PRE3I1ÈRE PARTIE, N0T10>S PRÉLIMINAIRES
Il se pourrait encore que l'usage de tracer des chemins dans les bois ou les vastes plaines, en les indiquant, de distance en dislance, par des monceaux de pierres qu'on nommait Acervi Mercuriales , ait fait imposer ce nom à la vaste forêt dans laquelle s'élevait Tabbaye de Mercoire dont nous avons à parler en ce moment.
Cette fondation fut très-probablement un bienfait de l'illustre maison de Châleauneuf-de-Randon. Il est toujours certain que les seigneurs de ce nom, propriétaires de la majeure partie des montagnes au milieu desquelles fut édifié ce monastère, l'enrichirent de leurs nombreuses libéralités. Sa prospérité s'était maintenue jusqu'au temps où les Calvinistes parurent dans ce pays. Ces hérétiques fondirent, à plusieurs reprises, sur cette communauté et finirent par la ruiner. Hugues du Tems écrit, en 1774, « qu'il » ne reste plus des anciens bâtiments que le réfec- » toire et une église dans laquelle on ne célèbre plus » l'office divin. » Ce même auteur donne le catalogue des abbesses de Mercoire, depuis l'an 1254 jusqu'à l'an 1768, où Catherine-Sophie-Grégoire de Saint- Sauveur occupait cette dignité. Celle-ci est la vingtneuvième abbesse qui l'était encore en 1789. Il est presque inutile de dire que depuis la cessation du régime conventuel et régulier celle abbaye était tombée en commende, à la nomination du roi. En 1789, elle était taxée , en cour de Rome , pour un revenu de cinq mille livres qui, en réalité, était supérieur à
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ce chiffre. C'était la seule institution ancienne du diocèse de Mende qui fut restée en possession du titre abbatial, quoiqu'en effet il n'y eût en ce lieu rien qui rappelât une vie conventuelle que le revenu de l'abbesse. Selon les auteurs de la Gallia Cliristiana, l'abbaye de Mercoire comptait, en i271 , cinquante dames professes, quinze postulantes, sans y comprend dre les sœurs converses. Ce fut sans doute l'apogée de sa prospérité, quoique cette époque se rapproche beaucoup de sa fondation. Elle appartenait à l'ordre deCiteaux.
Ici, comme à Sainte-Enimie, s'élevait auprès du couvent des dames une communauté de prêtres qui desservaient l'abbaye. En général , les couvents de filles avaient toujours auprès d'eux un clergé régulier, surtout dans les lieux éloignés des grands centres de population. Dans celte communauté de prêtres étaient les directeurs de conscience, les chapelains de l'abbatiale, les prédicateurs et les frères oblats, pour le service extérieur de l'une et de l'autre communauté.
On vénérait jadis à Mercoire , la sainte corde avec laquelle on croyait que le Sauveur fut lié dans sa passion. Qu'est devenu ce précieux monument? Il avait disparu avant la tempête de 1793 qui a fini par tout détruire à Mercoire. Les propriétés, le couvent, l'église sont tombés dans des mains laïques, Mercoire n'est plus qu'une triste masure dans un pays aussi triste qu'elle. Cette ferme , car c'est à peine fîela , appartient à la paroisse du Chaylard-l'Evèque,