‹ Gabalum ChristianumChapitre 65 sur 126 · GUILLAUME V DURAND · texte numérisé non relu

GUILLAUME V DURAND

La fin du treizième siècle vit monter sur le siège de Mende deux évêques dont le premier surtout a jeté une grande illustration sur cetle Église. Nous ne pouvons avoir l'intention de tracer complètement la vie de ce grand personnage, car il faut nous restreindre aux limites que nous assigne notre plan. Néanmoins nous croyons devoir entrer dans des détails assez intimes pour donner' de cet évêque une idée qui puisse répondre h la haute renommée dont il jouit encore.

Ce grand prélat qu'on nomme aussi Durantis , Duranli, Durandi, Durandus, est plus généralement connu sous le nom de Guillaume Durand. Il naquit en 1250 à Puymisson, paroisse de l'ancien diocèse de Béziers, aujourd'hui commune du canton de Murviel, dans l'arrondissement dudit Béziers, département de l'Hérault, diocèse de Montpellier. Quelques auteurs placent mal à propos le berceau de Durand

à Puymoisson, dans l'ancien diocèse de Riez, aujourd'hui celui de Digne. Son épilaphe qui existe dans l'église de Sainte-Marie de la Minerve, à Rome, prouve péremptoirement que Puymisson, dans l'ancien diocèse de Béziers, fut le lieu de sa naissance. Et dédit à Podio Missone Diœcesis illum Inde Bilerrensis.

Nous avons rédigé une notice étendue sur ce prélat, d'après celle qu'a donnée M. Victor Leclerc, en 87 pages , dans le tome xx de VHisloire littéraire de la France^ dont ce savant membre de l'académie des inscriptions et belles-lettres est le continuateur. Nous nous bornons à analyser ici notre propre travail où M. Leclerc et M. de Savigny [Histoire du droit romain au moyen-âge) ont été nos guides. (Voir l'Appendice.)

Guillaume Durand jouissait déjà d'une grande réputation comme canoniste et jurisconsulte, quand se trouvant à Rome, en 1274, il fut emmené à Lyon , par le pape Grégoire^. X. Dans celte ville devait se tenir le concile général convoqué pour mettre fin au schisme des Grecs. Durand devint un des secrétaires de cette auguste assemblée composée de cinq cents évêques, de soixante-dix abbés, d'un nombre trèsconsidérable d'autres personnages illustres. Parmi les membres de cette assemblée était saint Bonaventure.

Sous Adrien V, Durand pouvait se flatter d'obtenir le chapeau de cardinal , mais la mort prématurée de ce pape lui ravit ce légitime espoir.

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Dans un acte daté de 1281 , Durand prend les titres de doyen de Chartres, de chapelain du pape, de vicaire-général (pour le spirituel) de la Romagne, de Boulogne, du comté de Bertinoro, etc. Nous ne pouvons suivre Durand dans une foule d'événements auxquels il se mêla. Nous le voyons élu évêque de Mende en i28o, sur le refus de Guillaume de Narbonne, archidiacre de Razès. Les chanoines le nommèrent «en considération de la maturité de l'âge, » de la gravité des mœurs et de la science des let- » 1res.» Durand n'accepta qu'après avoir consulté le pape, mais comme il ne pouvait lui-même aller à Bourges, pour solliciter sa confirmation, selon la discipline de ce temps, Boniface de Lavagne, archevêque de Ravenne, fut chargé des informations canoniques, et Durand, qui était alors en Italie, prit possession de son évêché par procureur. Ce fut seulement le 14 juillet 1291 que le nouvel évêque arriva à Mende.

En 1292, Guillaume unit h sa mense épiscopale l'église paroissiale de Saint-Médard de Banassac. Les p^pes Nicolas IV, Clément Y et Jean XXII , par leurs bulles confirmèrent cet acte. On cite d'autres actes relatifs à son autorité temporelle, en qualité de comte de Gévaudan.

En 129o , Durand fut appelé à l'archevêché de Ravenne. Malgré les instances de Boniface Yill qui n'avait pu oublier les services rendus par l'évêquede Mende à la chaire pontificale , Guillaume Durand

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refusa cet honneur. Néanmoins, peu de temps après, il ne put s'empêcher de retourner en ItaHe, car, dès le mois de novembre de la même année, le pape avait écrit aux Bolonais qu'il s'était décidé à mettre à la tête de cette légation très-importante notre évêque. Durand quitta sa ville épiscopale qu'il ne devait plus revoir. Le diocèse de Mende ne posséda donc cet illustre prélat qu'environ quatre ans.

