dieu » solâ Dei patientiâ, appelé évêque de la sainte Eglise » de Mende , je frapperai à la porte , si la clef de Da- » vid daigne m'en procurer l'ouverture. » Ce préambule a dû être ajouté par l'auteur, quand il fut élevé à l'épiscopat. Nous lisons d'ailleurs au livre VIII, chapitre IX, ces paroles qui nous révèlent l'époque à laquelle Durand terminait son Rationale, puisque c'est le chn pitre XIV de ce dernier livre qui est la conclusion de tout l'ouvrage. Dans le chapitre IX qui vient d'être mentionné, Durand parle de l'épacte et il dit : Hoc anno computamus annos Domitii mille ducentos

octo(jinla sex. « En cette auuée nous comptons mil » deux cent quatre vingt six ans de l'ère chrétienne.» Or on a vu que Durand ne fut élevé à Tépiscopat qu'en i291. Néanmoins il pouvait se dire déjà electus^ élu évêque de Mende en 1286, puisque celte élection avait eu lieu Tannée précédente. Toujours est-il certain , et c'est là notre but principal, qu'en qualité d'évêque paisible possesseur de son siège de Mende, Guillaume Durand ne travailla point à la composition de son Raiionale.

La division du Rationale dlvinonim officiorum est celle-ci. 11 est partagé en huit livres. Chaque livre est subdivisé en chapitres et chacun de ces derniers en numéros. Dans le premier livre partagé en neuf chapitres, Durand traite du matériel du culte, c'est-àdire des églises , de leurs diverses parties architecturales et de tout ce qui en compose le mobilier. C'est là que l'auteur se livre à son goût excessif pour le symbolisme, qu'il trouve partout jusque dans la chaux, le sable et l'eau dont se compose le ciment qui lie les pierres les unes aux autres. Au second livre, il s'occupe du personnel. En tête il place le pape.

Ici M. Victor Le Clerc prétend que la définition du pape est dans ce livre telle qu'on doit Caltendre d'un homme habitué à soutenir les prétentions excessives de la cour romaine. Malheureusement pour lui, M. Victor Le Clerc cite les propres expressions de Durand qu'il invoque comme une preuve des exagérations de cet écrivain, et cette preuve ne prouve rien de ce

genre. Ecoutons Durand traduit par M. Le Clerc-: « Sur » toute l'Eglise règne le pape, c'est-à-dire le père des » pères , nommé aussi l'universel parce qu'il dirige » l'Eglise entière , l'apostolique parce qu'il est le suc- » cesseur du prince des apôtres, le Souverain-Pontife, » parce qu'il est la tête de tous les pontifes qui ne sont » que ses membres et qu'il appelle à partager avec lui » les soucis du gouvernement, mais non la plénitude » du pouvoir. »

M. Victor Le Clerc, en découvrant dans ces paroles une exagération dans la puissance du pape, ne s'est pas bien rendu compte de la foi catholique sur la primauté du Souverain-Pontife. Si le pape n'est pas la tête du corps mystique de l'Eglise, s'il ne possède point la plénitude du pouvoir apostolique, il n'est plus que révêque de Rome jouissant simplement d'une primauté d'honneur et non point d'une suprématie de juridiction. Or cette dernière n'est point une prétention exclusivement ultramontaine, elle est un dogme de foi. Le catéchisme de Paris comme tout autre catéchisme catholique nous représente le pape comme le PÈRE COMMUN DES PASTEURS ET DES FIDÈLES. comme le vicaire de J.-C. sur la terre et par conséquent comme le chef visible de l'Eglise. Durand n'a parlé en cette occurrence que comme parlent tous les écrivains orthodoxes.

Les autres degrés de la hiérarchie sont ensuite énumérés par notre auteur jusqu'au simple clerc. Ici encore il n'est point possible d'adopter ce que M. Le

Clerc jious dit en rendant compte du dernier chapitre du second livre. Voici les paroles de cet écrivain en parlant de cet endroit de l'ouvrage de Guillaume Durand : « Il couronne le second livre par un beau por- » trait de l'évêque qui, jadis confondu avec le prêtre, B n'en a été distingué plus tard que pour ajouter aux » obligations qui leur sont communes des charges » nouvelles dont il est seul responsable envers Dieu.» Le lecteur du long mémoire de M. Le Clerc dont nous venons de citer ce passage pourrait croire que c'est ici un précis de la doctrine enseignée par Durand. H n'en est pourtant rien, car l'auteur du Rationale se garde parfaitement d'enseigner une doctrine aussi fausse et qui contredit l'histoire et même les livres saints. Durand, au contraire, fait ressortir la supériorité d'institution divine de l'évêque sur le prêtre, et si le titre de Sacej^dos est applicable à l'un et à l'autre, Durand établit fort bien la différence qui existe entre ceux qu'il nomme Sacerdotes majores et Sacerdotes minores j les prêtres majeurs et les prêtres mineurs , ou en termes connus les évêques et les prêtres. Il est à regretter qu'un homme aussi distingué que M. Le Clerc ait commis d'aussi graves inexactitudes sur le dogme catholique, dans sa très-intéressante et savante notice sur Guillaume Durand.

