‹ Gabalum ChristianumChapitre 49 sur 126 · SAINT PRIVAT, MARTYR · texte numérisé non relu

SAINT PRIVAT, MARTYR

Après la mort de saint Sévérien, il était urgent d'envoyer dans cette région destinée à de plus grands progrès évangéliques un nouvel apôtre chargé de procurer le développement du germe déposé par son prédécesseur et d'asseoir sur des fondements plus solides l'édifice de la nouvelle Eglise gabalitaine. On a vu, dans le chapitre précédent, que le chanoine Dufraisse attribue h saint Austremoine, évêque d'Auvergne ou Clermont, l'envoi de saint Privât dans le Gévaudan. Cela concorde parfaitement avec l'opinion la plus universelle qui considère l'Auvergne comme la patrie de saint Privât. Certaines légendes le font naître à Coudes, non loin de Clermont. Nous croyons qu'on ne peut avoir sur celte particularité, d'ailleurs peu importante, une certitude bien fondée. En fait de monument irrécusable, on n'a sur saint Privai que le court passage de Grégoire de Tours. Nous l'avons

transcrit au commencement du premier chapitre de celte deuxième partie.

L'abbé Rabeyrolle , dans l'opuscule déjà plusieurs fois mentionné, nous dit que saint Martial, apôtre de l'Aquilaine, forma ce saint pontife et le chargea de la mission de convertir à la foi chrétienne les peuples du Gabalum. Il s'appuie sur les mémoires de M. de Cantalause, imprimés pour le chapitre de Mende en 1775. Ce dernier s'expiime aJnsi : « Les monumenig » de l'histoire ainsi que les archives de l'évéché et » chapitre de Mende attestent également la vérité de » l'apostolal du martyre saint Privât et du siècle où il » vécut. Tout se réunit à nous apprendre que saint » Martial envoya saint Privât dans le Gévaudan pour » y prêcher la foi, que celui-ci en fut le premier évè- » que et y souffrit le martyre en 262. Grégoire de » Tours atteste ce fait et après lui les meilleurs » critiques. »

Nous ne pmivons pas reprendre ici notre polémique sur divers points de ce passage. Il a été prouvé contre l'auteur que Grégoire de Tours n'a pas dit que saint Privât fut le premier évêque du Gévaudan, que Baronius et Baillet ne l'ont pas dit davantage. Cantalause prétendrait-il que le premier de ces historiens présente saint Privât comme un disciple de saint Martial? En vérité, Grégoire de Tours ne dit rien de pareil. Il n'est question, dans tous les agiographes, que de saint Sévérien envoyé dans le Gévaudan par saint Martial, premier évêque et apôtre de Li-

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moges. Les anciens offices du Propre des saints du diocèse de Mende ne contiennent , dans celui de saiiu Privât, rien qui ait rapport à cette mission de l'évêque martyr par saint Martial de Limoges. Il est bien plus naturel d'attribuer la mission de saint Privai à saint Austremoine, premier évêque et apôtre de Clermont, qui envoya à peu près dans ce même temps saint Ursin h Bourges. D'ailleurs on s'accorde à reconnaître que saint Privât était originaire d'Auvergne, et il est très-probable qu'il fut formé aux vertus de l'épiscopat par son propre évêque saint Austremoine.

Maintenant nous avons à émettre notre profession de foi sur la qualité d'apôtre du Gévaudan accordée à saint Privât. Nous disons que si saint Sévérien fut le devancier de saint Privât, il ne nous semble pas moins certain que le litre de fondateur de l'Eglise de ■Gabalum ou de Mende appartient éminemment à ce dernier. Nous répétons que saint Sévérien ne fit, pour ainsi dire , que [)asser dans cette contrée, qu'il creusa simplement les fondements du christianisme dans le pays des Cabales et en un mot qu'il prépara la voie dans laquelle saint Privât était appelé à marcher. Il n'y a donc , selon nous , rien à changer dans l'office de saint Privât, si ce n'est, dans le titre que lui donnent les nouveaux livres, le nom de premier évêque du Gévaudan. La qualité d'apôtre de la foi dans ce pays^lui est également assurée. Tout cela est conforme à l'antiquité, qui a consacré à saint Piival une

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solennité beaucoup plus splendide qu'à saint Sévérien, dont l'office se prenait du commun des confesseurs.

Tilleraont, auteur des Mémoires pour servir à l'histoire des six premiers siècles de l'Eglise , ne nous fournit aucun détail nouveau sur saint Privât. Ce savant critique ne veut pas cependant lui assigner la qualité de premier évéquedu Gévaudan. Il se contente de le désigner comme « évesque du pays de Gévaudan , dans » les montagnes du Languedoc, dont le siège épiscopal » est aujourd'huy à Mande » . Tout ce que dit cet auteur sur saint Privât et sur saint Sévérien se borne à des incertitudes et il n'a pu articuler que des doutes. ?sous redisons donc ici, puisque l'occasion se présente encore, que Tillemont ne saurait être sérieusement invoqué pour ou contre l'épiscopat de saint Sévérien. Il se borne à dire que dans les diocèses de Bourges et d'Orléans il y a plusieurs paroisses qui ont saint Privât pour patron et qu'on lui donne, en ces contrées, le nom de saint Privé. C'est bien là en etîel la traduction française du nom latin de Privalus^ dont on a fait Privât, dans les pays du midi de la France, parce que la langue habituelle de ces peuples se rapproche davantage du latin. On peut dire, à la gloire de saint Piivat, que son nom est connu assez généralement en France et dans le reste de la chrétienté.