A son retour en Italie, Guillaume fit, en qualité de gouverneur de la Romagne , son entrée solennelle successivement dans les villes de Rimini , de Césène, d'Imola , de Faenza , de Ravenne. Ce n'est pas ici le lieu de raconter les événements auxquels il prit une grande part dans les Etats pontificaux, mais cette brillante carrière ne fut pas de longue durée. Guillaume mourut le l^"" novembre J296. Son mausolée s'élève, comme il a été dit, dans l'église de la Minerve. On voit sur ce monument une niche cintrée que décore l'image de la sainte Vierge, tenant dans ses bras l'Enfant Jésus , avec celte inscription : MvîTYip 0eoO (la mère de Dieu). A droite est saint Privât, évêque de Mende, qui fait agenouiller devant la sainte Vierge un autre évêque plus jeune que l'on croit être Guillaume Durand. Au bas , un écusson porte les armes de ce grand prélat. Elles sont d'argent, à trois bandes d'azur, le même chef soutenu d'azur, à trois étoiles d'or.

Les ouvrages que nous a laissés Guillaume Durand sont nombreux et prouvent autant sa vaste science

que sa piélé. Son Spéculum jiiris lui a fait donner le litre de speculator. Celui de tous ses livres qui a eu le plus de retentissement est le Raiiotiale divinorum Ofpciorum. Ce livre si précieux pour expliquer la mystique de la liturgie a eu un nombre incalculable d'éditions, depuis la première qui remonte à l'an 1459, c'est-à-dire au berceau de l'art de l'imprimerie. Nous nous bornons à citer, ces deux ouvrages capitaux de Guillaume Durand.

La mort ravit trop tôt à l'Église cet éminent prélat qui n'avait encore que soixante-six ans. 11 eut honoré la pourpre romaine si sa vie se fut prolongée, mais sa mémoire est assurée de l'immortalité.

GUILLAUME VI DURAND, neveu.

Guillaume Durind, neveu du précédent, monta sur le siège de Mende en 1296. Auparavant, il était archidiacre de cette Église. Le commencement de son épiscopat fut marqué par un statut que cet évêque fit de concert avec son chapitre. Il y fut réglé qu'on n'y recevrait point au nombre des chanoines ceux dont les parents auraient causé quelque tort à cette Eglise. Cette prohibition s'étendait jusqu'à la troisième génération. Un statut de ce genre nous révèle les mœurs cupides de cette époque où les sei-

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gneurs empiétaient si fréquemment sur les domaines temporels du clergé.

Cet évêque renouvela, en i296, avec le roi Philippe-le-Bel, le traité dit de paréage. On sait que ce droit établissait une parité de juridiction souveraine entre le roi de France et l'évêque qui était seigneur et comte du Gévaudan.

Guillaume Durand fut un des huit examinateurs ou commissaires nommés par le pape, dans la grave affaire des Templiers. Ceux-ci furent condamnés dans le concile de Vienne, auquel notre évêque assista , en i5M. Nous voyons ce prélat établir, l'année d'après, à Mende, le collège de Tous-les-Saihts, pour honorer la mémoire de son oncle mort , à pareil jour, h Rome. Il fut employé dans plusieurs négo^ ciations très-importantes et il gouvernait encore l'Eglise de Mende, en d528, année de sa mort. On croit qu'il mourut dans l'île de Chypre, où le pape l'avait envoyé en mission. Son corps fut transporté à Notre-Dame-de-Cassan , dans le diocèse de Béîiers.

Il est inutile de faire observer que Guillaume Durand , neveu , ne fut point élu évêque de Mende par le chapitre, mais qu'il prit possession de cet évêché en vertu d'une bulle dérogatoire de Boniface VIII. C'était un hommage rendu par ce pape aux qualités de l'oncle.

Guillaume YI composa un excellent traité sur la manière de célébrer les conciles œcuméniques et sur

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les moyens de réformer les abus introduits dans l'Église. Le neveu était digne de porter le nom d'un oncle aussi illustre que Guillaume V.

Trop souvent on a confondu ces deux évêques de Mende avec Guillaume Durand qui fut d'abord évêque du Puy et ensuite de Meaux. Celui-ci qu'on a surnommé Durand de Saint-Pourçain, du lieu de sa naissance , brilla dans la théologie scholastique et mourut en d535. Quelques auteurs peu versés dans la géographie ecclésiastique ont traduit Durandiis MeldensiSj qui signifie Durand de Meaux, par Durand de Mende. On doit encore moins confondre l'un ou Tautre des deux Durand de Mende avec Etienne Duranti, auteur d'un livre qui a pour titre : de Ritibus Ecclesiœ. Cet ouvrage a pour auteur le premier président du parlement de Toulouse, qui fut tué par les ligueurs en 1589. Etienne Duranti prétendait être issu de la même famille que le grand Guillaume Durand de Mende et avait travaillé sur les rites sacrés pour avoir quelque ressemblance de plus avec celui dont il se disait parent. {Voh- la note sur le présent: chapitre , à la fin du volnme. )

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