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CHAPITRE II

Saint SévérJen, saint Privât, saint FiFmm.

SAINT SÉVÉRIEN.

Le nom du premier évêque connu de l'Eglise de Mende a été quelquefois celui de Sévérin , Severinus. Cette appellation n'est pas rare, comme on sait^ dans les diptyques de notre Eglise de France. Nous y trouvons saint Séverin d'Agaune , saint Séverin ou Seurin de Bordeaux, saint Séverin de Vienne, en Dauphiné, saint Séverin de Bigorre. Si nous voulons nous en tenir à l'appellation de Sévérien, ce nom, moins commun en France, ne sera pas pour cela exclusivement oriental , car nous avons saint Sévérien , Severianus, martyr h Rome. D'ailleurs ce nom a une racine totalement occidentale ou latine. Ce serait donc une objection futile que celle qui nous présenterait le nom de Sévérien comme appartenant, sans exception, aux populations asiatiques^ Sévérien, Séverin, Séver, Sévérian, Seurin ne sont que des variantes de Sévère, Sevenis ou Severius^

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Qui ne sait que Rome a eu pour empereurs Sévère, el z\lexandre Sévère, y compris le poète Cornélius Sévère? N'avons-nous pas aussi Sulpice Sévère l'historien et saint Sulpice Sévère, archevêque de Bourges? Ces délails, qui ailleurs seraient oiseux, ne sont pas ici sans importance et hors de propos.

De qui cet évêque aurait-il reçu sa mission apostolique pour le pays des Cabales ou Gévaudan ? On peut admettre sans difficulté que saint Sévérien fut envoyé dans cette contrée par saint Martial, évêque de Limoges, un des sept apôtres des nations qui reçurent la mission d'évangéliser la France et de propager l'empire du Christianisme. Or, cette grande mission eut lieu vers l'an 245 de l'ère chrétienne. On peut donc croire que saint Sévérien évangélisa le Gévaudan vers l'an 255, et qu'après quelques années consacrées à ce labeur apostolique il fut emporté par la tempête des persécutions qui sévissait alors avec fureur dans toute la domination romaine. 11 est vrai que l'ancienne liturgie de Mende ne l'honorait pas comme martyr, mais comme confesseur. C'était sans doute parce qu'on n'a point de certitude sur le genre de sa mort. Nous ne pouvons non plus affirmer qu'il soit mort martyr, mais nous inclinons beaucoup plus vers cette dernière opinion , car c'est ainsi que presque toujours se terminait, dans ces premiers siècles, la mission de ces prédicateurs de l'Evangile.

Saint Sévérien semble donc n'avoir fait qu'une assez courte nppariiion dans le pays des Cabales, ainsi

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qu'il a élé dit. On peut donc présumer que sous ce saint ëvêque il y eut en cette contrée quelques rares prosélytes de la sainte doctrine, et que leur nombre n'était pas suffisant pour constituer une véritable chrétienté. Cette mission peut être considérée comme la première aurore du jour qui devait enfin luire avec \m certain éclat sous son successeur. Nous avons vu et nous voyons encore tous les jours, surtout dans les contrées lointaines, se former des églises avec des éléments aussi faibles. C'est le grain de sénevé qui, à peine levé de terre, ne présente qu'une chélive plante, et qui, avec le temps, devient, selon l'expression du livre sacré, un arbre pouvant offrir un abri salutaire.

Nous avons en ce moment à examiner le fait historique de la suppression de la fêle de saint Sévérien dans le Propre des saints du diocèse de Mende. Les anciens bréviaires, missels et heures paroissiales marquaient pour le 26 janvier cette fête. Le Propre de 1619 l'indique pour ce jour, sous la rubrique : In fesio sancti Severiani epîscopi Mimatensis et confessorisj Duplex à Capitulo. Tout le monde sait que dans le dix-huitième siècle se manifesta, en France, un esprit d'innovation liturgique, en opposition h l'unitc' romaine établie par le pape S. Pie Y, en 1576. Le nouveau Bréviaire et le nouveau Missel de Paris , inaugurés en 1736 et 1758, furent considérés à peu près partout comme des chefs-d'œuvre de composition littéraire et critique. L'archevêque d'Albi crut

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devoir doter son Eglise et son arrondissement mé- Iropolilain de la nouvelle liturgie parisienne , tant était grande alors l'influence de la capitale sur l'esprit des provinces. Ce prélat était Léopold-Charles de Choiseul-Stainville, frère du duc de Choiseul, premier ministre et cousin de Florent de Choiseul-Beaupré, évèque de Mende. Albi quitta, en 1762, la liturgie romaine, celle de l'Eglise mère et maîtresse de toutes les Eglises. En i765, Mende imitait Albi , tandis que Rodez, sufTragant comme Mende de la métropole albigeoise, restait fidèle au rit romain et s'est montré persévérant jusqu^à nos jours. C'est alors seulement que Mende supprima saint Sévérien et l'on a vu dans le chapitre précédent si cette décision fut le résultat d'un examen bien approfondi.

Cet acte de l'autorité épiscopale de Mende , en 4765 , est-il de nature à interdire toute nouvelle discussion , au sujet de l'antériorité de saint Sévérien à saint Privât? Nous ne l'avons pas cru, car ce ne sont point ici des dogmes h débattre, mais des faits historiques à élucider. Bien plus, nous sommes Jrès persuadés qu'une réintégration à solliciter est plus édifiante qu'une suppression à provoquer ou à maintenir. Nous ne voulons pas non plus troubler la cendre du vénérable abbé Rabeyrolle qui fut notre compatriote et notre ami. Il composait son opuscule en un temps où les études liturgiques n'avaient pas encore pris leur essor, et il écrivait dans un pays où il ne pouvait consulter les sources de l'érudition

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comme nous qui vivons dans une cité où elles surabondent.

Selon nous , et comme corollaire de tout ce qui a été dit sur celte question, saint Sévérien doit être considéré comme premier évêque du Gabalinn ou Oévaudan , et c'est pourquoi nous le plaçons à la tête de notre catalogue.

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