VALÈRE
Après Genialis, dont le nom seul et la date de sa subscripiion au concile d'Arles nous sont uniquement connus, la succession des évêques de Mende ne recommence qu'à l'an 451 . L'histoire de cette Eglise éprouve donc une longue lacune de cent trente-sept ans, à dater de l'an 314. Cette interruption disparaîtrait si Ton pouvait adopter l'opinion qui place le martyre de saint Privât dans les premières années du cinquième siècle. Mais nous avons dû repousser cet inadmissible système. En ce cas, le catalogue débuterait ainsi : Saint Sévérien, saint Firmin, Genialis, saint Privai et Valère. On pourrait largement expliquer le manuscrit de Trêves et la légende de l'office de saintPrivat, dans le Propre de 1619, où l'on dit que ce saint fut enterré à Mende, dans l'endroit où ses prédécesseurs 3L\'dienl reçu la sépulture. Or nous n'avons pas cru qu'il fut possible d'adopter ce système contrairement à l'autorité de Grégoire de Tours. Il faut donc recourir à d'autres raisons pour tacher d'expliquer la longue interruption de plus d'un siècle, en supposant même que Genialis ne serait mort que trente ans après avoir souscrit au concile d'Arles. Que serait-ce donc si l'on ne voulait pas admettre Genialis dans le catalogue des évêques du Gévaudan?
A l'époque où Genialis assistait au concile d'Arles,
i6Q GABALUM CIIHISTIANUAI
deux ans s'élaieiu écoulés depuis la miiaculeuse apparition de la croix à l'empereur Constantin. L'ère des persécutions était fermée. Mais déjà en 525, l'hérésie d'Arius qui avait infecté une partiedel'orient, commençait à poindre dans les Gaules. En 555, les empereurs romains, fauteurs de l'Arianisme, suscitent dans les Gaules une horrible persécution contre les catholiques. Puis encore l'apostat Julien cherche à faire revivre le paganisme. Un peu plus lard , Toulouse devient la capitale du royaume des Goths, qui occupaient les contrées sises entre les Pyrénées et la Loire, l'Océan et le Rhône. Le Gabalum faisait donc partie de cet immense domaine et la religion avait grandement à souffrir de ces déplorables perturbations. Enfin les Francs finissent par envahir les Gaules, et sous le roi Mérovée les Vandales ravagent surtout les provinces méridionales. C'est en 451 , que ces hordes, barbares sont vaincues dans les champs Catalauniques, sur les rives de la Marne.
En cette dernière année, apparaît dans l'histoire de l'Eglise de Mende un de ses évêques. C'est Valère, VateriuSj un des signataires de la lettre adressée par les évêques des Gaules au pape saint Léon I. Parmi ces évêques, nous trouvons les titulaires suivants des sièges voisins de Mende. Ce sont Constantius, d'Uzès; iEtherius, de Maguelone (plus tard Montpellier); Eugenius, de Nîmes; Helladius, de Lodève; Anomius, d'Albi.
Faut-il attribuer aux cruelles péripéties qui se dé-
11* PARTIE, CATALOGUE DKS ÊVÊQUES. 167
roulent pendant cent trente-sept ans l'interruption que nous déplorons dans la succession de nos évêques? Ces bouleversements ne paraissent pas devoir en être la cause unique, puisque Bourges, Clermont, Limoges et le Puy comptent , dans cet inlervalle , chacun quatre ou cinq évêques. Il est vrai aussi que Albi ne compte h son tour, depuis saint Clair, son premier évêque , au troisième siècle , que deux autres évêques jusqu'à Anomius plus haut nommé. La cause véritable ne peut donc s'expliquer d'une manière précise. On pourrait peut-être la trouver dans la perte des monuments traditionnels et c'est bien à cette cause que peuvent être attribuées beaucoup d'autres lacunes.
Nous pensons néanmoins que l'Arianisme, dont le roi des Goths Eurix ou Evarix se montra l'ardent promoteur, a pu être la cause principale de cette longue interruption. (Voir la note sur le présent chapitre , à la fin du volume.)
LEONICUS.
Un assez long intervalle sépare Leonicus de son prédécesseur Valère. Et encore le nom de cet évêque ne nous est connu que par son diacre Optimus, qui souscrivit au concile d'Agde, en 506, au nom de Leonicus. Ici la qualité de représentant ou délégué épis-
i68 GÀBÀLUAÎ CHRlSTIAî^Uiyf
copal n'est pas douteuse et cela nous confirme dans notre opinion sur Genialis. Si celui-ci n'eût été que le délégué de son évêque au concile d'Arles , il aurait fait connaître le nom du prélat dont il était le mandataire, comme fut Optimus au concile d'Agde. Ceci est dit sans préjudice de l'autorité des manuscrits où Genialis est qualifié d'évêque.