‹ Gabriel Fauré; hommage musical à Fauré. Avec la collaboration de Gabriel Fauré [et al.]Chapitre 23 sur 45 · G7 LA MUSIQUE DE CHAMIÎRE 7S · texte numérisé non relu

G7 LA MUSIQUE DE CHAMIÎRE 7S

note (en l'occurrence, un si bémol) pour révéler ou créer, entre deux tonalités fort lointaines, un rapport inattendu, rapprochement dont on ne sait s'il est plus insidieux ou plus naturel. Et nous retrouvons, un peu plus loin, ces gradations de Fauré, que nous constatons dans Lydia, ces successions d'accords doux et charmants, outragés du nom sauvage de tritons ! Troisième reprise du thème initial auquel le piano oppose la deuxième idée qui fournit la péroraison de l'œuvre, et, peu à peu, atteindra son maximum d'intensité. Après quoi, le silence religieux étendra son ombre sur les arpèges effacés du piano et les derniers soupirs du violon. Quelle merveille de tendresse, de musique et de joie secrète ! Qui donc y pourrait être insensible? Est-il un musicien, quelque étranger qu'il soit à la musique de Gabriel Fauré, qui ne subisse un tel charme? Ah ! mon fils, disait Ja Pythie à Achille, on ne saurait te résister !

Comme elle est charmante cette idée des architectes du Moyen-Age. L'église, incapable, aux grands jours, de contenir autour du chœur, « le peuple saint en foule inondant les portiques », ils créèrent ce chemin circulaire ombragé de branches d'ogives qu'une terminologie barbare a baptisé déambulatoire.

Et tous, devant Fautel, avec ordre introduits.

De leurs champs, dans leurs mains, portant les nouveaux fruits.

pouvaient, après l'apport de terrestres offrandes, contourner, lentement, le sanctuaire. De là, la cathédrale se dévoilait dans son ensemble et leur regard captivé embrassait la voûte immense, les roses, les vitraux, les colonnes, l'abside, le transept, en un mot, le vaisseau, la nef, l'arche glorieuse qui portait Dieu. Et les trois « mouvements » du temple, porches, nef, chœur, achevaient d'épancher dans les filiales splendeurs du déambulatoire, la surabondante plénitude de leur vie.

Le Finale achève magnifiquement, cette apothéose de l'unité. D'abord, il reprend, inflexiblement, la tonalité de l'Allégro, créant ainsi ce lien tonal que réclame l'esprit ; de plus, il a ou doit avoir une cJlure de mouve-

ment qui s'apparente à l'allégro. Suivant, généralement, l'adagio profond, tendre ou grave, il ne saurait se complaire aux idées légères ou faciles, destructives de l'unité de sentiment. Enfin, il doit permettre, déambulatoire harmonieux, d'apercevoir rétrospectivement l'œuvre entière ; et c'est là ce que nous donnent tous les Finales de Gabriel Fauré. Rappelezvous les derniers mouvements de la première sonate en la, de la deuxième, des quatuors et des quintettes et me dites si, à part le quintette en ré, ils s'opposent à l'unité et ne sont pas le couronnement spirituel de l'édifice? Pénétrons-nous plus avant? Il est curieux que presque tous les Finales de Gabriel Fauré soient à trois temps. Quatuors, sonates (la mesure à six-huit est la réunion de deux mesures à 3 temps), quintette. Dans le quintette en ré mineur, le Finale est à quatre temps. Je gage que ce mouvement était, d'abord, non point un finale, mais, dans une mesure binaire, une sorte de scherzo dont il a tout à fait le caractère. Ce thème, répété pendant quatre grandes pages, nous fait penser au Finale de la Neuvième. Exposé au piano seul, à l'octave, les cordes le ponctuent d'accords qui affirment la tonalité ; à la deuxième reprise, le quatuor se rehausse de contrepoint fleuri ; à sa troisième apparition, le piano confiant le thème aux cordes, l'orne à son tour, à deux octaves de distance, d'un dessin régulier de croches. Rappelez-vous la phrase de VOde à la joie. Sans voiles, les violoncelles et les contrebasses la présentent gravement, le quatuor le reprend avec ce délicieux contrechant de basson et, peu à peu, cette phrase se charge de broderies, de fleurs, jusqu'à la reprise de tout l'orchestre. C'est un enchantement ! Notre quintette en ré, avec ses trois seuls mouvements, marquerait-il une faiblesse dans l'invention, ou une hâte dans la composition? « L'on pourrait abattre encore ou profaner, dit Charles Maurras en parlant du Parthénon, réduire le fronton ouest au même triste état que l'oriental, broyer ou reverser les dernières colonnes, décrocher les derniers vestiges de la frise ; tant qu'il subsistera seulement de quoi inférer une conception de l'ensemble, l'âme de la Vierge éponyme s'y fera sentir dans sa force. »

Analysons de concert ces magnifiques mouvements. Dans le premier quatuor, 1 idée du début (qui n'est que la gamme mineure d'ut) se divise

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