La prose nouvelle de sa fête retrace parfaitement les vertus et les travaux apostoliques de ce saint évêque. A l'époque où Mende prit le rit parisien , ainsi que nous l'avons déjà dit, l'office de celte solennité

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patronale fut complètement refait. De nouvelles hymnes remplacèrent les anciennes du Propre de 1720, de même que celles-ci avaient succédé aux hymnes du Propre de 1619. Ainsi, en moins de deux siècles, cet office eut à subir trois changements absolus. Dans les deux premiers offices on remarque de très-belles hymnes, surtout celles du Propre de 1619 : Hic dies anno redeuniefestiis, qui résume d'une manière intime, nous dirions presque avec une couleur locale, la vie de saint Privât. Celle du Propre de 1720 : Luce Privato redeunte sacra se fait remarquer par son mérite poétique. La touche de Santeul et de Coffin se fait sentir dans les hymnes du nouvel office de 1763. La poésie en est élégante, mais cela ne constitue pas exclusivement la beauté liturgique.

Avec le plus grand nombre des historiens ecclésiastiques, nous plaçons le martyre de saint Privai vers l'an 265 et si nous lui refusons le titre de premier évèque du Gévaudan , nous lui maintenons celui de fondateur et de patron de cette Eglise.

SALNT FIRMIN.

Après saint Privai, tous les catalogues des évêques de l'Eglise de Mende nomment saint Firmin. Fut-il successeur immédiat de saint Privât? C'est une ques-

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lion à laquelle il est impossible de répondre d'une manière positive. Nous ne pouvons cependant accepter l'opinion consignée dans le martyrologe publié par Saint-Allais, qui place cet évêque du Gévaudan dans le sixième siècle. Le P. Longueval se borne à dire que la mémoire de ce saint est honorée à Mende le d6 janvier. Le martyrologe romain n'en fait aucune mention. Saint Firmin , selon la légende locale, aurait été inhumé sous l'autel de saint Julien , dans le bourg de Banassac, et la révélation de ses reliques aurait été miraculeusement faite à Ingellinus, prévôt de l'église de saint Martin de la Canourgue. C'est ici en etîet qu'était situé le célèbre monastère qui a donné son nom à cette ville , ainsi qu'il a été dit dans la première partie.

A quelle époque faut-il placer cette révélation? Il est impossible de la fixer, car il n'existe aucune sorte de document historique à cet égard. Il est toujours certain qu'il ne pouvait y avoir de monastère de saint Martin avant le cinquième siècle , puisqu'on fixe la mort de ce grand saint à l'an 401, du moins c'est l'opinion la plus généralement suivie.

Voici comment s'exprime, h l'article saint Firmin , la biographie universelle de Michaud :

« Les savants auteurs de la Gai lia Clirisiiana n'ont » pu découvrir aucune circonstance de la vie de ce » prélat et ils n*ont pu déterminer l'époque où il a « occupé le siège de Mende. On croit cependant que )■> ce fut h la lin du quatrième siècle. Son corps fut

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» trouvé à la Canourgne et transféré à l'abbaye de » Saint-Victor de Marseille, où il était encore exposé » h la vénération des fidèles, il y a quelques années. »

Quoique dans ce passage on lise que le corps de saint Firmin fnt trouvé h la Canourgue, tandis que la légende place cette découverte ou invention à Banassac, ce ne saurait être un dissentiment, quand on sait que ces deux localités si rapprochées sont souvent prises l'une pour l'autre. Dans ces temps reculés, la Canourgue n'était autre chose que le monastère ou Cnnonica domus de Banassac.

L'Église de France honore plusieurs saints sous le nom de saint Firmin.

Amiens reconnaît dans saint Firmin martyr son premier évêque, apôtre de toute la Picardie.

Cette même Eglise célèbre aussi la fête d'un saint Firmin, qu'on distingue du premier par le surnom de confessem\

Un troisième saint Firmin fut évêque de Verdun, dans le quati ième siècle.

Un quatrième saint Firmin occupa le siège d'Uzès, dans le sixième siècle.

Si saint Firmin évêque de Mende n'est pas le même que saint Firmin le martyr, premier évêque d'Amiens, c'est le cinquième de ce nom qui est honoré en France. Pour ce qui se réfère à cette identité que nous venons de faire pressentir, on voudra bien lire la noie sur le chapitre II de la deuxième partie , à la fin du volume.

f.es trois saints pontifes qui font le sujet de ce

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deuxième chapitre doivent être mis, pour ainsi parler, dans une classe à part. C'est par eux qu'a été défriché, dans le sens moral, notre sol gabalitain. Sous eux l'Eglise de Mende n'est encore qu'à l'état de mission évangélique, comme le sont aujourd'hui plusieurs contrées de l'Asie. Le temple matériel n'y est très-probablement qu'une caverne dans le roc ou tout au plus un oratoire des plus modestes, comme le fut à Rome, sous saint Pierre, l'asile qui abrita le premier autel du christianisme. Mais la semence a été répandue sur un sol qui ne sera pas ingrat.

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