Le livre du Ratioiiale dont il est question et qui est le deuxième contient onze chapitres.

Le troisième livre traite des vêlements sacrés de tous les degrés de la hiérarchie , ainsi que des insi-

gnes de l'épiscopat, etc. Il est composé de dix-neuC chapitres dont le dernier traite des ornements et vêtements du culte mosaïque.

Le quatrième livre explique la messe en cinquanteneuf chapitres. C'est le livre le plus important de tout l'ouvrage et l'on pense bien que son analyse seule occuperait un très-grand nombre de pages. Or tel ne saurait être la place de ces notions succinctes.

Le cinquième livre décrit tout l'office. Moins long que le précédent , il ne renferme que dix chapitres et cela devait suffire pour expliquer les Heures canoniales.

Le sixième livre renferme cent quarante-trois chapitres, parce qu'il embrasse l'explication de tout le cycle liturgique depuis le premier dimanche de l'Avent jusqu'au dernier après la Pentecôte.

Le septième comprend les fêtes de la Sainte-Vierge et des saints ainsi quela commémoration des défunts. Il est divisé en quarante-huit chapitres.

Enfin , le huitième n'est autre chose qu'un traité de comput ecclésiastique. L'auteur y traite en quatorze chapitres de tout ce qui concerne le calendrier et ce n'est point la partie la moins curieuse d'un ouvrage qui présente un si grand intérêt, surtout dans notre siècle, puisque nous y voyons se développer toute l'économie de l'office public, tel qu'il était sous le règne de saint Louis.

Il existe un assez grand nombre de manuscrits du nationale. La bibliothèque nationale en possède six,

qui sont sur parchemin et de divers formats. Celui qui est inscrit sous le numéro 725 est un grand in-folio de 501 feuillets , orné de lettres d'or et d'une belle miniature qui représente des clercs au lutrin. Il est de l'année i47i . Le plus ancien, sous le numéro 717, est du treizième siècle. Les autres grandes bibliothèques de Paris en ont aussi de diverses époques.

On possède à la bibliothèque nationale une traduction française du Rationale par Jean Golein. C'était un religieux de l'ordre des Carmes qui s'était livré à ce travail , par ordre du roi Charles-le-Sage , en 1372. Le bon carme a commis la distraction suivante, en traduisant le titre latin de Guillaume Durand : Voici le texte : Guillebnus sanctœ Mimate?îsis Ecclesiœ sola Dei patienda dictas episcopiis. Les deux mots sola Dei se sont changés en un surnom qui serait soladri ou 5a/a(/rï, en sorte qu'un Guillaume DURAND SALA- DRI serait l'auteur du Rationale !... Cette traduction informe et burlesque reçut pourtant les honneurs de l'impression en 1505. Plusieurs villes de France, d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne, d'Angleterre sont en possession du Rationale manuscrit. Celui qui se voit à Oxford donne gratuitement à Durand le titre de cardinal , per Willielmtim Durandum cardinalem.

S'il fallait maintenant entrer dans le détail des di-< verses éditions imprimées de cet ouvrage ce serait un travail bibliographique très-considérable.Cequi prouve l'estime qu'on avait pour cet ouvrage c'est que le Rationale est le premier livre qui ait été imprimé après

la Bible. La première édition est de 1459. Elle a été faile par les inventeurs eux-mêmes de l'imprimerie Jean Fust et Pierre Schœffer. Elle est sur papier vélin. Le prix en a varié de nos jours de 1050 fr. h 2000 2700, et 5400 fr. La bibliothèque nationale en a trois exemplaires.

Le même quinzième siècle a vu paraître de ce livre au moins quarante-trois éditions. Le siècle suivant, à partir de l'année 1501 , en a vu éclore à peu près autant. Au dix-septième siècle, la reproduction du Rationale est beaucoup moins fréquente. Il n'en existe que dix éditions. La dernière de ce siècle est de l'an 1672, à Lyon, Antoine Cellier, format in-4o. C'est celle que je possède personnellement. Elle est dédiée à Hyacinthe Serroni, Romain, évêque de Mende. L'éditeur y a joint un ouvrage intitulé Explicalio divinorum ofpcioriim beaucoup moins étendu que le Rationale. Il a pour auteur Jean Belelh , théologien de Paris, qui vivait un siècle avant Durand et que celuici a mis à contribution en agrandissant le plan de Beleth.

L'épilaphe qu'on a lue fait mention d'un Pontificale dont Guillaume Durand est auteur. On pense qu'il eut seulement quelque part à la rédaction de ce rituel des évêques. Il n'a jamais été imprimé, mais il en existe quelques manuscrits en diverses bibliothèques et notamment à la bibliothèque nationale de Paris. Le plus beau de cette dernière provient de la bibliothèque de Colbert. Il porte en titre : Liber ordinis

pontificalis cd'itus per GiiUelmum Durantis speculatorem , bonœ et clarissimœ memoriœ episcopum Mimatensem. Ce livre contient beaucoup d'explications qui sont dans le Raiionale. Il est précieux surtout parcequ'on y voit toutes les formules des bénédictions. La bibliothèque de Toulouse possède le Pontificale de Durand en un manuscrit coté sous le numéro 171.

Une remarquable citation de M. Victor Le Clerc terminera ce qui vient d'être dit :

« Dans cette foule de sommes ou d'encyclopédies » de tout genre qui se multiplièrent du douzième au » quatorzième siècle et dont plusieurs, dédaignées par » Timprimerie, sont à peu près inconnues aux âges » suivants , comment les deux principaux recueils de » l'évêque de Mende, l'un judiciaire, l'autre lilurgift que, ont-ils été l'objet d'une telle prédilection et » sont-ils restés, pendant trois cents ans au moins, » la règle et l'instrument des deux puissances qui alors » se partageaient le monde, la foi et la loi? Comment » ses ouvrages , même le Pontifical , ont-ils été , pres- » que à leur apparition, traduits en espagnol, en » allemand et plus tard en italien? D'où vient l'éten- » due et l'éclat non encore éteint de sa réputation?...

On devra répondre qu'il doit y avoir incontestablement dans les œuvres de cet écrivain un mérite intrinsèque, et que s'il est parfois emphatique , diffus et quelquefois aussi , comme dans le Rationale , trop ami des explications mystiques, il y a chez lui, en somme, beaucoup de méthode , de précision et de clarté. Il

faut aussi Taire la part du siècle qui a vu naître Guillaume Durand. Ce n'est point avec les idées de nos temps modernes qu'il faut apprécier un auteur qui écrivait sous le règne de saint Louis et de Philippe-le- Hardi. La critique était en ce temps-là h peu près nulle, et l'on ne doit pas être surpris de trouver, surtout dans le Rationale, un certain nombre d'opinions que l'Eglise a rejetées depuis que les connaissances hagiographiques ont fait des progrès. Il faudrait pourtant se garder de tomber dans un autre excès, car le scepticisme, qui est la négation de toute croyance, est très-certainement plus funeste qu'une naïve crédulité. Qu'il me soit permis de regretter, en finissant, que la ville de Mende ne possède absolument aucun monument commémoratif de l'illustre évêque qui en a occupé le siège. Une simple copie de son mausolée qui esta Rome et de l'épitaphe qui y est gravée acquitterait du moins en partie une dette d'hommage à la mémoire de ce grand et docte prélat.

lA PREMIERE ET DE LA SECONDE PARTIE DE CET OUVRAGE.

Avis 9

Ppeiilicpc Partie.

Chapitre I. — Notions préliminaires sur le Gahalum ou Gévaudan, d'après les anciens historiens et géographes. . . 15

Chapitre II. — Continuation des notions préliminaires sur le Gahalum ou Gévaudan 27

Chapitre III. — Antiquité de la ville de Mende, considérée comme siège épiscopal du Gévaudan 35

Chapitre|^IV. — Nouvelles preuves de l'antiquité du siège épiscopal fixé à Mende; recherches sur le vrai nom de cette ville et détails historiques sur les diverses phases de cet évêché. 45

Chapitre V. — Anciennes localités historiques du Gévaudan , avant le huitième siècle 55

Chapitre VI. — Principales institutions monastiques du Gévaudan , antérieurement au quatorzième siècle 65

Chapitre VII. — Suite des principales institutions monastiques du Gévaudan, antérieurement au quatorzième siècle. . . 73

Chapitre VÏII. — Autres anciennes institutions monastiques, dont la fondation n'a pas de date connue 83

Chapitre IX. — Chapitres collégiaux du Gévaudan avant la révolution de 1789 89

Chapitre X. — Communautés religieuses des deux sexes et date de leur fondation avant la révolution de 1789. — Communautés établies depuis le concordat de 1801. — Confréries de pénitents 99

Chapitre XI, — Précis historique sur la construction de la cathédrale de Mende , par ordre du pape Urbain V, et sur

celle des deux clochers 109

Chapitre XII. — Réédification de la cathédrale de Mendc, à la suite du vandalisme protestant, et ancienne statistique paroissiale du diocèse 121

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